Espanyol – Mallorca / Vicente Moreno, meilleur en montée

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Vicente Moreno a ressuscité le RCD Mallorca, moribond en Segunda B. Vicente Moreno a relevé le RCD Espanyol, tombé en Segunda. Le technicien valencien s’est spécialisé dans la reconstruction de monuments en péril, avec réussite. Ce vendredi, la 3e journée de Liga s’ouvre avec un duel entre ses deux derniers clubs. L’occasion d’analyser ses succès barralets et pericos.

A l’instar de Paco López et José Bordalás, Vicente Moreno n’a pas connu une immense carrière de joueur. Formé au Valencia CF au mitan des années 1990 avec David Albelda, Andrés Palop et Miguel Angulo, quand le club blanquinegro a amorcé son ascension domestique et européenne, le milieu défensif ferraille dans les divisions inférieures, d’abord à Ontinyent puis à Guadix et au Deportivo Xerez où il évolue 11 saisons, dont une (2009-2010) en Primera, avant d’être promu adjoint de Juan Merino (aucun lien de parenté), actuellement adjoint de Manuel Pellegrini au Betis.

17 matches plus tard, VMP débute comme numéro 1, en décembre 2011. Il termine la saison mais ne poursuit pas l’aventure en Andalousie. Après cette première expérience en Segunda, il doit attendre novembre 2013 pour retrouver un banc, en Segunda B. Entre temps, il dirige la sub18 de la Comunidad Valenciana. Au Nastic Tarragone, il dispute les barrages d’accession mais contre Llagostera. La saison suivante, le club catalan monte malgré une défaite en finale contre le Real Oviedo. Avec un 4-2-3-1 quasi-immuable, il joue le haut de tableau et atteint la 3e place. Mais en dépit d’un statut de favori, le Nastic est éliminé dès la 1/2 par Osasuna, seulement 6e de la saison régulière et futur promu en Liga. Mais contrairement à ce qui s’était passé en Segunda B, l’histoire ne repasse pas les plats. 22e après 19 journées, le coach est viré. 6 mois plus tard, le natif de Massanassa débarque au RCD Mallorca. Et tout va s’accélérer.

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Mallorca reprend vie en 2 ans

Quand Vicente Moreno prend Mallorca en main, le club baléare n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Moribonds en Segunda B, les Barralets ont été rachetés en janvier 2016 par Robert Sarver, le boss des Suns de Phoenix, accompagné de l’ancien meneur de jeu Steve Nash et l’ex-tennisman Andy Kohlberg. Le premier semestre est chaotique : le finaliste de l’ultime Coupe des Coupes en 1999 descend en Segunda B. L’arrivée du technicien valencien est une bénédiction.

« Vicente, je le vois sur le banc de Mallorca en Segunda B, en Segunda et en Liga »
Maheta Malongo, conseiller délégué du RCD Mallorca, lors de la présentation de l’entraîneur le 20 juin 2017

Dès 2017-2018, il a sous ses ordres des joueurs qui figurent toujours au club : Manolo Reina qui était son gardien remplaçant au Nastic, Antonio Raíllo, Joan Sastre, Salva Sevilla, Lago Júnior et Abdón Prats. Le club réalise une saison quasi parfaite : champion du groupe 3 de Segunda avec 8 points d’avance sur le filial de Villarreal, meilleure défense, 3e meilleure attaque et seulement 5 défaites en 38 matches. En 1/2 finale de barrages dont les 2 vainqueurs montent en Liga, Mallorca se met à l’abri dès le match à Son Moix en battant Mirandés (3-1) et en assurant au retour à Anduva (0-0). Cerise sur le gâteau : les insulaires s’adjugent le titre en battant le Rayo Majadahonda.

Pour le retour de Mallorca dans le giron professionnel, le club se renforce avec Dani Rodríguez, Franco Russo, Martín Valjent, Pervis Estupiñán, Idrissu Baba, revenu d’un prêt à Barakaldo et Ante Budimir. Si Vicente Moreno a principalement utilisé le 4-4-2 en Segunda B, il devient davantage protéiforme dans la división de plata. Outre le 4-2-3-1, il utilise également le 4-3-3, le 4-1-4-1, le 4-5-1 et développe l’activité de ses ailes en essayant plusieurs fois le 5-3-2 et le 5-4-1. Les Barralets terminent 5e et se qualifient pour les barrages d’accession en Liga, Mallorca s’en sort contre Albacete (2-0; 0-1). Mais contre le Deportivo de La Coruña, la messe semble dite dès le match aller au Riazor avec une défaite contre les Galiciens (2-0). Mais à Son Moix vint le miracle, sous les yeux de Rafael Nadal. Ante Budimir (21′), Salva Sevilla sur coup franc (62′) et enfin Abdón Prats (82′) renversent le Depor qui ne s’en remettra pas, au point de plonger en Segunda B dès la saison suivante.

À l’Espanyol, une année au purgatoire quasi-parfaite

Si les débuts de Vicente Moreno en Liga se sont achevés par une descente immédiate, sa cote est montée en flèche. Également dans la charrette, l’Espanyol le recrute pour remonter immédiatement en Primera. Un travail de longue haleine conclu par Francisco Rufete, l’un des meilleurs directeurs sportifs d’Espagne. En dépit d’un exercice 20219-2020 complètement manqué, les Pericos conservent leur ossature. Le premier objectif du technicien valencien est de tourner la page et de repartir à fond.

« Il faut faire en sorte que les têtes des joueurs ne regardent pas en arrière. Nous avons essayé qu’ils se concentrent sur le présent car c’est ce qui nous permettra d’avoir un bon futur. A partir de là, il faut profiter de s’entraîneur, de combattre et de s’améliorer »
Vicente Moreno dans La Vanguardia, le 20 novembre 2020

Les journalistes en sont persuadés : c’est un fusil à une seule cartouche pour VMP. L’entraîneur de la gaspille pas. Être favori est une chose tout à fait différente d’y parvenir. Le nombre de cadors qui se sont cassé les dents en Segunda est énorme. Mais les Pericos sont clairement au-dessus. Avec 82 points, comme…le RCD Mallorca mais une différence de buts favorable, l’Espanyol remporte le titre. Vicente Moreno utilise essentiellement le 4-2-3-1, bien aidé par un effectif composé d’un capitaine de route éternel en la présence du gardien Diego López, de profils confirmés (Leandro Cabrera, Sergi Darder, David López, Raúl de Tomás) et de joueurs talentueux qui ont tenu à réparer le lien brisé avec l’afición (Adrià Pedrosa, Fernando Calero, Pol Lozano, Óscar Melendo, Nico Melamed). Le bilan est éloquent : meilleure attaque et meilleur défense. Un vrai tour de force.

« Spécialisé » dans les montées, Vicente Moreno doit à présent devenir l’homme des maintiens. Ce vendredi soir, en ouverture de la 3e journée, il retrouve Mallorca, un rival direct qui a déjà pris 4 points quand les Pericos ont enchaîné 2 nuls sans but. S’il a quitté Palma fâché, il garde un oeil attentif aux résultats de Barralets… sans oublier de préciser qu’il n’est pas étranger à leurs succès.

« C’est un match spécial et ça le sera toujours. Les débuts de Mallorca de me surprennent pas. A Vitoria contre Alavés, ils ont joué avec 9 joueurs que j’ai dirigé (…) Cela ne m’étonnerait pas que ce soit une des révélations de la saison »
Vicente Moreno en conférence de presse d’avant-match, le 26 août 2021

S’il reste une certaine animosité envers les dirigeants insulaires, l’entraîneur n’a pas besoin de davantage de motivation. Avec les arrivées de Loren Morón et Aleix Vidal, l’Espanyol dispose d’un effectif conséquent et bien mieux doté que de nombreux concurrents. S’il a prouvé son talent en montée, il reste encore à savoir si Vicente Moreno peut être aussi bon en haute montagne.

François Miguel Boudet

 

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