Style de jeu, projet de club et stabilité : réflexion sur la réussite de la Real Sociedad

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Crédits : Iconsport

La Real Sociedad est un club important en Espagne, pas aussi emblématique que le Betis ou Séville, pas aussi légendaire que l’Athletic, pas aussi puissant que le Real Madrid ou le Barça. Néanmoins, les Txuri-urdinak ont une histoire riche et font partie des historiques du championnat d’Espagne. Depuis son dernier doublé en championnat en 1981 et 1982, le club de Gipuzkoa s’est longtemps cherché, sans pour autant tout remettre en question. L’arrivée d’Imanol Alguacil a ramené la Real premier plan. Retour sur une méthode qui fait envie.

33 ans que Saint-Sébastien attendait ça ! Le 4 avril dernier, après un an d’attente, la Real Sociedad a remporté la finale de la Copa del Rey 2020 aux dépens de l’Athletic, le rival de Biscaye. Un match fermé certes mais qui a mis un terme a une disette qui durait depuis 1987 et qui, malgré les passages remarqués de Raynald Denoueix et Philippe Montagnier, n’avait pu prendre fin plus tôt. Pur produit de la Real, ancien coach du Sanse, le filial, Imanol Alguacil savoure et célèbre. Son one-man show en conférence de presse d’après-match est déjà entré dans la légende txuri-urdin. L’ancien latéral aux plus de 100 matchs avec la Real, technicien au club de puis une décennie a remis son club au sommet en donnant un cadre tactique cohérent à son projet. Une prouesse dans un football toujours plus instable et pressé.

Roulez jeunesse 

Moins extrême que son voisin, la Real Sociedad reste une équipe qui se repose beaucoup sur sa cantera. La ferme à talent du club de Gipuzkoa est situé à Zubieta. Le club a toujours eu une volonté de donner sa chance aux jeunes de coin et les meilleures équipes, notamment celle du doublé en 1981 et 1982, étaient composées en majorité de joueur du cru comme Arconada, Zamora, López Ufarte et Satrústegui. En 1996, ce projet qui fonctionne bien va accueillir de la aata et être un des premiers clubs à faire confiance aux statistiques. Roberto Olabe explique pourquoi :

« Nous voulons faire de ces adolescents des footballeurs et il n’y a pas de meiller moyen de mesurer les impacts générés que d’analyser les données issues de l’évaluation permanente. il faut avoir un regard transversal »

Antoine Griezmann est le joueur français le plus connu passé par le club. La cantera de la Real Sociedad dirigée par Roberto Olabe et conseillée par Eric Olhats dans l’Hexagone a aussi cultivé un savoir-faire dans tout ce qui concerne la post-formation. Roberto Olabe est le garant de ce savoir faire, mais il ne refuse pas l’innovation. Cette science de la formation se cultive. Plus de 250 jeunes portent le maillot du club chaque saison et la Real dispose aussi d’un réseau de clubs partenaires qui regroupe plus de 1000 jeunes.

L’objectif principal de cette cantera est d’irriguer l’équipe première avec un style de jeu existant, mais qui n’est pas trop restrictif. Alfonso Azurza du département data txuri-urdin l’explique à El Pais : « on s’identifie à un modèle de possession associative, mais on les forme à s’adapter dans n’importe quel contexte ». L’objectif est de former de bons jeunes, avec les meilleures fondations pour qu’ils puissent être des footballeurs de haut niveau et ainsi avoir une place dans l’équipe fanion en priorité. Ce style de jeu existe parce que c’est un jeu qui plait au club, mais aussi parce qu’il permet de faciliter les changements de catégories. Les jeunes ont beaucoup à intégrer durant leur croissance. Ne pas avoir à intégrer un nouveau style à chaque saison facilite de fait leur progression et surtout leur intégration en haut de la pyramide.

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En plus d’avoir sorti Griezmann, la Real a exporté des joueurs comme Odriozola récemment, passé par le Bayern Munich et actuellement au Real Madrid. Mais la force de la formation basque, c’est surtout de garder ses meilleurs éléments. Cette saison, près de la moitié de l’effectif vient directement de Saint-Sébastien. Treize joueurs ont grandi dans la région de Gipuzkoa, une chose unique en Espagne. Zubieta a été nommée meilleur cantera d’Espagne en 2020. Des joueurs comme Oyarzabal, Zubeldia, Aihen Miñoz, Guridi ou encore Zubimendi sont centraux dans la réussite du club et 80% de l’équipe actuelle est passée par les équipes de jeunes du club. Le club est performant parce que ses meilleurs jeunes restent et les jeunes restent parce que le club est performant. La définition des cercle vertueux en somme.

Une stabilité récompensée

Cette excellente base est valorisée par des ajouts extérieurs de grande qualité comme Januzaj ou encore Alexander Isak et des vieux briscards comme David Silva, Nacho Monreal ou encore Miguel Moya. Pour autant, l’équipe qui s’est dotée de ce modèle depuis un moment n’a plus connu les succès depuis un moment. Les entraineurs se sont enchainés mais depuis le doublé du début des années 80, le club a connu la Segunda et n’a été que trois fois sur le podium. La nomination d’Imanol Alguacil a permis d’amorcer un nouveau cycle, en accord avec le projet du club.

Le Basque a été nommé fin décembre 2018, en remplacement d’Asier Garitano. L’ancien coach de Leganés, arrivé avec une approche qui avait fait ses preuves, mais qui n’était pas vraiment en concordance avec le style de jeu du club, n’a pas réussi à y faire adhérer son groupe. Pour son premier mois en tant qu’entraineur principal, Alguacil va battre le Real Madrid, dérouler un jeu de qualité avec notamment un pressing cohérent, une volonté de bien traiter le cuir et de ne pas se précipiter quand il n’y a pas d’ouverture. En quelques semaines, il fait l’unanimité autour de lui.

« Notre objectif n’est autre que de rivaliser avec nos garçons dans l’élite. la vocation du club est profondément enracinée et n’est autre que la promotion du développement des footballeurs ». roberto olabe

Il est le dernier étage parfait de la fusée Real Sociedad : il sait comment travaille le club au niveau de la formation, il connaît aussi parfaitement ces jeunes pousses qu’il va emmener avec lui chez les pros. Pourtant, tout n’a pas été rose dans l’histoire entre le Shérif et la Real. Début 2019, il connait une première période difficile avec une séquence où il ne gagne qu’un match en 10 journées. En 2020, rebelote avec deux longues périodes avec peu de succès. Pourtant, jamais personne ne le remet en cause, tant il semble l’homme le plus adéquat d’insérer et valoriser le projet de club porté par la Real Sociedad, celui de valoriser ses jeunes, de ressembler à son territoire tout en pratiquant un football plaisant à regarder. Chaque entraineur veut gagner, les succès font plaisir, valident le travail quotidien et donnent du temps. Mais il faut accepter que les succès ne viennent pas tout de suite ou tout le temps et ainsi permettre leur retour. Le questionnement et la remise en question sont des choses importantes dans le football, mais tout ne doit pas être jeté à chaque mauvaise série. Après avoir été leader de Liga en début de saison, ce travail de fond s’est matérialisé par un trophée.

Une symbiose parfaite 

Cette Copa del Rey est le résultat d’une entente parfaite entre le style de jeu porté par Imanol Alguacil, le projet du club et la confiance mutuelle des deux parties entre elles. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas qu’une seule des composantes du club qui a permis ce succès. Les jeunes ne sont pas meilleurs, l’entraineur n’est pas meilleur, le club n’est pas plus sain, mais c’est la synergie de toutes ces forces dirigées vers un même objectif qui a permis d’aboutir à ce titre et à une stabilisation dans le haut du tableau.

L’ensemble des joueurs actuels, passés par Zubieta ou même arrivés sur le tard, ont des mots élogieux sur le club. Le capitaine Asier Illarramendi explique que « la Real, c’est ma vie ». Joseba Zaldua, revenu après un exil à Madrid, confie que le club est tout pour lui. Zubeldia et Elustondo évoquent d’autres notions : l’un parle de fierté, l’autre que le club est tout simplement sa deuxième maison. Zubimendi explique qu’il a « réalisé un rêve qu’il avait depuis qu’il était petit » en portant ce maillot. Cet esprit de club, cultivé et entretenu, est un vrai plus surtout quand l’entraineur comprend totalement ce sentiment et qu’il a participé à sa diffusion chez les jeunes.

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Au milieu des débats en France sur la formation, le style des entraineurs ou leur projet de jeu, cet exemple est intéressant. La Real dispose depuis longtemps d’une bonne formation, comme c’est le cas en France, et a eu divers entraineurs espagnols ou étrangers sur son banc. À chaque fois que ça a bien fonctionné, notamment avec Raynald Denoueix, c’est que le projet de jeu était en adéquation avec l’ensemble des joueurs. Les deux ont convergé. Cela ne veut pas dire que les autres entraineurs sont mauvais ou sans modèle de jeu, mais juste pas au bon endroit, au bon moment. Les joueurs qui sont partis s’épanouir ailleurs ne sont pas aussi moins bons, loin de là, et ils arrivent à s’adapter à des styles bien différents que celui qui est la norme à Zubieta. Le cas Griezmann qui a franchi des paliers sous le Cholismo est assez intéressant, parce qu’il existe un projet et style de jeu dispensé à Zubieta qui semble assez éloigné de ce qui est proposé par Simeone et ,pourtant, Grizi a été excellent dans les deux approches.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’un entraineur qui ne dispose pas d’un modèle de jeu qui repose sur des principes collectifs forts et plusieurs routines ne sous-entend pas l’absence d’un projet de jeu. Il faut juste l’expliquer. Cela peut s’entendre et se comprendre. Les entraineurs ont des durées de vie très courte sur un banc et mettre en place ce genre de modèle peut prendre du temps. Il ne doit exister qu’un style de jeu que pour les gens qui consomment le football comme un produit et non comme un objet sociétal et politique à comprendre.

De l’autre côté, l’adaptabilité des jeunes joueurs dans différents styles de jeu souvent opposés est une force et c’est ce qui est recherché durant leur processus de formation. Un joueur adaptable est un joueur intelligent et la réussite des entraineurs et des joueurs est souvent une histoire de contexte. Il faut se trouver au bon moment, au bon endroit et avec les bonnes personnes pour connaitre le succès. Pour la Real Sociedad, les planètes se sont enfin alignées. Il fallait bien ça pour décrocher la Lune.

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

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