OM / Zubizarreta – Longoria : Deux manières de concevoir une planification sportive

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Crédits : Iconsport

Depuis octobre 2016, ce sont des Espagnols qui gèrent en grande partie la planification sportive de l’Olympique de Marseille. Suite au rachat du club olympien par Frank McCourt puis la nomination de Jacques-Henri Eyraud à sa présidence, c’est Andoni Zubizarreta puis Pablo Longoria qui ont été nommé au poste directeur sportif. Le cyprès brûlé a donné encore plus de poids à l’ancien du Valencia CF, devenu président. En presque 5 ans, on a pu voir deux manières de concevoir une planification sportive, avec deux profils très différents.

Le mot planification sportive peut faire sourire quand on évoque l’OM tant le club semble être dans un cycle de recommencement perpétuel et de bouleversement chaque été. Pour les Marseillais, les crises sont le quotidien, l’accalmie l’exception. Durant un temps, sous l’impulsion de son président Jacques-Henri Eyraud, nom de code JHE, les Olympiens ont joué pourtant la continuité en ne changeant pas de coachs à chaque mauvaise dynamique et en installant dans la durée le directeur sportif Andoni Zubizarreta malgré des erreurs manifestes sur le mercato. Le feu de cyprès et la vindicte populaire ont conduit à un élargissement des pouvoirs de Pablo Longoria qui gère pour la première fois l’intégralité d’un mercato estival, libéré des tentacules de JHE. Retour sur leur vision du football et leurs choix à la tête de la partie sportive de l’OM.

Zubi, le bâtisseur

Fin connaisseur de l’Athletic et du Barça pour y avoir joué puis été directeur sportif, Zubi devait incarner un changement dans la dynamique olympienne. Finis les recrutements à rallonge, les investissements démesurés : l’OM devait enfin faire confiance à ses jeunes ainsi que devenir maître de sa région en termes de formation, de prospection et surtout de signature des meilleurs jeunes. L’argument « Masia-Lezama » faisait rêver, l’OM semblait vouloir faire confiance à ses minots, avoir une équipe qui parle marseillais avec le renfort d’éléments de grands talents pour construire une équipe de qualité. Des projets qui existent en Espagne, notamment à la Real Sociedad par exemple. L’OM devait incarner quelque chose de différent sportivement, entre ancrage local, folie populaire et performance sportive, le tout avec un milliardaire américain comme patron.

Zubi va rapidement s’activer, durant son mandat : Dimitri Payet, Florian Thauvin et Steve Mandanda vont revenir au bercail. Des joueurs comme Patrice Evra, Kevin Strootman ou encore Luiz Gustavo sont signés tout comme Morgan Sanson qui était alors un grand espoir du championnat de France. Des joueurs dans la force de l’âge sont aussi recrutés comme Valère Germain ou encore Kostas Mitroglou. Le club bouge, fait des choix intéressants, alourdit certes sa masse salariale mais se reconstruit un actif joueur qui semble intéressant. Rudi Garcia est confirmé, il paraît être l’entraineur parfait pour lancer un projet qui doit permettre à l’OM de redevenir un club de haut de tableau après avoir connu une 13e place quelques mois auparavant.

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Rapidement, Zubi se met aussi à travailler sur la restructuration de la formation olympienne avec deux grands projets : OM Next Génération et OM Campus. Le premier est simplement la création d’un réseau de clubs amateurs qui signent un partenariat avec le club olympien. Aucune obligation mais, en échange de dotations, les clubs doivent pousser à faire signer leurs meilleurs éléments dans le club ciel et blanc. C’est aussi une bonne campagne d’affichage, des banderoles sont présentes aux abords de différents stades de la région, le déplacement des dirigeants de l’OM dans les structures amateur permettent de faire parler. A défaut d’être le premier choix de beaucoup de parents, l’OM se remet à exister dans sa ville après avoir longtemps boudé cet exercice. Tout n’est pas parfait, tout ne fonctionne pas, mais c’est une première pierre intéressante.

L’autre projet est l’OM Campus. Avant les jeunes de l’OM occupaient principalement le Cesne et les féminines jouaient au stade Roger Lebert. En bref, l’OM n’existait pas dans la ville hormis à la Commanderie, une traverse peu passante du 11e arrondissement. Zubi, marqué par le centre de formation de l’Athletic Club, veut que l’OM dispose d’un endroit où le club est partout, que ça soit une fierté pour les jeunes de signer à l’OM, que ça soit une vraie expérience. Le club, dans ses négociations pour le loyer du Vélodrome réussit à récupérer l’utilisation du Cesne pour 50 ans. Des travaux sont lancés et aboutiront à la création de trois terrains et à un changement de nom : l’OM Campus est né. Les féminines sont aussi rapatriées là. Les matchs peuvent être diffusés et des tribunes sont élevées. Des panneaux indiquant l’OM Campus fleurissent dans la ville. Encore une fois, le club olympien se remet à exister dans sa ville, après avoir rêvé de grandeur et s’en être un peu coupé.

Longoria, le football moderne par excellence 

Au final, l’expérience Zubi à Marseille a tourné court. Sa volonté d’avoir du temps pour sa famille, sa faculté à rester injoignable ou simplement son retard sur certains deals ont constitué une des raisons de la stagnation du club pour beaucoup. Avec JHE, Rudi et Zubi, l’OM a redécouvert le haut de tableau, l’Europe, l’ivresse des finales continentales mais a arrêté de rêver de titres, comme tétanisé par une accalmie de longue durée qui n’est pas la norme dans cette ville bouillante. Même les supporters semblaient être d’accord avec cet état de fait : l’OM avait largué son envie d’être tout proche du soleil quitte à se brûler pour une stabilité dans le neutre. Cependant tout a explosé et Pablo Longoria, quelques mois après sa nomination en tant que directeur sportif du club, a récupéré la casquette de président tout en gardant les rênes du sportif. Au final, c’est plus le poste de président qui a été supprimé, avec un DS qui a récupéré son rôle de représentation.

Recruteur, passionné de scouting, Pablo Longoria est l’inverse du gentil Zubi qui veut surtout faire grandir le club et lui permettre de continuer sans lui. L’ancien du Barça a tenté de construire quelque chose qui restera, on ne sait pour combien de temps; Longoria, lui, recrute et va au plus pressé pour remettre le club sur le droit de chemin. C’est là la première scission entre les deux hommes. Zubi est quelqu’un qui prend son temps, comme il est coutume au Pays Basque. Les bonnes choses arrivent toujours, mais parfois il faut faire preuve de patience et ne pas tout bousculer quand le résultat met plus de temps que prévu à émerger. Longoria pense que tout peut être résolu par un bon recrutement. Qu’il faut juste être là au bon endroit et au bon moment pour que ça colle. L’échange de bons procédés avec la Juventus pour Marley Ake et Franco Trongya place le bonhomme. Il a bourlingué, connait du (beau) monde, a pu toucher à différents postes, parle de nombreuses langues. Il peut être partout et nulle part, l’archétype du DS qui fait du transfert, qui gesticule, comme un trader qui achète des tonnes de bananes et revend des citrons tout en négociant le prix des oranges.

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Son premier mercato estival qu’il a pu préparer entièrement suit la même dynamique. Galvanisé par une opportunité comptable (pour faire simple, le départ de gros salaires ainsi qu’un jeu d’amortissement a libéré de la surface financière malgré des entrées plus basses prévues), Pablo le Trader se met à enchainer les coups de fil. Les cernes s’allongent, mais l’OM bouge et semble vivant sur le marché. Cela convient à beaucoup de monde qui pense qu’enfin l’OM emboite le pas de ses concurrents à se mettant à chercher le bon coup et à miser sur le jeune qui fera faire une bascule incroyable à l’OM tout en mettant sur le marché ses jeunes pousses qui permettent de faire des écritures comptables favorables aux Olympiens. Longoria a ciblé différents types de joueurs : les jeunes, plutôt en échec dans un grand club et ouverts à un prêt ou à un paiement étalé. C’est comme ça que des Pau Lopez, Leo Balerdi, Cengiz Under ou encore Pol Lirola signent. Il cherche aussi des talents confirmés, comme Arka Milik qui a été un choix fort de sa part (mais aussi un sacré casse-tête en terme de négociation). Pour terminer, il sait aussi investir sur des jeunes à fort potentiel comme Gerson ou encore Luis Henrique et flairer des joueurs pour faire de la post-formation. Bref : il apporte du renouveau tout en essayant de vendre Bouba Kamara.

Pablo Longoria a une méthode très claire, une manière d’appréhender son rôle de directeur sportif qu’il a appliqué à Valence et qu’il applique à l’OM. Il se rapproche d’un Luis Campos. Le mercato est la chose la plus importante, il faut savoir bien acheter, bien vendre, bien se placer, tout peut être résolu par le mercato et tout passe par le mercato. Le reste n’est pas aussi important et c’est là que le club doit être le plus actif. Parce que ça permet de faire entrer de l’argent, d’étendre sa surface financière ou simplement de soigner un bilan. C’est une logique court-termiste qui souvent ne profite pas au club. Les premières estimations au niveau des salaires montrent bien que l’OM n’a pas changé son fusil d’épaule en termes de masse salariale et continue sur la même lancée, espérant simplement que ces nouvelles têtes permettront de faire plus d’entrées dans les caisses et donc de la rendre plus supportable.

Des profils complémentaires ?

Il serait tentant de dire que les profils de Zubi et Longoria sont complémentaires. Le premier, à l’aise dans l’idée de construire une identité de club, de lui permettre d’acquérir en notoriété et de marquer des points qui peuvent permettre de récupérer des jeunes qui auraient été tenté de partir ailleurs a besoin du second, qui sait vendre, acheter, mettre les mains dans la mécanique, signer des accords qui sentent mauvais mais qui sont la norme dans le football européen. Cependant, on est sur du fantasme car es deux ont des intérêts divergeants.

Zubi a vraiment construit un environnement qui a remis la formation marseillaise au centre du jeu, durant un bref instant. Mais cela a surtout permis de poser des questions, de se parler, d’attirer des éducateurs, quelques minots, tout en permettant à l’OM de retrouver sa place dans sa ville. Tout n’est pas parfait, mais il porte une vision qui est de plus en plus rare dans le football moderne : la patience. De son côté, Longoria et son allure de trader est un directeur sportif comme un autre, qui porte un projet aucunement différent de la majeure partie des clubs européens : acheter pour mieux vendre.

I est intéressant de lire les commentaire dithyrambiques sur Pablo Longoria quand il fait rien de différent de la majorité des DS européens. Il est aussi dommage de voir comme les transferts et donc la spéculation sur des êtres humains a été à ce point banalisé dans le football. Zubi a été une comète, un choix intéressant qui portera peut-être ses fruits dans 5 ou 10 ans, lorsque tout le monde l’aura oublié, quand Longoria peut avoir des résultats rapidement et partir avec les honneurs aussi vite qu’il est venu. Encore une fois, ce football n’a plus le temps pour grand chose, hormis pour se vendre et s’acheter.

Benjamin Chahine

@BenjaminB_13

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