L’UEFA refuse sa sélection au Pays Basque

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Le dernier match de la Sélection basque s'est joué le 16 novembre 2020 contre le Costa Rica (2-1) [Photo de IconSport]

Profitant de la réunion de son comité exécutif avant la finale de l’Euro, l’UEFA a refusé à l’unanimité la requête de la fédération basque. Avec le soutien du gouvernement local, celle-ci avait formellement demandé la reconnaissance de sa sélection dans les compétitions officielles. Demande rejetée, au motif que le Pays Basque n’est pas reconnu comme un Etat indépendant.

La demande avait été faite le 15 décembre 2020, aux sièges suisses de la FIFA et de l’UEFA. Jon Redondo, directeur des sports du gouvernement basque, ainsi que Luis María Elustondo – président de la Fédération basque de football à l’époque – avaient déposé en mains propres le dossier de candidature de leur Euskal Selekzioa. Une promesse de campagne, autant au niveau de la fédération que de l’exécutif local. En échange de son soutien au Parlement de Madrid, Iñigo Urkullu (Président basque) avait demandé au socialiste de Pedro Sánchez (Premier ministre espagnol) de soutenir la reconnaissance sportive d’Euskal Herria.

Le 25 janvier 2021, les deux hommes s’étaient d’ailleurs rencontrés pour aborder le sujet. D’après El Mundo, Pedro Sánchez aurait même accepté de « débuter les négociations bilatérales » pour l’officialisation de la Selekzioa. Il était, sans doute, également question de calmer les ardeurs de Luis (Président de la Fédération espagnole), visiblement outré de la demande faîte au Nord de la péninsule ibérique. Si l’accord avec Pedro Sánchez était un acte fort, il ne permettait cependant pas d’avancer concrètement sur cette officialisation. « Le Pays Basque n’est pas un pays, sa requête est irréalisable », s’était emporté Luis Rubiales, le président de la RFEF, à la mi-décembre

L’UEFA refuse catégoriquement la demande

Son argument concorde en tous points avec le règlement de l’instance européenne du football : sans être un État reconnu par la majorité de la communauté internationale, impossible de présenter son équipe en compétition. Pour attester de son éligibilité, la Fédération basque avait donné l’exemple de plusieurs intégrations – polémiques – de sélections. À commencer par celle de la Nouvelle-Calédonie en 2004, bien que le territoire appartienne à la France, et du Kosovo douze ans plus tard.

La délégation basque s’est rendue à Zurich le 15 décembre 2020 [Crédits : EFF-FVF]

Lorsque la Roja avait affronté cette sélection le 31 mars dernier (3-1 pour les hommes de Luis Enrique), les commentateurs espagnols avaient reçu pour consigne de qualifier le pays de « territoire du Kosovo ». Déclaré indépendant en 2008, le Kosovo n’est pas reconnu par le gouvernement madrilène. Le fait que ce match se tienne finalement – malgré un contexte politique hostile – avait par ailleurs renforcé les velléités sportives de la Fédération basque.

D’après un récent sondage du laboratoire Telesforo Monzón, 72 % des Basques (toutes provinces confondues) souhaiteraient que les joueurs puissent choisir leur sélection. Mais l’UEFA a décidé de réduire cette possibilité aux seules équipes nationales françaises et espagnoles. Relayée dans la presse nationale, la décision a été prise car le Pays Basque n’est pas une nation reconnue. Ce refus, acté à l’unanimité à quelques heures de la finale de l’Euro, n’a sûrement pas créé de débats au sein du comité exécutif de l’UEFA. Le président de la Fédération espagnole était d’ailleurs présent.

La Fédération basque n’abandonne pas ses convictions

Les Basques devaient-ils être heureux d’avoir finalement obtenu une réponse ? Lors de sa conférence de presse de décembre dernier, Luis Rubiales avait fait savoir que la FIFA et l’UEFA n’avaient reçu aucun représentant de la Fédération basque. D’après lui, ces instances ne traitent qu’avec les fédérations nationales et pas avec les mêmes de ces dernières. Quoi qu’il en soit, la délégation basque n’a jamais affirmé avoir rencontré des membres de l’UEFA ou de la FIFA, mais simplement d’avoir déposé un dossier de candidature complet à leurs sièges respectifs.

Courante manifestation en faveur de la reconnaissance de la Selekzioa [Crédits ; GuEreBai]

Les Basques n’avaient d’ailleurs reçu aucune réponse, pas même une confirmation de réception. Il a fallu attendre la finale de l’Euro, et la réunion de bilan qui allait avec, pour que le refus définitif soit prononcé par l’UEFA. « La Sélection basque peut continuer de jouer des matchs amicaux si elle le souhaite, mais pas dans une compétition officielle », aurait affirmé l’association européenne selon La Vanguardia, media espagnol situé au centre droit.

Lors de sa demande du 15 décembre 2020, la Fédération basque affirmait se donner un an pour faire reconnaître son équipe. Pour ces six prochains mois, elle peut encore saisir le Tribunal Arbitral du Sport, habilité à trancher une telle question. Mais comme tous les tribunaux, le TAS doit s’appuyer sur les règlements pour délibérer. Malgré l’argumentation défendue par les Basques, le fonctionnement de la FIFA – comme de l’UEFA – exclut de fait le Pays Basque de ses compétitions.

Euskal Herria, une notion politiquement inexistante

La question de la reconnaissance du Pays Basque est compliquée au sein même de ses frontières. Des délimitations qui varient en fonction même de l’appellation. Euskal Herria, correspondant à la totalité du Pays Basque, est composé de sept provinces qui n’appartiennent pas toutes à la même juridiction. Le Pays Basque Nord est situé dans la moitié Ouest des Pyrénées-Atlantiques quand le Pays Basque Sud est divisé entre la Communauté autonome basque (la CAV, qui a fait la demande d’officialisation) et la Navarre. Depuis sa création en 1915 et bien qu’elle dépend de la CAV, l’Euskal Selekzioa peut accueillir des joueurs de ces trois territoires.

Javier Landeta, élu en mars à la présidence de la Fédération basque [Crédits : Mundo Deportivo]

La demande d’officialisation pose de nombreuses questions géopolitiques. Et notamment celle de savoir qui serait amené à jouer pour la Sélection basque ? La Fédération n’a pas communiqué sur cette question; il est donc envisageable que seuls les habitants de la Communauté autonome basque puissent porter le maillot de la Selekzioa si elle venait à être reconnue. Iker Muniain, Roberto Torres ou encore Anaitz Arbilla en seraient donc exclus. La question ne se pose pas pour les Français puisqu’aucun joueur d’Iparralde (Pays Basque Nord) n’a le niveau pour y jouer. Mais qui sait pour le futur ?

L’officialisation de l’Euskal Selekzioa n’est donc pas entérinée et Javier Landeta – élu à la présidence de la Fédération basque – affirmait en mars dernier vouloir « continuer de promouvoir la reconnaissance internationale » de sa sélection. Cela passera peut-être par des négociations avec Luis Rubiales, qui pourraient être favorisées par l’accord entre le président basque et Pedro Sánchez. Au moment où ces lignes sont écrites, ni la Fédération ni le gouvernement local n’ont publiquement réagi*. Pour autant, la saga continue…

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

* MISE À JOUR 03/08/2021 : La Fédération basque de football a publié un communiqué le lundi 2 août dans lequel elle explique avoir été tout juste informée du refus de la FIFA et de l’UEFA. « Nous sommes en train d’étudier les recours juridiques avec nos avocats » peut-on notamment y lire. Le combat n’est pas terminé.

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