Avec Aymeric Laporte, Luis Enrique réussit plus qu’un pari

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Aymeric Laporte of Spain celebrates his goal during the match between Spain and Slovakia of Euro 2020, group E, matchday 3, played at La Cartuja Stadium on June 23, 2021 in Sevilla, Spain. (Photo by Pressinphoto / Icon Sport) - Aymeric LAPORTE - Estadio Olimpico de La Cartuja - Seville (Espagne)

Considéré par certains comme un opportuniste, si ce n’est un traître, Aymeric Laporte est aujourd’hui titulaire dans la défense centrale de la Roja. En Espagne, la sélection du joueur Lot-et-Garonnais a également questionné certains. Au début de l’Euro 2020, un journaliste n’a d’ailleurs pas hésité à lui demander s’il se sentait suffisamment espagnol pour défendre le maillot rouge. Quel que soit son sentiment réel, Lapuerta réalise un bon début de compétition, au point d’être le seul Espagnol présent dans l’équipe type de la phase de groupe.

Déjà en 2016, le journal Marca avait consacré sa une à « la nouvelle recrue de Julen Lopetegui ». Le sélectionneur de l’époque aurait décidé d’appeler Aymeric Laporte, qui a rejoint le Pays Basque espagnol encore mineur et qui y vivait alors depuis six ans. Le natif d’Agen faisait alors part de son besoin « d’envisager d’autres options » dans le cas où il ne serait pas appelé en équipe de France. En septembre de cette même année, il est, contre toutes attentes, convoqué par Didier Deschamps. Un appel qui laissera un goût amer à celui qui défendait alors les couleurs de l’Athletic Club. Il ne jouera aucun match et ne sera plus appelé.

De quoi alimenter plusieurs rumeurs. Si le sélectionneur français s’en défend, nombreux sont ceux à l’accuser d’avoir appelé le défenseur pour l’empêcher de rejoindre la Roja. Malgré cette première déception, Aymeric Laporte patiente jusqu’en août 2019. Joueur de Manchester City depuis janvier 2018, il continue d’espérer une convocation qui semble désormais peu probable. Alors qu’il avait publiquement expliqué que sa mise à l’écart des Bleus était due à des « motifs personnels et pas sportifs », Deschamps finit par le rappeler. Mais deux jours après, Laporte se blesse violemment au genou. Le rêve s’envole, il ne sera jamais international français.

REPORTAJE A LAPORTE EN LA CONCENTRACION DE LA SELECCION ESPAÑOLA EN LAS ROZAS
Photo by Chema Rey / Marca / Icon Sport – Aymeric LAPORTE – (Espagne)

Qui vient à point…

Après l’annonce de cette convocation en août 2019, Aymeric Laporte avait pris plaisir à rappeler que « tout vient à point à qui sait attendre ». Mais lorsque le destin s’acharne, difficile de l’en empêcher. Sauf peut-être en bousculant ses rêves. L’ancien défenseur de l’Athletic a patienté de nombreuses années, nourrissant son envie de porter le maillot des Bleus. Mais lorsque l’amour n’est pas réciproque, il est souvent préférable d’aller voir ailleurs. Le 11 mai 2021, un document du Ministre de la Justice a officialisé la naturalisation d’un certain Aymeric Jean-Louis Gérard Alphonse Laporte.

La suite n’était que logique. Le 24 mai, Luis Enrique dévoile sa convocation pour l’Euro 2021 dans laquelle figure ce même Aymeric Laporte. Il devenait impossible pour lui d’attendre inespérément un appel de Didier Deschamps. Ses nombreuses années passées en Hegoalde (le Pays Basque espagnol) lui permettent de disputer une compétition internationale sous le maillot de la Roja. À l’heure où la situation – mentale comme sportive – de Sergio Ramos a contraint Enrique de l’écarter, et où les problèmes similaires d’Iñigo Martinez l’ont poussé à refuser d’être sélectionné, Aymeric Laporte apparait comme une solution de choix.

Le défenseur de 27 ans n’est pas un choix indiscutable de Pep Guardiola mais reste un élément non négligeable de l’effectif de Manchester City. Avec l’Espagne, le natif d’Agen n’a pas attendu avant de rejoindre les titulaires, profitant de son mètre 89 pour défendre les cages d’Unai Simón comme il se doit. Mais l’action dont il se souviendra plus que les autres s’est passée dans la surface adverse, lors du dernier match de poules contre la Slovaquie. Juste avant la mi-temps, Laporte démontre son jeu de tête pour inscrire le deuxième des cinq buts espagnols.

SEVILLE, SPAIN – JUNE 23: Laporte and Koke during the UEFA Euro 2020 Championship Group E match between Slovakia and Spain at Estadio La Cartuja on June 23, 2021 in Seville, Spain. ( Juan Jose Ubeda/MB Media)
By Icon Sport – KOKE – Aymeric LAPORTE – Estadio Olimpico de La Cartuja – Seville (Espagne)

Le meilleur Français de la Roja

Les performances du Citizen se confirment lorsque l’UEFA dévoile son équipe type pour les phases de groupe de l’Euro 2020. Aymeric Laporte est à la fois le seul Français et l’unique Espagnol à en faire partie. Une belle récompense pour celui qui aura espéré de longues années avoir sa place dans une équipe nationale. Il est parvenu à prendre ses marques dans une sélection internationale qu’il ne connaissait pas, bien aidé par une remarquable maitrise du castillan.

Tête haute et grand sourire, Laporte a fait découvrir sa célébration au plus grand nombre. Les supporters de l’Athletic connaissaient déjà cette gestuelle issue de la « Tecktonik », qu’il dédie habituellement à sa copine Sara Botello, danseuse professionnelle. C’est en tout cas ce qu’il a fait lors de son premier but avec la Roja. Les potins de Bilbao affirment d’ailleurs que c’est la famille Botello qui a aidé Aymeric à s’installer en Bizkaia lorsqu’il a quitté l’Aviron Bayonnais. Les jeunes tourtereaux seraient ainsi tombés amoureux, renforçant de fait les attaches de l’Agenais pour le territoire ibérique.

Si certains peuvent voir en Laporte un traître qui a abandonné sa patrie, d’autres remarqueront la patience dont il aura fait preuve durant plusieurs années. Aymeric Lapuerta a fait le choix d’aller voir ailleurs, avec pour objectif de démontrer qu’il peut apporter beaucoup à une sélection nationale. Peut-on réellement le blâmer ? De son côté, le défenseur axial s’est dit « très reconnaissant pour la confiance accordée », alors que Luis Enrique semble bien décidé à poursuivre le temps de jeu du défenseur qui a joué la totalité des matchs de la Roja.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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