đŸŽ™ïžInterview – Ignacio de Orbe (entraĂźneur U18 Granada CF) : «La formation ne doit pas ĂȘtre quelque chose que l’on dit, mais quelque chose de rĂ©ellement visible sur le terrain»

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Ignacio de Orbe est entraĂźneur du Juvenil B du Granada CF. PassionnĂ© de tactique, il a Ă©galement Ă©crit un livre sur Antonio Conte. Pour ÂĄFuriaLiga!, nous nous sommes entretenus avec lui afin d’approfondir son travail au Granada CF, sa mĂ©thodologie d’entraĂźnement et ses inspirations. 

Ignacio de Orbe, pouvez-vous nous expliquer votre parcours au sein de l’acadĂ©mie du Granada CF ?

Je suis entrĂ© Ă  l’acadĂ©mie en fĂ©vrier 2021 suite Ă  une restructuration des Ă©quipes de football Ă  11. Le club cherchait un entraĂźneur pour le Cadete B [U15]. A cause du Covid, le Cadete B avait fait peu de matchs de championnat et il en restait beaucoup Ă  jouer. Le directeur du centre de formation, Luis Fradua, m’a contactĂ©. A la fin de la saison, ils ont dĂ©cidĂ© que je continuais et je suis allĂ© avec le Juvenil B [U18 premiĂšre annĂ©e]. Ça ne fait pas trĂšs longtemps que je suis au club mais je suis trĂšs content et c’est un trĂšs bon endroit pour travailler.

Décrivez-nous une journée type de votre travail au Granada CF durant une semaine de compétition.

Pendant la matinĂ©e, le staff technique se rĂ©unit au centre de formation pour dĂ©finir la semaine avec l’analyse du rival et l’analyse de notre Ă©quipe. Nous parlons avec le prĂ©parateur physique afin d’ajuster les charges selon les minutes jouĂ©es par les jeunes. Le mardi, nous introduisons des Ă©lĂ©ments que nous voulons voir le week-end mais nous priorisons notre modĂšle de jeu. Concernant l’analyse de l’adversaire, elle nous sert Ă  approfondir certains Ă©lĂ©ments sur des situations que nous allons retrouver le week-end. Nous ne perdons jamais de vue notre modĂšle de jeu mais nous faisons des ajustements en fonction de l’adversaire. Je pense que c’est aussi quelque chose qui aide les joueurs dans leur formation de footballeur. Les jours les plus consĂ©quents sont le mercredi et le jeudi. Le vendredi, c’est plutĂŽt un jour d’activation, de travail de vitesse, de coordination, d’exercices ludiques pour la cohĂ©sion de groupe, et de coups de pieds arrĂȘtĂ©s auxquels nous donnons de l’importance.

Avec le Juvenil B, vous ĂȘtes quatriĂšmes au classement : quels sont les objectifs marquĂ©s par le club et par votre staff technique pour l’équipe ?

Les objectifs du club sont trĂšs clairs et ceux de notre staff technique coĂŻncident pas mal avec ceux du club, pour ne pas dire complĂštement. Le classement final en championnat doit ĂȘtre la consĂ©quence de ce que nous travaillons durant la saison, mais le club accorde de l’importance Ă  une progression forte du groupe de joueurs et que la grande majoritĂ© de nos joueurs puissent jouer l’annĂ©e d’aprĂšs avec le Juvenil A [U18 deuxiĂšme annĂ©e]. Nous sommes une Ă©quipe trĂšs jeune avec des premiĂšres annĂ©es et c’est quelque chose que nous ressentons chaque week-end. Parfois c’est compliquĂ© par rapport aux jeunes qui viennent de plusieurs saisons oĂč ils ont eu des rĂ©sultats trĂšs bons. Maintenant, chaque match est une guerre diffĂ©rente pour eux. Il faut les motiver Ă  aller de l’avant parce que certains faisaient la diffĂ©rence sur les catĂ©gories infĂ©rieures et ne la font plus autant. Ça ressemble davantage Ă  la vraie rĂ©alitĂ© du football. Donc l’objectif du club est celui-lĂ , qu’ils progressent en minimisant leurs faiblesses et en potentialisant leurs forces.

Comme staff technique, personnellement j’ai toujours pensĂ© que le travail d’un entraĂźneur sur ces catĂ©gories doit ĂȘtre de prioriser les performances du joueur. La formation ne doit pas ĂȘtre quelque chose que l’on dit, mais quelque chose de rĂ©ellement visible sur le terrain. Nous devons y voir une Ă©volution de chaque joueur qui le rapproche de son objectif : le football professionnel.

D’un cĂŽtĂ©, vous avez l’objectif de former et continuer le processus d’apprentissage et, de l’autre, vous vous trouvez dans une catĂ©gorie et un championnat dans lesquels le rĂ©sultat a plus de poids, comment orientez-vous votre discours face aux joueurs en fonction de ces deux Ă©lĂ©ments ?

Cette question est trĂšs bonne parce qu’en tant qu’entraĂźneurs, nous avons le dilemme que le rĂ©sultat est ce qui valorise notre travail. Mais heureusement la direction de l’acadĂ©mie est assez claire avec nous. L’accent n’est pas trop mis sur le classement, mĂȘme si nous souhaitons que les Ă©quipes du Granada CF soient le plus haut possible dans toutes les catĂ©gories. L’acadĂ©mie nous demande surtout que n’importe quel joueur du club puisse avoir un parcours fiable au fil des Ă©quipes. Il y a Ă©normĂ©ment de dĂ©tails Ă  amĂ©liorer sur chaque joueur que nous avons et ces dĂ©tails s’amĂ©liorent chaque semaine en individualisant beaucoup l’entraĂźnement.

C’est quelque chose que les jeunes ont de la peine Ă  comprendre. En tant qu’entraĂźneur tu peux ĂȘtre conscient qu’un joueur progresse beaucoup parce que l’équipe progresse beaucoup, mais les joueurs voient le classement. Si l’annĂ©e passĂ©e ils Ă©taient premiers ou deuxiĂšmes, et cette annĂ©e ils sont sixiĂšmes, ils se disent que quelque chose ne va pas. Alors le discours que nous utilisons doit ĂȘtre trĂšs rĂ©flĂ©chi pour qu’ils n’interprĂštent pas mal ce que nous voulons et qu’ils soient conscients que l’analyse ne doit pas se rĂ©aliser en fonction du rĂ©sultat mais en fonction de oĂč nous Ă©tions et oĂč sommes nous. C’est trĂšs compliquĂ© Ă  cet Ăąge parce qu’il y a beaucoup de choses Ă  gĂ©rer. Il y a des jeunes qui jouent plus ou moins. Dans les catĂ©gories en dessous, le temps de jeu de chaque joueur est trĂšs Ă©tendu. C’est ce qui est requis pour que le travail de la semaine ait de la continuitĂ© en compĂ©tition. Dans notre catĂ©gorie, c’est compliquĂ© de voir que certains s’entraĂźnent trĂšs bien mais n’entrent pas dans le onze titulaire le week-end. Ils te demandent ce qu’ils doivent faire en plus ou corriger pour entrer dans le onze. En tant que staff technique, le discours que nous avons c’est qu’ils doivent comprendre que le sport d’élite, le football concrĂštement, c’est ça. Il y a des coĂ©quipiers avec un trĂšs bon niveau, l’équipe a trouvĂ© une stabilitĂ©, il y a des dynamiques
 Ce qui a suffi jusqu’ici ne suffit plus, il en faut un peu plus. Mais Ă  cet Ăąge c’est toujours complexe.

Concernant ces joueurs qui entrent moins dans le onze que ce soit par niveau ou par concurrence, comment faites-vous pour que ces joueurs restent connectĂ©s au groupe, Ă  l’équipe et ses objectifs ?

Avec le Juvenil B, nous avons eu seulement deux arrivĂ©es de l’extĂ©rieur. C’est proche de ce que nous prĂ©tendons en tant que club : former les jeunes et arriver dans des catĂ©gories exigeantes avec la sensation que l’équipe formĂ©e pendant plusieurs saisons est prĂȘte pour performer. Ce qui nous arrive, c’est que certaines zones et positions ont une concurrence Ă©norme. Des joueurs qui s’entraĂźnent vraiment trĂšs bien n’ont pas les minutes qu’ils aimeraient. C’est difficile Ă  gĂ©rer, notamment les facteurs externes de son entourage comme les agents, les familles et autres qui appellent, posent des questions et cherchent des solutions. Cet aspect est gĂ©rĂ© par la direction du centre de formation. Mais d’un point de vue uniquement sportif, c’est complexe d’expliquer Ă  un joueur qui s’entraĂźne bien, qui comprend les concepts que nous proposons, qui est capable d’amener sur le terrain ce que nous cherchons, pourquoi il n’entre pas dans le onze. Quand ce sont des situations qui se rĂ©pĂštent, c’est difficile Ă  gĂ©rer. Cette annĂ©e, nous avons donnĂ© l’opportunitĂ© Ă  tous et une fois qu’ils ont tous eu une opportunitĂ©, nous regardons en dĂ©tail nos besoins pour les matchs selon nos objectifs et les caractĂ©ristiques de l’adversaire. Mais je suis content du groupe de cette annĂ©e. Ce sont des jeunes trĂšs nobles. C’est le groupe le plus noble que j’ai entraĂźnĂ©, ils se sentent tous coĂ©quipiers, ils sont tous confiance en les autres, tout le monde est en soutien quand quelqu’un va mal. C’est quelque chose de rare dans le football de formation et dans le football professionnel. En tous cas, la gestion de ces situations est le plus difficile Ă  ces Ăąges-lĂ . Ça a un poids vraiment important dans les performances de l’équipe.

« Au sein des exercices, nous voyons les stimulus comme différents selon ce que nécessite chaque joueur »

Vous ĂȘtes arrivĂ© au Granada CF l’annĂ©e passĂ©e. Quand vous arrivez en tant qu’entraĂźneur vous avez un bagage d’expĂ©riences et d’apprentissages, mais aussi de mĂ©thodologies et d’idĂ©es. Cependant, aujourd’hui chaque club professionnel espagnol a un dĂ©partement de mĂ©thodologie assez poussĂ©. Quelle marge de manƓuvre avez-vous quant Ă  vos idĂ©es et mĂ©thodes par rapport Ă  celles du club ? Avez-vous dĂ» adapter ou renoncer Ă  certaines idĂ©es ?

J’entraĂźne depuis pas mal d’annĂ©es. Certaines choses que je faisais il y a 10 ans quand j’ai commencĂ© Ă  entraĂźner, maintenant je les remettrais en question. Au fil des annĂ©es, j’ai eu une curiositĂ© pour progresser et apprendre de diffĂ©rents entraĂźneurs ou professeurs. A la FacultĂ© de Sciences du Sport Ă  Grenade j’ai eu Luis Fradua qui est le directeur de l’acadĂ©mie depuis 5 ans. Pour moi, ça a Ă©tĂ© quelqu’un d’important Ă  l’universitĂ© en me faisant rĂ©aliser que nous pouvions approfondir beaucoup plus les thĂšmes de l’entraĂźnement sportif. Mes idĂ©es ressemblent assez Ă  celles du club et Ă  celle que Luis met en place depuis plusieurs saisons. Je ne pense pas que le travail que je faisais dans d’autres clubs et le travail que je fais maintenant soit trĂšs diffĂ©rent, concernant la maniĂšre de gĂ©rer le groupe et d’animer les sĂ©ances
 mĂȘme si je sens une progression personnelle. Mais je ne considĂšre pas que j’ai dĂ» renoncer Ă  quoi que ce soit de mĂ©thodologique ou dans d’autres dĂ©tails. Je ne suis pas trĂšs extrĂ©miste en tant qu’entraĂźneur. Ce qui peut me servir Ă  moi, Ă  d’autres ça ne leur servira pas. Il n’existe pas de vĂ©ritĂ© absolue en football. Chacun a ses objectifs au final. Les miens c’est qu’un maximum de mes joueurs joue dans la meilleure catĂ©gorie Juvenil l’annĂ©e prochaine, et pas de gagner le championnat. Et si nous gagnons le championnat comme consĂ©quence de la progression tant mieux, mais je n’y pense pas du tout. Au Granada CF, chaque entraĂźneur peut amener ses adaptations au sein d’un cadre commun et je pense que c’est enrichissant pour les joueurs aussi.

Juvenil B Granada CF 2021-2022 (Crédits: Granada CF)

En continuant sur la mĂ©thodologie d’entraĂźnement, nous considĂ©rons que la variabilitĂ© et la progression des exercices sont fondamentales pour rester dans une zone de « risque » oĂč le joueur continue Ă  ĂȘtre stimulĂ© et confrontĂ© Ă  de nouvelles situations. Mais nous parlons moins des diffĂ©rences entre joueurs, les joueurs ne rĂ©pondent pas toujours de la mĂȘme façon aux exercices et aux concepts. Un joueur peut pratiquer trois fois un exercice avant d’en maĂźtriser les problĂšmes, alors qu’un autre les comprend et rĂ©sout en deux minutes et nĂ©cessiterait une progression. Comment trouvez-vous l’équilibre entre continuer sur un certain niveau de difficultĂ© dans l’exercice et amener des variations pour que les stimulus changent, en prenant en compte la diversitĂ© de compĂ©tences et de comprĂ©hension des concepts ?

Nous ne pouvons pas exiger la mĂȘme chose pour tous les joueurs, ni dans chaque exercice, ni dans chaque aspect du jeu. Si en tant qu’entraĂźneur tu traites tout le monde de la mĂȘme façon, et tu penses que si tu rĂ©ussis telle chose tu vas progresser, tu te trompes. Certains joueurs sont plus limitĂ©s sur un aspect mais nous devons potentialiser leurs forces. Certains joueurs ont besoin que tu passes un moment avec eux et que tu leur expliques ce que tu veux, comment tu le veux et oĂč tu le veux. Au sein des exercices, nous voyons les stimulus comme diffĂ©rents selon ce que nĂ©cessite chaque joueur. C’est quelque chose de trĂšs compliquĂ© Ă  mettre en place Ă©videmment, mais comme notre objectif est d’exploiter leur potentiel individuel, nous leur disons ce que nous attendons de chacun. Ça peut ĂȘtre en rapport avec leur position, mais peut ĂȘtre que nous ne demandons pas la mĂȘme chose Ă  l’ailier droit qu’à l’ailier gauche. Parfois, il y a certains joueurs Ă  qui nous ne pouvons pas expliquer beaucoup et il faut plutĂŽt leur crĂ©er un contexte oĂč ils pourront exprimer le talent innĂ© qu’ils ont. Ce type de joueur, si tu le prends Ă  part et tu lui expliques ce qu’il doit faire, il n’est plus concernĂ©. Nous devons peut-ĂȘtre dĂ©velopper quelque chose avec le reste pour arriver Ă  ce que nous voulons avec ce joueur-lĂ , sans lui avoir expliquĂ©. Mais il faut connaĂźtre le groupe et que le groupe se connaisse.

AprĂšs c’est vrai qu’il y a des dĂ©tails qui sont propres Ă  chaque footballeur. Par exemple, nous proposons un exercice de notre modĂšle de jeu oĂč nous voulons sortir le ballon par derriĂšre, progresser en contrĂŽlant le ballon et aller en camp adverse, et lĂ  nous avons un dĂ©fenseur central avec une passe longue distance excellente qu’il a travaillĂ© pendant plusieurs annĂ©es. Et moi, en tant qu’entraĂźneur, mĂȘme si j’aime sortir depuis derriĂšre, je ne peux pas priver ce dĂ©fenseur de recevoir et mettre une passe longue de 70 mĂštres en diagonale sur l’ailier qui fait une course de rupture. Je ne vais pas lui dire : « Écoute, ce n’est pas ce que je veux dans cet exercice » parce que je suis en train de le limiter. Par contre, je dois lui faire comprendre que cette passe doit ĂȘtre bien faite, que l’intention doit ĂȘtre bonne. S’il fait la mĂȘme passe face Ă  un bloc mĂ©dian-bas et que nous n’avons pas une capacitĂ© d’attaquer l’espace ou une supĂ©rioritĂ© au moment de la retombĂ©e, il doit interprĂ©ter qu’il ne doit pas faire cette diagonale, mĂȘme s’il sait bien l’exĂ©cuter. Il devra peut-ĂȘtre attirer pour crĂ©er ces espaces. Mais effectivement, c’est complexe parce que certains auront dĂ©tectĂ© les situations trĂšs vite et d’autres qui sont un peu bloquĂ©s. AprĂšs, s’ils sont bloquĂ©s, c’est aussi ton problĂšme en tant qu’entraĂźneur si tu es en train de lui exiger quelque chose qu’il n’a pas ou qu’il n’est pas encore apte Ă  faire.

Pour la mĂ©thodologie, nous aimons travailler sur deux ou trois moments du jeu avec une continuitĂ©. Par exemple, nous mettons deux ballons. Quand l’action se finit nous mettons un autre ballon en cherchant des mouvements prĂ©paratoires chez nos deux attaquants ou certains appels. L’action termine d’un cĂŽtĂ© avec une sortie et nous donnons le ballon aux attaquants adverses pour qu’ils soient dĂ©jĂ  bien orientĂ©s et sĂ©parĂ©s de leur marquage pour jouer rapidement en transition. Ou alors nous avons diffĂ©rents endroits pour commencer l’exercice, depuis les gardiens, depuis le milieu de terrain ou autre pour que l’équipe doive se replier. Nous ne voulons pas que les exercices deviennent routiniers. Si je sais que c’est toujours le gardien qui relance, Ă  chaque fois que le ballon sort je me relĂąche un peu. Nous voulons que ce ne soit pas clair pour le joueur oĂč sera la prochaine situation, dans quelle zone se trouvera le ballon. Nous varions beaucoup selon ce que nous voulons rĂ©ussir.

Historiquement, l’Andalousie est la rĂ©gion la plus reprĂ©sentĂ©e en Primera et Segunda. C’est une rĂ©gion avec Ă©normĂ©ment de talents, mais maintenant la concurrence pour capter le talent va au-delĂ  de la rĂ©gion. Les grands clubs ont des scouts partout. Comment essayez-vous de vous dĂ©marquer et faire en sorte que les talents viennent et restent au Granada CF face Ă  la forte concurrence andalouse et mĂȘme nationale ?

Depuis plusieurs annĂ©es, les footballeurs qui viennent d’en dehors de la Province de Grenade au Granada C.F viennent parce qu’ils ont quelque chose que nous n’avons pas rĂ©ussi Ă  crĂ©er ou que nous ne voyons pas chez nous. Si nous avons des joueurs dans la province ou dans le club qui ont un profil similaire, ça ne sert Ă  rien de prendre Ă  l’extĂ©rieur. Le travail de scouting dans nos Ă©quipes est important pour faire des diffĂ©rences avec le talent de la province et le talent de l’extĂ©rieur. La concurrence sur cet aspect est extrĂȘmement haute, que ce soit des clubs de la rĂ©gion andalouse ou d’autres rĂ©gions espagnoles avec lesquels je crois que nous ne pouvons pas entrer en compĂ©tition. Le bon travail qui se rĂ©alise Ă  l’acadĂ©mie du Granada C.F se voit sur le fait que beaucoup d’équipes sont intĂ©ressĂ©s par nos joueurs et que certains sont partis vers des clubs avec lesquels nous ne pouvons pas entrer en compĂ©tition pour des raisons Ă©conomiques, comme le Real Madrid ou le FC Barcelone. Notre travail de scouting consiste aussi Ă  garantir la stabilitĂ© de nos Ă©quipes et attĂ©nuer la fuite des talents qui arrive inĂ©vitablement. IndĂ©pendamment des joueurs qui partent ou arrivent, les Ă©quipes de l’acadĂ©mie performent, des joueurs arrivent dans notre Ă©quipe rĂ©serve et petit Ă  petit arrivent en premiĂšre Ă©quipe. C’est une rĂ©ussite.

« Conte me paraĂźt ĂȘtre un entraĂźneur brillant tactiquement et un connaisseur absolu du jeu de position »

Vous avez Ă©crit un livre sur Antonio Conte [Antonio Conte – La Estructura], quelle influence a l’entraĂźneur italien sur vos idĂ©es et votre maniĂšre d’entraĂźner ?

C’est un rĂ©fĂ©rent trĂšs important pour moi. En tant que joueur je ne m’y intĂ©ressais pas beaucoup, mais quand il a commencĂ© Ă  entraĂźner j’y ai prĂȘtĂ© plus d’attention. Ce qui m’a intĂ©ressĂ©, c’est ce qu’il rĂ©ussit Ă  faire avec les Ă©quipes qu’il entraĂźne. Il obtient des performances Ă©levĂ©es indĂ©pendamment du club ou du championnat. A partir de lĂ , j’ai commencĂ© Ă  l’étudier, Ă  approfondir ses idĂ©es. Mais ce n’était pas simple parce qu’il n’y avait pas de livre ou de matĂ©riel sur lequel approfondir, donc c’est plutĂŽt en regardant des matchs, en lisant des interviews en italien, en regardant des confĂ©rences de presse. Ce qui m’a frappĂ© c’est le niveau d’exigence qu’il a avec son staff technique et avec chaque footballeur. Dans des clubs avec un niveau aussi grand et qui viennent parfois de dynamiques compliquĂ©es, quelqu’un capable d’obtenir toujours des performances aussi bonnes, ça me provoque beaucoup de curiositĂ©.

Malheureusement, je n’ai jamais pu assister Ă  une sĂ©ance d’entraĂźnement et voir quels feedbacks il donne, quelles ressources il utilise, quel discours il a. Mais en approfondissant, je vois qu’il prend soin des dĂ©tails, qu’il donne de l’importance Ă  avoir certains automatismes dans ses Ă©quipes. Nous parlons de la libertĂ© qu’il faut donner au footballeur, la prise de dĂ©cision et autres, mais souvent le footballeur te demande ce qu’il doit faire et oĂč il doit le faire. L’amener d’une maniĂšre si bien faite dans des Ă©quipes oĂč chaque personne est un monde Ă  part entiĂšre, ça me semble impressionnant. Donc il a une influence trĂšs grande sur moi, surtout sur les dĂ©tails, le professionnalisme, le niveau d’exigence, la mentalitĂ© face aux dĂ©fis
 J’ai pris Ă©normĂ©ment de plaisir Ă  Ă©crire le livre par rapport Ă  ce que j’ai appris sur une rĂ©fĂ©rence du monde de football.

Vous parlez des contextes variĂ©s auxquels s’adapte Antonio Conte, la preuve c’est que cet Ă©tĂ© les mĂ©dias en parlait pour des clubs trĂšs diffĂ©rents, notamment pour le Real Madrid et le FC Barcelone. Vous qui avez approfondi la figure de Conte, dans quel club espagnol vous le verriez bien ?

Une des choses qui me plaisent le plus chez Conte, c’est qu’il ferait gagner le championnat Ă  n’importe quel club qu’il prendrait en Espagne. Son prestige et sa mentalitĂ© font que je le verrais dans deux ou trois clubs, en incluant l’AtlĂ©tico de Madrid, qui pourraient lui donner ce qu’il veut. Mais je pense qu’engager Conte, c’est lui donner les clĂ©s du club et ça je ne sais pas quel club espagnol serait prĂȘt Ă  le faire. C’est le seul doute que j’ai par rapport Ă  Conte en Espagne. Par rapport Ă  la maniĂšre de jouer et ses idĂ©es de jeu ce ne serait pas un problĂšme pour des clubs comme le Real Madrid ou le FC Barcelone. En allant au-delĂ  de l’opinion gĂ©nĂ©rale, Conte me paraĂźt ĂȘtre un entraĂźneur brillant tactiquement et un connaisseur absolu du jeu de position. Nous identifions souvent le jeu de position Ă  Guardiola ou d’autres entraĂźneurs qui s’en rĂ©clament, mais si nous analysons les Ă©quipes de Conte le jeu de position est maĂźtrisĂ© Ă  un niveau trĂšs haut avec beaucoup d’efficacitĂ©. L’opinion gĂ©nĂ©rale dirait qu’il est extrĂ©miste avec les trois centraux, que c’est un entraĂźneur italien trĂšs dĂ©fensif, mais je pense que ce n’est pas du tout le cas. Mais comme je vous disais, il ferait gagner la Liga au club qu’il prendrait. AprĂšs par rapport Ă  la culture, il correspond peut-ĂȘtre plus au Real Madrid.

Au FC Barcelone l’entourage et le contexte du club sont quand mĂȘme complexes par rapport Ă  la mĂ©thodologie et les idĂ©es. Au Real Madrid, tant que tu gagnes, tu vas ĂȘtre aimĂ© et avoir un certain crĂ©dit. A l’AtlĂ©tico de Madrid, Diego Simeone a quand mĂȘme un poids Ă©norme sur le club. Ces Ă©lĂ©ments font quand mĂȘme la diffĂ©rence.

Au FC Barcelone, si un entraĂźneur doit maĂźtriser certains aspects du modĂšle de jeu et les idĂ©es qu’ils proposent, je pense que c’est quelque chose que Conte maĂźtrise. Ça ne poserait aucun problĂšme. Mais ce qu’il se passe c’est qu’au FC Barcelone ce n’est pas suffisant de gagner, tu dois gagner d’une certaine maniĂšre. Conte serait capable de gagner de cette maniĂšre ? Oui. AprĂšs, par rapport Ă  l’histoire du Real Madrid et ce type qui a une mentalitĂ© de gagnant Ă  cent pour cent, ce serait un choix qui fonctionnerait. En plus, le Real Madrid a une matiĂšre premiĂšre que peu d’autres clubs ont. Il s’y insĂ©rerait parfaitement parce qu’il gagnerait bien, mais surtout il gagnerait. Et c’est ce qu’exige le madridismo.

 

Diego Martinez (à gauche) et Ignacio de Orbe (à droite) avec le livre sur Antonio Conte. (Crédits: Ignacio de Orbe)

Au-delĂ  de Conte, que vous a apportĂ© personnellement le processus d’écrire un livre sur la tactique et le football ?

HonnĂȘtement je ne pensais pas Ă©crire un livre. C’est tombĂ© sur une annĂ©e avec la pandĂ©mie et je n’entraĂźnais pas d’équipe cette saison. En tant qu’entraĂźneur, je m’exigeais de progresser sur certains aspects et Ă  partir de lĂ  j’ai approfondi la figure de Conte. Vu que j’avais accumulĂ© du matĂ©riel d’analyse sur lui, je me suis lancĂ© sur l’écriture. Ça m’a apportĂ© des conversations avec des personnes comme Bruno Alemany et Alberto Egea ou d’autres entraĂźneurs par rapport au livre. C’était trĂšs enrichissant. Sinon, le fait d’écrire un livre qui peut ĂȘtre publiĂ© et lu, ça force Ă  expliquer correctement quelque chose qui n’est pas de toi. C’est de Conte. Si je dis « Conte fait ça et ça » et Ă  un moment quelqu’un dit Ă  Conte « Regarde ce que dit ce mec sur toi », je me dirais mais qui je suis pour dire ça. Alors, Ă©crire sur la tactique et le jeu en me basant sur l’idĂ©e d’un entraĂźneur selon mes interprĂ©tations, c’est enrichissant parce je dois reconsidĂ©rer les analyses plusieurs fois. Je peux dire qu’il rĂ©alise de telle maniĂšre les sorties de balle et peut ĂȘtre que lui n’y prĂ©tend pas. Donc je dois exposer ces analyses aux gens par rapport Ă  ce que moi j’interprĂšte sans savoir rĂ©ellement ce qu’il travaille et entraĂźne. Je vois ses Ă©quipes le week-end mais je ne suis pas prĂ©sent sur les sĂ©ances. J’analyse des sĂ©quences se rĂ©pĂ©tant avec diffĂ©rentes Ă©quipes et diffĂ©rents joueurs qui me font comprendre en tant qu’entraĂźneur qu’avec beaucoup de travail je peux y arriver. Ensuite, il y a le fait d’approfondir le jeu et l’écrire qui m’a aidĂ© Ă  l’expliquer, ça m’a fait beaucoup progresser d’expliquer l’idĂ©e d’un entraĂźneur d’élite.

Pour terminer, pouvez-vous nous donner quelques références qui vous ont marqué dans votre parcours ? Des livres, des films, des interviews, des individus
 Pas forcément du monde du football.

Les rĂ©fĂ©rences du monde du football sont Ă©videntes pour moi, ce sont les personnes qui m’ont le plus aidĂ©. Nacho Ruiz et JosĂ© Gomez, coordinateur et directeur de clubs oĂč j’ai entraĂźnĂ© qui ont eu confiance en moi. Et Luis Fradua. A l’UniversitĂ© c’est un professeur qui m’a beaucoup marquĂ©, et ensuite il est entrĂ© en contact avec moi pour entrer au Granada C.F. Je lui suis reconnaissant pour la capacitĂ© qu’il a pour te considĂ©rer en tant qu’entraĂźneur et de t’aider Ă  t’amĂ©liorer. Avoir une personne aussi expĂ©rimentĂ©e – passĂ©e par l’Athletic Club, RDC Espanyol, Real Betis – comme directeur de l’acadĂ©mie, c’est un plus.

Ensuite il y a mes parents. Ils m’ont beaucoup aidĂ© par rapport au fait d’ĂȘtre entraĂźneur, mais ils m’ont aussi ramenĂ© les pieds sur terre. J’ai toujours Ă©tĂ© passionnĂ© de football et j’ai toujours voulu ĂȘtre entraĂźneur, ils ont pu me payer les cours parce que je n’en avais pas la capacitĂ© financiĂšre. Ils essayent de me soutenir, ils souffrent quand nous sommes en difficultĂ© sur le terrain
 Mais ils ont aussi Ă©tĂ© capables de me dire « Il faut t’ouvrir Ă  d’autres domaines, notamment professionnellement et les langues ». Ils m’ont exigĂ© de me former dans d’autres domaines parce qu’ĂȘtre entraĂźneur c’est compliquĂ© et le football est trĂšs instable.

Propos suscités et traduits par Pablo Sånchez (@pablosanch19)

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