Jorge de Frutos, symbole d’un Levante qui progresse et se met à rêver

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Jorge de Frutos of Levante UD during the La Liga match between Levante UD and Athletic Club played at Ciutat de Valencia Stadium on February 26, 2021 in Valencia, Spain. (Photo by Omar Arnau / Pressinphoto / Icon Sport) - Estadio Ciudad de Valencia - Valence (Espagne)

Ce jeudi soir au Ciutat de València, Levante dispute le match le plus important de ses 112 ans d’histoire. Arrivé du Real Madrid l’été dernier, Jorge de Frutos est la révélation granota. Passeur de très grand talent, ailier infatigable, le Castillan émerge sur le tard parmi l’élite espagnole et a trouvé en Paco López un mentor qui lui permet de donner le meilleur de lui-même. Présentation d’un mariage qui avait tout pour marcher.

Jorge de Frutos vient de fêter ses 24 ans avec une réalisation en toute fin de match contre l’Atlético, une frappe de 50m dans des cages désertées par Jan Oblak parti donner main forte à ses coéquipiers pour arracher le match nul sur un dernier corner. L’ailier le dit lui-même, ce but l’a marqué pour longtemps : « j’ai déjà quelque chose à raconter à mes enfants« , rajoute-t-il en plaisantant. Après s’être fait remarqué au Rayo Majadahonda, un bref passage au Castilla puis deux prêts, l’un manqué à Valladolid, l’autre réussi au Rayo Vallecano, le natif de Navares de Enmedio profite à Levante de son excellente période en Liga dans un club qui veut jouer un football et qui lui correspond. Retour sur l’émergence rapide mais pas surprenante du meilleur passeur de Liga avant la demi-finale retour de Copa Del Rey contre l’Athletic.

Un garçon qui vient de loin

L’ailier droit, très rapide et offensif, est originaire d’un tout petit village situé dans la province de Ségovie en Castille et Léon. A Navares de Enmedio, Jorge tape pour la première fois dans le ballon. Ses parents dirigent le seul bar de la ville où la centaine d’habitants qui y vit est soit supporters du Barça soit du Real Madrid. Il saute de club en club, jusqu’à arriver au Rayo Majadahonda en 2015. Le club est modeste mais dispose de bonnes équipes de jeunes. L’équipe située dans la banlieue de Madrid monte même en Segunda en 2018. De son côté, De Frutos a déjà pris son envol et rejoint le grand Real Madrid quelques semaines avant.

Avec la Castilla en Segunda B, il marque et propose un excellent football. Cependant, les places sont chères au Real Madrid et ses 7 buts en 37 rencontres de championnat ne lui permettent pas d’espérer jouer avec l’équipe fanion. La Maison blanche lui cherche une porte de sortie et c’est Valladolid qui se présente. Pucela joue le maintien mais l’effectif n’est pas pléthorique. Jorge de Frutos semble avoir assez de qualité pour gratter du temps de jeu. Mais après quelques mois, le constat est implacable : Sergio González n’en veut pas. Avec seulement 56 minutes de jeu en Lig, le prêt est cassé et à l’hiver 2020, il rejoint le Rayo Vallecano en Segunda. La dynamique est plus intéressante cette fois-ci. Il joue près de 17 matchs en seconde partie de saison, dépasse les 1000 minutes et trouve plusieurs fois le chemin des filets. On remarque sa rapidité avec et sans le ballon. Son aisance technique, sa volonté de ne rien lâcher et surtout ses qualités de contre attaquant sont valorisées. A l’été 2021, Levante achète 50% des droits du joueur (2M€) avec une option pour récupérer le reste l’été suivant. Le début d’une très belle histoire.

Jorge De Frutos of Levante UD during the La Liga match between Levante UD and Athletic Club played at Ciutat de Valencia Stadium on February 26, 2021 in Valencia, Spain. (Photo by Pressinphoto / Icon Sport)
By Icon Sport – Estadio Ciudad de Valencia – Valence (Espagne)

Un joueur déjà dans le moule Paco López

Levante est un club paradoxal : il cherche à bien jouer mais se bat pour le maintien. Mais contrairement à la plupart de ses rivaux, le club d’Oriolls propose un jeu très plaisant et beaucoup de remise en question. Paco López, qui a repris le club dans une bien mauvaise posture en mars 2018, s’est fait une spécialité en battant les gros. En moins d’un mois, il a battu le Real Madrid à Valdebebas et l’Atlético de Madrid au Metropolitano, excusez du peu. De plus, le club peut se qualifier pour la finale de la Copa Del Rey après avoir tenu en échec l’Athletic à San Mamés à l’aller.

Au départ, Jorge de Frutos n’est pas une figure prépondérante de Levante. L’effectif est qualité au milieu et dans le secteur offensif, José Luis Morales, Enis Bardhi, Rubén Rochina et le néo-international José Campaña sont devant lui dans la hiérarchie. Le Castillan ronge son frein, même si les résultats ne sont pas au rendez-vous en début de saison. Mais une cascade de blessure lui ouvre la porte du onze titulaire. Lors de la douzième journée, il se fait remarquer pour la première fois. D’abord en offrant un but à Roger Martí puis en marquant le but du 3-0 à la 57e minute. A l’heure actuelle, Jorge de Frutos est un titulaire indiscutable dans l’esprit de Paco López. L’ailier a inscrit 3 pions et délivré 7 passes décisives en championnat. Il a le plus haut pourcentage de xA pour 90 minutes de son équipe avec 0,26.

Ses qualités entrent parfaitement dans le plan que veut mettre en place Paco López cette saison. Ses débordements, sa vitesse, sa capacité à être rapide avec le cuir font des miracles dans une des équipes de Liga qui court le plus avec le ballon. Jorge de Frutos aime attaquer les espaces et surtout provoquer, avancer, créer offensivement. Levante n’est pas une équipe patiente, au contraire même. Rapidement, il est devenu incontournable au point que fin février, un sondage réalisé par le site SuperDeporte le place comme la meilleure recrue des Granotas des cinq dernière années devant des joueurs comme Bardhi. Il a aussi permis de faire oublier rapidement l’erreur de casting Hernani et est, avec Dani Gómez et Mickaël Malsa, le symbole de ce Levante qui travaille très bien sur le marché des transferts.

Le projet Paco López et sa méthode ne consistent pas juste à courir vite et longtemps. C’est toute une vision du football qui est en train d’irriguer le club et de lui faire acquérir cette fameuse identité qui manque à beaucoup d’autres. Après la victoire face à l’Atlético, le coach a ses mots qui en disent long : « le mérite de cette équipe est qu’elle croit en ce qu’elle fait. Cette équipe ne cesse de s’agrandir et ne connaît pas ses limites ». Cette volonté d’aillier confiance en soi, plaisir et effort avec un style de jeu modulable mais une ligne de pensée claire permet de stabiliser Levante en Liga, de lui permettre de garder ses meilleurs éléments, d’en attirer d’autres pour continuer à grandir et progresser.

Repenser à 1937

La perspective de jouer une finale de Copa Del Rey replonge le club dans son histoire. Depuis un certain temps, la direction du club se bat pour que le seul titre remporté par le club soit reconnu par les autorité. En 1937, alors que le pays est en pleine Guerre Civile, Levante remporte la Coupe de l’Espagne Libre. Ce succès n’est pas crédité au palmarès pour d’obscures raisons territoriales mais c’est le seul trophée qui apparait dans la vitrine du Ciutat de València. Cette coupe de la République est une fierté pour le club, qui milite ardemment pour sa reconnaissance et qui pourrait profiter de cette possible finale pour avoir un nouveau porte-voix. Jorge de Frutos, l’un des joueurs offensifs les plus en vue à Oriolls n’a encore jamais marqué en Copa. Il sait que s’il y parvient, il entrera dans l’histoire de Levante à plus d’un titre. Et ça fera encore des choses à raconter plus tard à ses enfants.

Benjamin Chahine
@BenjaminB_13

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