Séville FC : Papu Gómez, caprice ou véritable bonne affaire ?

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Crédits : Iconsport

Alejandro Dario Gomez, dit Papu, joueur argentin de bientôt 33 ans est attendu à Seville pour rejoindre les Palanganas. Dans le haut du classement mais dans le dur niveau contenu des matchs, les Andalous ont sauté sur l’occasion pour signer celui qui été finaliste du « Mondialito » avec l’Argentine en 2007 en tant que coéquipier de Messi. Sa brouille avec Gasperini faisait de lui la grosse opportunité du mercato d’hiver, Monchi a sauté sur l’occasion pour gâter encore un peu plus son entraîneur : Julen Lopetegui. Alors Papu, simple bonne affaire ou joueur capable de faire passer un cap à l’équipe dans le jeu ?

Avant son arrivée à l’Atalanta, la carrière de Papu Gomez est semblable à celle d’un paquet de jeunes joueurs sud-américains. Une éclosion jeune, une arrivée en Italie, à Catania où il rencontre brièvement Diego Simeone puis un départ un Ukraine le temps d’une saison. Pas de quoi fouetter un chat mais sa signature à l’Atalanta en 2014 avec l’arrivée de Gan Piero Gasperini sur le banc de la Dea en 2016 vont changer la donne. L’Argentin prend une épaisseur folle, il est un joueur total, placé souvent en soutien d’un attaquant de pointe dans un 3-4-2-1, il dézone, touche le ballon des dizaines de fois et sort des actions de grande classe. Il sait jouer, faire jouer, marquer, faire marquer et surtout faire lever le spectateur de sa chaise. Attraction de l’Atalanta, il devient son plus fervent représentant et matérialise parfaitement le miracle Dea qui chamboule même la hiérarchie en Ligue des Champions et en Serie A. Sa relation avec son coach est filial mais tout se casse rapidement en décembre 2020. Un petit changement tactique qui va avoir des répercussions très grandes sur la carrière de l’Argentin qui est donc attendu en Espagne du côté du Sevilla FC.

Retrouver le bonheur de jouer ?

Papu est un joueur hyperactif, il aime avaler les kilomètres, toucher le ballon partout sur le terrain et donc avoir une grande liberté de mouvement. Cette capacité à pouvoir sentir le jeu et aller là il sera le plus décisif a permis à l’Atalanta de développer un jeu très séduisant. Cependant, les années passent et ce bon Papu a maintenant 32 ans et joue de plus en plus depuis son arrivée en Albiceleste. Avec la COVID, le rythme est encore plus insoutenable, et Gasperini veut préserver son maître à jouer. L’Italien a une idée en tête : limiter les courses de Papu pour lui permettre de jouer plus proche de la surface adverse. Même si on sait bien courir à Bergame, il faut préserver ses forces pour être lucide quand il faut faire un choix. Une décision tactique qui ne convient pas l’Argentin. Les deux hommes en viennent aux mains dans les vestiaires et la relation entre les deux prend fin. Les histoires d’amours finissent mal en général et Papu est prié de partir si il ne veut pas se plier aux choix de son coach.

Crédits : Iconsport

Annoncé proche du Milan, de l’Inter voir même du PSG, Papu va pourtant signer à la surprise générale en Espagne au Sevilla FC. Monchi n’a pas laisser passer l’occasion et cette signature fait sens. Dans le 4-3-3 assez strict, limite un peu lourd mis en place par Julen Lopetegui cette saison, une place est à prendre à gauche du milieu à trois. Ivan Rakitic, le gros transfert de l’été n’apporte pas pleinement satisfaction. Trop souvent neutre, pas adepte des prises de risques et grand amateur des passes latérales, le retour du Croate est bien décevant. Oliver Torres, son principal concurrent ne semble pas avoir la confiance de son coach. Papu peut-il devenir un excellent relayeur ? C’est une vaste question.

En terme d’occupation du terrain, il s’est révélé excellent plus haut, mais Papu aime bouger, tourner, se rendre utile entre le milieu et la défense adverse. L’Argentin aime les espaces, il les remplit par sa présence et les exploite avec son cerveau. Il trouve souvent d’excellentes lignes de passes ce qui peut faire de loin une excellent rampe de lancement pour En Nesyri en rupture, ou pour trouver un joueur de couloir lancé. Plus offensif que l’ensemble des milieux andalous disponibles, Papu pourrait retrouver ce qu’il a perdu à Bergarme : la liberté. Le parallèle avec Banega est prématuré, mais dans les faits, Papu est un joueur frisson comme l’était Ever. Et depuis le départ du natif de Rosario, la qualité jeu des Palanganas a bien régressé. Sur le papier, son association avec Joan Jordan peut être intéressante. L’ancien d’Eibar a un style plus équilibreur quand Papu aime plus la prise de risque et a un impact plus grand dans la production offensive de son équipe.

Des stats éloquentes

Bien sûr, il est difficile de prendre la production brute de Papu dans un rôle de milieu offensif dans une équipe tournée vers l’offensive et de les comparer à des 8 d’une équipe qui cherche surtout l’équilibre, mais Papu a tout pour être le milieu impactant qu’il manque cette saison à Séville. Selon Understat, l’Argentin tourne à 0,36 expected goals cette saison, 0,26 la saison dernière en Serie A par 90 minutes. En terme expected assists par 90 minutes, il est à 0,22 cette saison, 0,31 la saison dernière. Ivan Rakitic sur les mêmes segments est à 0,14 en terme xGoals cette saison, 0,07 en terme de xAssists. La différence d’impact est notable entre les deux et peut donc changer la donne si la greffe de Papu dans un rôle de 8 d’une équipe au jeu plus patient prend.

Cependant, même si il sera sûrement positionné en 8 dans un 4-3-3, il ne faut pas imaginer un Papu enchaîner dans un poste exigeant et dans une recherche d’équilibre. Le rôle relayeur peut être interprété de plusieurs façons. Sa faculté à jouer dans la zone entre le milieu et la défense adverse, une chose qu’aucun des deux relayeurs actuels de Séville ne fait par amour peut être une chance. Cela peut permettre d’avoir un En Nesyri toujours en pivot mais avec un besoin moindre de descendre, de pouvoir encore plus écarter les latéraux et de permettre aux ailiers d’occuper les demi-espaces. Papu Gomez peut être un 8 quand l’équipe n’a pas le ballon, et un 10 quand l’équipe l’a.

Carte de chaleur d’Ivan Rakitic (Sevilla FC). 20/21 (Sofascore)

En terme de passes clés par 90 minutes, la donne est identique. Rakitic a un score de 1,03 cette saison, Papu est à 2,53, et était au dessus de 3 sur les trois dernières saisons. Ever Banega était au dessus des 2 la saison dernière. Sur le papier, ce transfert fait sens si il a pour but de mettre la pression à Ivan Rakitic et apporter de la folie et du jeu. Cependant reste la grosse question de l’adaptation de Papu et de sa capacité à exister dans un collectif qui cherche avant tout l’équilibre après avoir attaquer pleine barre pendant 4 saisons avec Gasperini. Papu reste un joueur de bientôt 33 ans, qui s’est brouillé avec un coach qui a réussi à en tirer le maximum et qui ne le sentait plus apte à tenir un rôle dans le trafic. Monchi a-t’il vu autre chose ? Lopetegui a-t’il eu les mots pour lui garantir une place particulière dans son organisation ?

Carte de chaleur de Papu Gomez avec l’Atalanta. 20/21 (Sofascore)

Les questions sont nombreuses mais cela reste un beau recrutement pour la Laliga et Seville. Dans son optique de vouloir jouer régulièrement la LDC, les Palanganas misent beaucoup sur un joueur frisson mais qui peut exploser en plein vol, et qui est devenu un excellent joueur dans un contexte à l’opposé de ce que propose Seville actuellement. L’opportunité était belle, et c’est assez logique de voir Monchi se positionner dessus. Maintenant, il y a les matchs et on verra si ce transfert en plus d’être sexy sur le papier, peut permettre d’être plaisant sur le terrain. Papu a faim et veut continuer de profiter du football européen. Cette équipe pourra t’elle en tirer le meilleur ? Réponse bientôt.

Benjamin Chahine

@BenjaminB_13

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