Celta / Comment Bryan Bugarín, 12 ans, fait trembler tout Balaídos

100% Liga Accueil Articles Celta En avant Liga Santander

Bryan Bugarín n’a que 12 ans mais il cause énormément de remous dans les bureaux du Celta. Recruté par la Fábrica du Real Madrid, soutenu par Denis Suárez et Iago Aspas qui appartiennent à la même agence de représentation, le crack a provoqué l’ire du président Carlos Mouriño et les conséquences se font ressentir jusqu’à l’équipe première.

Institution en Espagne, la Liga Promises est un tournoi alevín (U12) qui met à l’honneur les canteras espagnoles et étrangères. Diffusée en direct à la télévision aussi bien en hiver qu’en été, la compétition est l’occasion de découvrir de jeunes talents. De futurs grands noms y ont participé. Cela ne garantit pas un futur mais au moins un début d’exposition médiatique. Reste à savoir si c’est positif ou négatif…

L’été dernier, la star du tournoi a été Bryan Bugarín, MVP et meilleur buteur. Le Galicien a régalé avec le Celta, 3e, au point de susciter de nombreuses convoitises. Et si le recrutement de joueurs de moins de 15 ans est formellement interdit, les tractations officieuses sont évidentes.

« Il ne faut pas mettre trop de pression. Je comprends qu’on aime regarder un tournoi de ce niveau, avec son équipe et un joueur qui sortent du lot ainsi, mais je crois que c’est trop précipité. Ils n’ont que 12 ans ! Bryan le vit comme l’enfant qu’il est, il ne comprend pas très bien tout ça ».
Juan Recondo, coach des U12 du Celta, dans Marca, le 1er juin 2021

A ce petit jeu-là, c’est le Real Madrid qui a gagné. Bugarín et ses parents ont donc mis le cap sur Valdebebas. Et comme les joueurs professionnels, le pré-ado a quitté le Celta avec un message d’adieu plein de spontanéité (ou pas) posté sur Instagram, avec une photo du meilleur effet. On ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer mais son compte a été supprimé récemment.

Le Celta contre une agence de représentation locale influente

Au Celta, le « transfert » n’est pas passé pas du tout. Le président Carlos Mouriño a explosé façon puzzle lors d’une conférence de presse spécialement convoquée. Dans sa ligne de mire : Intermedia Sports Player.

« C’est une honte que des enfants de 12 ans soient mis aux enchères pour des équipes espagnoles. Nous devons en finir avec le mercantilisme à ces âges. Ceux qui ont un contrat avec cette agence n’auront pas de pas de prolongation de contrat, les autres sont libres de signer où ils veulent car ils n’ont pas leur place au Celta. C’est une décision drastique, très dure qui peut nous coûter 2 ans de formation »
Carlos Mouriño, 30 juillet 2021

L’agence de représentation n’a pas tardé à dégainer un communiqué réclamant une rectification de la part du président celtista et apportant des précisions quant à ses liens avec la cantera du club.

« Lors des dernières années, 16 joueurs du centre de formation ont rejoint de grands clubs. Seulement deux font partie de l’entreprise. Actuellement, 13 joueurs ont continué au Celta et la grande majorité a prolongé »

Les conséquences sont à plusieurs niveaux. Tout d’abord, en ce qui concerne les jeunes du centre représentés par ISP. C’est le cas de Gabri Veiga et Miguel Rodríguez, deux des plus grands talents de leur génération qui ont déjà quelques minutes en Liga et même fait partie de la campagne de présentation des maillots de la saison 2020-2021. Mouriño leur a déjà indiqué la porte. Leurs départs s’ajouteraient à celui de Robert Carril, juvenil B parti début juillet à Villarreal ainsi qu’à un certain… Erik Bugarín, frère aîné de Bryan, dans les catégories inférieures de Wolverhampton depuis deux ans. 

Cette saignée potentielle et donc en partie volontaire a alarmé Eduardo Coudet dès la fin de l’été sur le niveau des canteranos Celta B qui évolue en Primera RFEF, la 3e division espagnole.

« Parfois, j’entends et je lis que nous parlons de la cantera. Quels joueurs pensent être préparés pour jouer en Primera ? Je crois qu’il y a eu 12 changements, je ne connais même pas le nom de certains… Nous n’allons pas chercher en infantil ! Aujourd’hui, ce n’est pas une équipe formatrice »
E. Coudet en conférence de presse, le 22 août 2021.

Après une goleada reçue contre le Depor une semaine après ces déclarations (5-0), le filial s’est corrigé en faisant match nul contre Badajoz (0-0), actuel 3e, en battant successivement le Real Unión Irún (4-1) et le Racing de Santander (2-1)… avant d’être surpris samedi dernier par Calahorra, 19e (1-0).

Photo by Icon Sport

Aspas et Suárez dans le collimateur de Mouriño

Le départ de Bryan Bugarín à la Fábrica merengue a également provoqué une crise au sein du groupe professionnel. En effet, ISP représente également deux joueurs emblématiques du Celta et non des moindres : le capitaine Iago Aspas et Denis Suárez. L’un comme l’autre ont retweeté le communiqué de l’agence en y ajoutant des emojis de mains applaudissant. Le genre de détail pictural qui n’a guère plu à Mouriño.

Si les tensions avec Aspas se sont apaisées (alors que celui-ci avait publiquement conseillé aux parents de laisser leur fils poursuivre sa formation au Celta), cela n’a pas été le cas avec l’ancien Blaugrana, natif de Salceda de Caselas comme… Bryan Bugarín. Et même si le joueur a consenti des efforts financiers pour revenir en Galice, cela ne suffit plus pour le propriétaire du club qui considère que le milieu de terrain s’est placé contre les intérêts du Celta.

« Nous le voyions comme l’emblème du club, celui qui prendrait la relève d’Iago Aspas et Hugo Mallo. Maintenant, ça dépend de lui. Je lui recommande de faire une grande saison avec le Celta pour obtenir un super contrat millionnaire et partir. S’il continue avec ce représentant, jamais nous ne nous assirons pour parler d’un nouveau contrat »
Carlos Mouriño, le 13 août 2021

Pour parachever sa diatribe, Mouriño a également boycotté le palco d’honneur du Santiago-Bernabéu lors de la venue du Celta le 12 septembre dernier (défaite 5-2). Un acte fort, quoique assurément surjoué, pour défendre le travail de ses éducateurs et marquer sa désapprobation à l’égard d’une politique de recrutement qui ne dit pas son nom alors qu’elle est rigoureusement interdite.

François Miguel Boudet

Commentaires