Valencia / Kang In Lee, nouvel échec sportif et financier de Peter Lim et Anil Murthy

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Il devait être LE grand joueur du Valencia pour les 10 prochaines années. Kang In Lee, joyau de la cantera che, n’aura finalement pas réussi à s’imposer à Mestalla. Figure de proue rêvée par Peter Lim pour investir le marché asiatique, le Sud-Coréen est parti libre à Mallorca pour libérer une place d’extra-communautaire afin d’inscrire Marcos André. Un échec multidimensionnel.

C’est une masterclass comme seuls Peter Lim et Anil Murthy en sont capables. Quand ils démantèlent le projet Marcelino, leur idée est de promouvoir les jeunes talents émergents. Si Ferran Torres est (mal) vendu à Manchester City, Kang In Lee, lui, est censé devenir la figure de proue du Valencia des années 2020. Deux ans plus tard, c’est un échec. Le Sud-Coréen est parti libre et s’est engagé 4 ans avec le RCD Mallorca sans aucune contrepartie présente ou future.

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Kang In Lee est un enfant star, digne de la K-Pop. Très jeune, il a fait l’objet d’une télé-réalité pour suivre ses exploits de petit prodige. Arrivé à Valencia en 2011, le gaucher franchit toutes les étapes du cursus de formation à Paterna. En concurrence avec Fehrat Cogalan, les Blanquinegros tranchent en sa faveur, tandis que le Franco-Turc prend la direction de Lille. L’intérêt est sportif mais aussi financier. Le Valencia CF veut s’implanter durablement sur le marché asiatique alors que ses revenus ne comptent que pour 10% du budget total du club.

« La théorie de Meriton (la société propriétaire des actions de Peter Lim, ndlr) partait du principe qu’en Asie, les suiveurs ne sont pas des supporters de clubs de football, mais vénèrent les joueurs. Et Kang In Lee réunissait tout, en tant qu’idole en devenir dans un pays comme la Corée du Sud où le culte de l’idole, du footballeur aux groupes de musique de jeunes, frise le fanatisme irrationnel et se chiffre en millions »
SuperDeporte, 30 août 2021

Le calcul est payant : les maillots de Kang In sont les plus vendus sur le site. Le VCF a son crack et sa porte d’entrée en Asie. Pays très puissant dans les hautes technologies, la Corée du Sud est une excellente cible pour engranger des revenus publicitaires. En 2019, LG a recruté le joueur comme ambassadeur de la marque et est devenu un sponsor mineur du club. Encore faut-il que le milieu offensif puisse s’imposer. En 2018, cela relevait de l’évidence.

Photo by Omar Arnau/Pressinphoto / Icon Sport)

Étoile filante

Chaque médaille a son revers. En virant Marcelino, les dirigeants ont peut-être bien tuer la poule aux œufs d’or. L’entraîneur asturien a de nombreux défauts, mais c’est bien lui qui a offert ses premières minutes à Kang In Lee avec l’équipe première. Le technicien prépare les jeunes talents à une longue carrière professionnelle et refuse de trop les exposer. Parfois, les joueurs en prennent ombrage, comme Ferran Torres qui, malgré une place de titulaire fixe en 2018-2019, n’a jamais accepté d’avoir été proche d’un prêt au Hertha Berlin. Lors de la présaison 2018, le Sud-Coréen est du stade en Suisse. Conduite de balle, dribble, vision : il réussit ses débuts. Mieux : il se présente au Valencianisme le 11 août 2018 lors du traditionnel Trofeo Naranja où il régale côté gauche et inscrit un but de la tête. Kang In Lee n’a que 17 ans et Mestalla est déjà à ses pieds.

Pour autant, il va devoir attendre une demi-saison avant d’intégrer durablement la A. Avec le filial, il dispute 16 matches sur 17 en Segunda B, marque 3 buts et adresse 2 passes décisives. Il en profite aussi pour disputer les 1/16 de finale de la Copa del Rey contre Ebro. À partir de la mi-décembre 2018, il intègre durablement l’effectif de Marcelino. Et c’est en janvier que le Sud-Coréen explose véritablement. Titulaire contre le Sporting de Gijón en 1/8 de finale aller de la Copa, il joue l’intégralité du match (défaite 2-1 au Molinón), débute en Liga 4 jours plus tard en entrant à la 87e minute contre le Real Valladolid (1-1), et refait son apparition dans le XI pour le 1/8 retour. La Copa lui permet d’accumuler du temps de jeu. Contre Getafe, il se fait broyer le pied au Coliseo Alfonso-Pérez par Damian Suárez en toute impunité (défaite 1-0). Au retour, il entre à la 71e minute et change la face du match. Alors que Valencia doit marquer 2 buts dans les arrêts de jeu, le gaucher réclame le ballon, prend ses responsabilités et influe énormément sur la qualification au bout du suspense pour le dernier carré, Ce devait être le début de l’ère Kang In Lee : c’est déjà le point d’orgue.

Trop sanguin et pas assez de jus

Hormis 12 minutes disputées lors du derbi de València contre Levante (32e journée), Kang In Lee ne rejoue pas de la saison. Auréolé du titre meilleur joueur du Mondial U20, son statut est amené à évoluer. Un prêt est envisagé mais ne se conclut pas. Avec Albert Celades, le Sud-Coréen gagne des minutes et fête sa première titularisation de la saison par un but, évidemment contre Getafe (3-3, 6e journée).

Mais une première cassure intervient contre l’Atlético de Madrid 3 semaines plus tard. Entré à la 77e minute, il est exclu directement dans les arrêts de jeu. Dans le XI de départ dès son retour de suspension contre Séville, il attendra… l’avant-dernière journée pour en refaire partie. Entre temps, il aura connu une blessure musculaire pendant 5 semaines et une nouvelle exclusion, contre le Real Madrid cette fois. La venue de Javi Gracia, et surtout la saignée dans l’effectif, lui garantissent une place dans la rotation. Kang In Lee participe à 24 matches de Liga dont 15 titularisations pour un bilan de 1267 minutes et 4 passes décisives.

Photo by Icon Sport

Ses copies sont très souvent incomplètes et il n’est pas rare qu’il soit complétement transparent, y compris quand il entre en cours de rencontre pour apporter de la vitesse. Ses rêves sont beaucoup plus grands que son protagonisme. Kang In Lee n’a tout simplement pas les moyens de ses ambitions ou, du moins, ne semble pas vouloir forcer son destin. Forcément, avec l’arrivée de José Bordalás, au-delà des difficultés contractuelles, cela ne pouvait aboutir qu’à un départ cet été.

« En 2011, ma famille et moi avons décidé de quitter notre pays pour que je puisse réaliser mon rêve : devenir footballeur professionnel. Le Valencia CF m’a ouvert ses portes et a misé sur moi. Je ne l’oublierai jamais. Aujourd’hui, alors que je lui dis au revoir, je veux le mettre en valeur. La Valencia CF m’a formé comme joueur mais surtout comme personne. Les valeurs que j’ai apprises à l’Académie seront, je l’espère, le moteur qui guidera mon futur »
Kang In Lee sur Instagram

Sous contrat jusqu’en juin 2022 avec une clause de rescision de 80M€, Kang In Lee et le Valencia CF ne sont jamais parvenus à s’entendre pour une prolongation de contrat. Sans accord, les jours du Sud-Coréen étaient comptés chez les Blanquinegros. Pour autant, un départ libre reste surprenant car il implique un manque à gagner conséquent. Mais après les arrivées d’Omar Alderete et de Marcos André, il fallait écarter un joueur extra-communautaire sans condition. Kang In est devenu Kang Out. Après avoir repoussé des offres de Braga, Wolverhampton, Granada, Monaco et Feyenoord, il rejoint finalement Mallorca pour renforcer un secteur offensif jeune et attractif. Cet épilogue aigre-doux est une nouvelle pierre dans le jardin de Meriton qui, à force de creuser, finira bien un jour par trouver du pétrole au Jardin du Turia.

François Miguel Boudet

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