🔙 Old School – 7 janvier 1995 : Le Real Madrid de Valdano inflige une manita au Barça de Cruyff

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AprĂšs 4 ans de rĂšgne absolu en Espagne, la Dream Team de Johan Cruyff est sur la pente descendante depuis son cinglant revers en finale de Ligue des Champions 1994. Un an aprĂšs avoir infligĂ© une manita mythique au Real Madrid, le Barça se prend la revanche merengue en boomerang, avec un Michael Laudrup aussi revanchard que gĂ©nial. C’est le 5e Ă©pisode de notre sĂ©rie Old School. 

La vengeance est un plat qui se mange froid et le Real Madrid a attendu trĂšs prĂ©cisĂ©ment 364 jours. Le 8 janvier 1994, le FC Barcelone est au sommet de son art et la Casa Blanca se disloque face aux assauts de la Dream Team de Johan Cruyff : 5-0 au Camp Nou. Romario ouvre le score avec son but le plus emblĂ©matique en blaugrana, la fameuse « cola de vaca » infligĂ©e Ă  Aitor Karanka avant d’ajuster Paco Buyo d’un extĂ©rieur du droit.

Laudrup, la revanche a sonné 

Les choses ont pas mal changĂ© depuis. Le Barça a Ă©tĂ© puni en finale de la Ligue des Champions contre le Milan de Capello Ă  AthĂšnes. Chez les Vikingos, Jorge Valdano s’est installĂ© sur le banc merengue aprĂšs avoir fait des miracles avec Tenerife (1990-1992) et… privĂ© le Real Madrid d’un titre de champion qui lui semblait promis en 1992 lors de l’ultime journĂ©e. Les Catalans sont sur une sĂ©rie de 4 Ligas consĂ©cutives et leur rĂšgne est Ă  son crĂ©puscule. Au coup d’envoi, ils pointent au 4e rang tandis que leurs rivaux caracolent en tĂȘte.

« Ce fut une menue correction. Un des pires jours de ma carriĂšre sportive que j’aimerais Ă©liminer de ma mĂ©moire »
Sergi BarjuĂĄn, dans ABC, le 25 octobre 2014

L’Ă©quipe alignĂ©e par Cruyff ne manque pas d’une certaine allure mais elle paraĂźt en fin de course. Certes, Hristo Stoichkov est le Ballon d’Or en titre et Gheorghe Hagi a envie de rappeler au bon souvenir du Real Madrid aprĂšs avoir portĂ© le maillot merengue de 1990 Ă  1992. Romario a remportĂ© le Mondial en 1994, il est la rĂ©fĂ©rence en attaque mais il entame la rencontre sur le banc.

En face, quoique privĂ© de Fernando Redondo et MĂ­chel GonzĂĄlez, Valdano propose une Ă©quipe en quĂȘte de revanche avec la prĂ©sence d’un facteur X : Michael Laudrup. Le Danois a Ă©tĂ© un membre Ă©minent de la Dream Team mais l’arrivĂ©e de Romario en 1993 lui a progressivement fait perdre sa place, les Ă©quipes ne pouvant Ă©voluer Ă  l’Ă©poque qu’avec 3 Ă©trangers. Absent de la finale de Champion’s, remplaçant lors de la manita blaugrana de 1994, il a franchi le Rubicon et a rejoint l’ennemi Ă  l’intersaison.

La mi-temps parfaite de Zamorano

Santiago-BernabĂ©u est bondĂ© : 105.000 spectateurs ! ÂĄLleno a reventar! Et aprĂšs des annĂ©es de joug blaugrana, ils assistent au crĂ©puscule des demi-dieux contre une Ă©quipe qui a pour seule ambition d’Ă©touffer son adversaire. DĂšs le premier tacle, le ton est donnĂ©. Le Real Madrid est dĂ©terminĂ© quand le FC Barcelone n’est pas impliquĂ©. Si les CulĂ©s jouent bien le hors-jeu et mettront les Vikingos en position illicite Ă  11 reprises tout au long du match, ils sont terriblement patauds pour contrĂŽler les mouvements de Michael Laudrup, RaĂșl Gonzalez Blanco, Luis Enrique, Emilio Amavisca et surtout IvĂĄn Zamorano. Le Chilien n’agite pas les pales de l’hĂ©licoptĂšre cette fois-ci mais, avec 14 buts au compteur depuis le dĂ©but de saison, il est au faĂźte de sa confiance. Le verrou cĂšde une premiĂšre fois Ă  la 5e minute. Laudrup entame une chevauchĂ©e pied gauche, il perce et trouve RaĂșl dans l’axe entre Ronald Koeman et Abelardo. La future lĂ©gende contrĂŽle et transmet Ă  « Bam Bam » Zamorano qui attend le bon rebond pour catapulter un missile du gauche sous la transversale de Carles Busquets. Le dĂ©but du calvaire pour Pep Guardiola et ses coĂ©quipiers.

À (RE)LIRE – Laudrup, le traĂźtre Ă©lĂ©gant

Le ton est donnĂ© et toute la premiĂšre pĂ©riode sera de cet acabit. Le FC Barcelone est incapable de s’approcher des cages de Paco Buyo. La dĂ©fense merengue est intransigeante et tandis que les offensives des joueurs de Valdano parviennent Ă  rapidement se mettre en position de tir, les CulĂ©s, eux, ne sont jamais inquiĂ©tants. Il faudra attendre le second acte pour que Buyo s’interpose sur une frappe lointaine d’Hagi. De l’autre cĂŽtĂ© de la pelouse, Zamorano se balade. S’il est rĂ©guliĂšrement pris au piĂšge du hors-jeu, quand Abelardo n’est pas d’Ă©querre avec Koeman, c’est la sanction. Amavisca lance en une touche de balle le Chilien avec une passe lobĂ©e. Plein axe, le buteur contrĂŽle du droit et ajuste du gauche. AprĂšs 21 minutes, le Real Madrid a dĂ©jĂ  deux buts d’avance et on voit mal comment le Barça pourra rĂ©pliquer.

Quatre minutes plus tard, Laudrup joue un coup franc rapidement et lance Zamorano. Altruiste, il centre pour RaĂșl qui frappe… sur Busquets. Sur le cĂŽtĂ© gauche, Amavisca a pris la mesure de Sergi BarjuĂĄn et se rĂ©gale avec Laudrup. Le centre du Danois arrive sur le pied droit, devinez qui, Zamorano, qui frappe de volĂ©e au-dessus. C’est la panique chez les Catalans. MĂȘme quand il n’y a pas de danger sur une transversale de Quique SĂĄnchez Flores, JosĂ© Mari Bakero est pressĂ© par Laudrup qui lui chipe le ballon et offre le triplĂ© Ă  Zamorano seul au second poteau. Que peut-il arriver de pire Ă  Cruyff ? À la 44e minute Stoichkov verse la ciguĂ« et fait boire le calice jusqu’Ă  la lie. Le Bulgare est un brin chaud et il passe ses nerfs sur SĂĄnchez Flores qui se fait labourer le genou. Carton rouge direct !

La Dream Team n’est (presque) plus

Contraint de rĂ©agir pour au moins stopper l’hĂ©morragie, Cruyff sacrifie Bakero et Guardiola et fait entrer Miguel Ángel Nadal et Romario, dont l’idylle est dĂ©jĂ  Ă  son crĂ©puscule. Mais malgrĂ© cette tentative, le Barça tombe dans tous les piĂšges. Laudrup, trĂšs inspirĂ©, se joue de la dĂ©fense blaugrana pour lancer Amavisca qui perd son duel. Mais le Real Madrid ne desserre pas son Ă©treinte. CĂŽtĂ© droit, Laudrup reçoit le ballon de Rafael MartĂ­n VĂĄzquez, administre un grand pont Ă  Abelardo et centre pour Zamorano. Le poteau refuse le quadruplĂ© mais il offre le 4e but du match Ă  Luis Enrique qui a bien suivi, tandis que Koeman, impuissant, regarde l’ailier pousser le ballon au fond. « ¥Toma! » hurle plusieurs fois l’Asturien qui aura l’occasion de disputer d’autres ClĂĄsicos avec le maillot du Barça.

« Oui, cette fois-ci, j’ai vraiment senti que j’avais participĂ© Ă  la goleada »
Michael Laudrup

Et quasiment sur la remise en jeu, Santiago-BernabĂ©u peut cĂ©lĂ©brer la manita merengue quand Zamorano adresse un caviar Ă  Amavisca. Il reste encore 20 minutes Ă  jouer, et mĂȘme si la 2e pĂ©riode a Ă©tĂ© moins intense, la Casa Blanca a mis un point d’honneur Ă  rectifier l’humiliation reçue un an auparavant.

« Nous avons joué sans enthousiasme et, en premiÚre période, nous avons été groggys. Ce résultat fait mal, mais voyons si cela aide de nombreuses personnes à descendre de leur nuage »
Johan Cruyff

La chute amorcĂ©e Ă  AthĂšnes se confirme pour le FC Barcelone qui ne terminera que 4e et attendra 4 ans avant de reconquĂ©rir la Liga, tandis que le Real Madrid retrouvera enfin le titre domestique, aprĂšs des annĂ©es de domination sans partage blaugrana. Le seul grand vainqueur de cette rivalitĂ© est Michael Laudrup qui deviendra le premier Ă  remporter 5 championnats consĂ©cutifs avec deux clubs. Un ligne de plus Ă  sa lĂ©gende, celle d’un des Ă©trangers qui a le plus marquĂ© l’Espagne de son sceau.

François Miguel Boudet

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