L’absence de Sergio Ramos est la meilleure chose qui soit arrivée à la Roja

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Partido de la UEFA Nations League entre Suiza y España. En la imagen, Sergio Ramos falla uno de los dos penaltis.UEFA Nations League match between Switzerland and Spain. In this picture, Sergio Ramos misses one of the two penalties. By Icon Sport - Sergio RAMOS - St Jakob-Park - Bale (Suisse)

Mais qu’allait donc bien pouvoir faire la Roja sans Sergio Ramos, son capitaine, son symbole, son totem ? Eh bien, elle a fait. Et plutôt bien. En accédant au dernier carré de l’Euro 2020, l’Espagne s’est probablement assurée une transition en douceur et mis un terme à un mythe tenace selon lequel la Selección aurait obligatoirement besoin de l’Andalou pour performer. 

Il fallait bien un forfait par blessure pour provoquer le départ de Sergio Ramos de la Roja. Comment mettre de côté le capitaine emblématique autrement ? Car aussi symbolique soit-il, l’Andalou était l’un des symboles de cette Espagne qui stagne depuis 2012, sortie piteusement des trois dernières compétitions internationales disputées. La faute n’en incombe pas majoritairement à l’ex-Merengue mais il était partie prenante de ces échecs. En défense centrale, Ramos n’a été titulaire qu’en 2012. Il y a 9 ans donc. Et depuis ?

9 ans sans résultats avec la Roja

Depuis, Sergio Ramos a souvent été synonyme de garra, de leadership mais jamais de succès. Bien au contraire. Pour beaucoup, la Roja ne pouvait survivre sans ce meneur d’hommes. Mais dans les faits, à mesure que les cadres de la génération dorée prenaient leur retraite internationale et que leurs successeurs ne parvenaient pas à chausser la bonne pointure, Ramos a gagné en importance. Pour quels résultats ? En 2014, la défense a été humiliée sans préliminaires contre les Pays-Bas. En 2016, elle a pris l’eau contre l’Italie, adversaire en 1/8 de finale après que le natif de Camas a manqué un penalty décisif lors du 3e match de groupe contre la Croatie. En 2018, elle n’a eu aucun effet sur le moral des troupes après le licenciement de Julen Lopetegui. Tant sur le niveau de jeu que sur le mental, Ramos a été au centre du marasme. Ce n’est pas un avis : c’est purement factuel. Le charisme et le palmarès ne suffisent pas toujours surtout quand, footballistiquement parlant, les éclaircies en Ligue des Champions se font de plus en plus rares pour faire oublier les trous d’air du quotidien de la Liga. Depuis plusieurs mois (saisons ?), Sergio Ramos est sur la pente descendante et son opération du ménisque en février laisse planer le doute quant à la suite de sa carrière. Son éviction du Real Madrid (et donc son départ pour la concurrence) n’est assurément pas qu’une question de durée de contrat et de salaire.


By Icon Sport – Sergio RAMOS – Philipp MAX – Estadio Olimpico de La Cartuja – Seville (Espagne)

La relève est enfin arrivée

La carrière internationale de Sergio Ramos aurait pu s’achever il y a 3 ans, comme Gerard Piqué. Mais déjà que l’arrêt du Blaugrana a posé problème, qu’aurait pu faire la Roja sans le Merengue ? Si Iker Casillas, Xavi Hernández, Andrés Iniesta et David Villa ont laissé un grand vide, la doublette des meilleurs ennemis a longtemps caché la misère. La relève en défense centrale a mis du temps à éclore et le vivier est encore mince. Aymeric Laporte et Gabriel Paulista n’ont pas reçu un passeport espagnol par hasard. La transition est encore difficile à entamer avec Pau Torres et Eric García et la présence de Ramos était impérative. Mais jusqu’à quand ? Le point d’inflexion a donc été l’annonce de la liste de Luis Enrique. Le sélectionneur aurait pu le prendre dans sa liste pour apporter son expérience et ses conseils. Il n’en a rien été. La preuve que la page est déjà tournée ?

2022, trop loin pour prendre le risque ?

Certes, la Selección ne faisait pas spécialement rêver et son tableau, entre matches disputés à domicile dans une poule faiblarde et réussite absolue en 1/8 et en 1/4, a été royal. Encore fallait-il se qualifier et éviter les pièges. Et peut-être même qu’elle y serait parvenue aussi avec Sergio Ramos. Mais les absents ont toujours tort et les faits sont là. On pensait cette Roja orpheline : elle s’est au contraire révélée sans celui que l’on pensait indispensable. Et pour la première fois depuis 9 ans, l’Espagne est de retour parmi les grandes nations. Alors que l’Andalou n’a disputé qu’une poignée de matches en 2021 et que le Real Madrid l’a éconduit, il ressort que Luis Enrique a fait le bon choix et que trancher dans le vif a été la meilleure chose à faire. Mais ces résultats seront-ils assez forts pour écarter Sergio Ramos définitivement ? Avec un Mondial dans un an et demi, le chemin est encore long. L’Andalou aura 37 ans en 2022 et vu ses problèmes physiques récurrents, rien ne garantit qu’il sera apte au service. Cet Euro 2020 a prouvé que la Selección pouvait avoir des résultats sans Sergio Ramos. On ne sait pas encore s’il s’agit encore d’une nouvelle ère qui s’ouvre mais c’est déjà le signe que l’Espagne est allée au-delà des clichés.

François Miguel Boudet

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