📝 Analyse / Les 3️⃣ enseignements de Atletico de Madrid – Chelsea FC

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Partido de ida de los octavos de la Liga de Campeones entre el Atlético y el Chelsea en Bucarest. En la imagen, Luis Suárez decepcionado. First leg of 1/8 Champions League match between Atlético and Chelsea at Bucarest. In this picture, Luis Suárez dejected. By Icon Sport - Arena Nationala - Bucarest (Roumanie)

Ce mois de février ne réussit définitivement pas aux Colchoneros cette année. Les mauvais résultats s’enchainent, la fatigue et les blessés s’accumulent et l’équipe se perd dans ses approches, comme si elle n’apprenait pas de ses échecs. Oui, l’Atletico de Madrid a une nouvelle fois déçu dans un grand rendez-vous européen. Analyse de ce qu’il faut retenir de cette défaite face aux Blues de Chelsea.

1️⃣ Un Atletico mode LDC, à tort ou à raison

Depuis le début de saison, l’Atletico de Diego Simeone se veut protagoniste de la majorité de ses matchs, mais ce soir, les Colchoneros n’ont cessé de reculer pendant plus de 75 minutes, soit jusqu’à l’ouverture du score d’Olivier Giroud d’une superbe chilena pour sceller le sort de la rencontre. Les intentions étaient claires : ne pas encaisser avant le retour à Stamford Bridge, presser très haut à la perte de balle et saisir les quelques opportunités qui s’offriront sur attaque rapide pour prendre l’avantage, cliniquement. Pour cela, l’équipe s’organise en 6-3-1 sans ballon et empêche les hommes de Thomas Tuchel, peu inventifs sur attaque placée, de trouver l’avant dernière passe qui pourrait exposer Jan Oblak. Bien que cette approche soit minimaliste et trop souvent décriée, elle est censée apporter bien des certitudes aux Rojiblancos. D’abord, elle permet aux Colchoneros de se rapprocher de la qualification puisque Diego Simeone sait que son équipe est capable de faire la différence à l’extérieur, à l’image de la demi-finale de LDC 2014 face à ce même Chelsea. Ensuite, elle permet de se rassurer et de retrouver l’ADN défensif du club après avoir encaissé 9 buts lors des 8 dernières rencontres de championnat, d’autant plus lorsque Diego Simeone doit composer sans quelques joueurs incontournables de son onze.

Malheureusement, le plan n’aura été pertinent que pendant une quinzaine de minutes, et à l’image du match face au Real Madrid lors de la phase aller de championnat, l’équipe a semblé dépourvu de repère et est vite retombée dans ses travers. Ce soir, les absences de Yannick Carrasco et Kierran Trippier, qui sont parmi les éléments les plus importants pour donner du sens à la nouvelle organisation des Indios, ont coûté cher. Sans eux, le Cholo a dû replacer Thomas Lemar sur le côté gauche et donc le museler, descendre Marcos Llorente au poste de latéral droit et donc l’éloigner des 20 derniers mètres où il excelle et désaxer Mario Hermoso qui ne peut donc plus organiser la première relance aussi aisément. Bref, l’Atletico de Madrid 2021 s’est renié et est retombé dans ses travers, pour le plus grand plaisir de ses détracteurs. Et c’est d’autant plus rageant lorsque l’on connait la force de frappe de cette équipe, qui a en elle le potentiel pour tenir tête à des cadors européens en posant le pied sur le ballon.

📌 Les notes de Atlético de Madrid – Chelsea (0-1)

2️⃣ Une défense conçue pour plier mais qui ne rompt pas… ou presque

Durant les premières phases de jeu, on a tout de suite vu une équipe qui mettait de l’intensité dans ses courses et beaucoup de volonté à gratter des ballons haut. Saúl Ñiguez et Koke Resurección montaient tour à tour à la hauteur de Luis Suárez de façon à asphyxier la relance des Blues. Avec une telle présence dans les 30 mètres adverses, la défense anglaise s’est petit à petit mise à paniquer car il lui était impossible de relancer le jeu proprement sans redonner le ballon à l’Atlético et se retrouver dans une position délicate. Ainsi dès la deuxième minute, on a vu Saúl Ñiguez se glisser entre Andreas Christensen et Edouard Mendy pour intercepter une passe qu’il n’a pas réussi à pousser au fond des filets. Toujours est-il que le gardien des Blues a passé le reste du match à dégager en touche sous le pressing des Colchoneros, dont la stratégie reposait clairement sur sa fébrilité balle au pied. Cela a ainsi permis aux Indios de se créer quelques situations offensives via des combinaisons entre Marcos Llorente, Koke Resurección et Luis Suárez. Toutefois, le manque criant de réalisme et de précision technique dans la dernière passe ou devant le but a coûté cher. Quelques fois dangereux mais jamais létal, voilà peut-être comment résumer la première période des Colchoneros.

Et si durant les phases de jeu où l’Atlético perdait la balle, on pouvait observer un pressing de haute intensité, quand Chelsea posait le pied sur le ballon, les Rojiblancos se repliaient sur eux-mêmes dans une défense très dense dans leurs 30 derniers mètres. Pour annihiler quelques phases d’attaque des Blues, Felipe ne cessait de sortir dès que Olivier Giroud ou Timo Werner demandait la balle dans l’axe, les forçant à effectuer des passes en retrait. Sur les ailes de la défense, c’était une bataille de tous les instants. À droite, Marcos Alonso et Timo Werner étaient bien contenus par Angelito Correa et Marcos Llorente qui multipliaient les efforts dans leur couloir. Concernant le côté gauche c’était un peu plus délicat. Quand Mateo Kovacic et César Azpilicueta alertaient Callum Hudson-Odoi, Mario Hermoso arrivait globalement à le devancer puis se projetait immédiatement balle au pied de façon à créer une situation de contre. Quant à Mason Mount, on l’a vu chercher sa place toute la première demi-heure flanqué d’un Thomas Lemar qui ne l’a pas lâché d’une semelle et d’un João Félix qui occupait la zone.

Mais si ce plan de jeu a été respecté tout le premier quart d’heure, des erreurs de concentration et des erreurs techniques ont commencé à pointer le bout de leur nez. Mario Hermoso va notamment cumuler les erreurs de marquage, laissant le loisir aux joueurs de Chelsea de trouver Callum Hudson-Odoi en profondeur, se créant ainsi des situations de centre dangereuses. Aussi, Marcos Llorente s’est retrouvé plusieurs fois à défendre en retard sur un Timo Werner qui lui a posé de nombreux problèmes via des appels dos au but et dans la profondeur. Le pire s’est déroulé en deuxième mi-temps lorsque le coach allemand a donné plus de liberté à Mason Mount. L’Anglais est devenu un vrai poison à marquer pour les Colchoneros, se déplaçant sur tous les compartiments du terrain pour faire parler sa justesse technique et sa vista. Finalement, l’Atletico craque sur une nouvelle erreur de Mario Hermoso qui vient couronner un match plus qu’en demi-teinte pour le défenseur espagnol.

3️⃣Un Diego Simeone trop peu ambitieux pour une équipe qui avait des ressources à exploiter 

La plus grande erreur de Diego Simeone lors de cette soirée est d’avoir cru qu’il avait encore sous ses ordres des joueurs ayant le même style, la même mentalité et la même concentration que ses soldats de l’ancienne génération tels que Diego Godin, Juanfran ou Gabi. Les joueurs qu’il a sous la main souffrent de ne pas jouer de manière plus offensive. Le groupe s’est retrouvé à jouer un football qu’il connaît mais maîtrise mal, alors que toute la saison durant les maitres-mots ont été la possession, les dédoublements et la volonté de marquer. Si la tactique du Cholo a tenu la route en première période et a permis de garder le nul face à une équipe de Chelsea plus ambitieuse mais pas forcément flamboyante, les Indios se sont retrouvés pris à leur propre piège en deuxième mi-temps quand l’équipe de Thomas Tuchel s’est adaptée pour désorganiser le bloc colchonero. Et c’est bien là la différence. Les Rojiblancos se sont bridés tandis que les Londoniens ont pratiqué leur football usuel pour, à chaque attaque, pousser un peu plus les joueurs adverses à la faute.

On sait que pour le Cholo, la priorité est de ne pas encaisser le moindre but à domicile de façon à mettre la pression sur l’équipe adverse lorsqu’elle joue à la maison. Le Cholo Simeone a décidé de garder une défense à 3, puis d’y accoler 3 autres joueurs en phase défensive, reniant son 3-1-4-2 qui lui a permis d’aller gagner sur un grand nombre de pelouses cette saison. A vouloir mixer un Cholismo de la première heure avec un Cholismo 2.0 plus joueur, Simeone s’est perdu, montrant là un manque d’ambition criant. Le pire dans tout cela, c’est que l’on a vu sur le terrain être alignés en même temps Joao Félix, Thomas Lemar, Marcos Llorente, Angel Correa et Luis Suarez, qui on le sait se caractérisent avant tout par leur capacité à créer du jeu, et que le Cholo ne les a pas utilisés à leur plein potentiel. Autant de joueur à vocation offensive sur le terrain aurait du logiquement amener le Cholo à proposer un plan de jeu plus créatif, ne serait-ce qu’en seconde période face à des Blues fatigués et en manque d’inspiration.

Diego Simeone attend pourtant la 80e minute pour faire ses premiers changements, sentant enfin que malgré ses nouvelles consignes plus offensives ses joueurs n’avaient plus le carburant pour cravacher sur 60 mètres avant de mener une attaque placée. Mais c’était bien trop tard pour renverser la vapeur malgré un Thomas Lemar plus intéressant que la moyenne via plusieurs courses balle au pied. En dépit de support offensif ou de justesse technique, les quelques prémices d’attaques dangereuses sont rapidement réduits à néant. Aussi, João Félix a été très discret pour ne pas dire invisible (on ne l’a vu accélérer qu’une seule fois !) tandis que Koke et Mario Hermoso ont raté un nombre important de passes (et c’est assez rare pour le noter, eux qui d’habitude sont si propres). Manque d’ambition, plan de jeu minimaliste et changement tardif, voilà comment l’Atletico de Madrid s’est une nouvelle fois écroulé face à une équipe peu flamboyante.

Julien Foubert (@TorresismoATM) et François (@vistafrou)

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