Avant le Barça, Elche tente de se maintenir en étant protagoniste

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Crédits : Iconsport

Avec 17 points en 17 matchs, Elche est un promu en lutte pour assurer son avenir en Liga. Après des bouleversements cet été, beaucoup de mouvements et un changement de coach, les Verdiblancos veulent croire au maintien sans pour autant renier le contenu. Dans une Liga particulière, avec un rythme incroyable et sans supporters, la perspective de vivre une saison supplémentaire au sein de l’élite est un objectif crucial. Retour sur la première partie de saison des hommes de Jorge Almirón.

Victorieux des play-offs d’accession grâce à une excellente défense et des buts en fin de matchs, Elche avait été une surprise la saison dernière. Menés par un Pacheta qui avait récupéré le club moribond en Segunda B, les Verdiblancos se sont offerts un retour en Liga avec la légende Nino. Oui mais voilà, l’actionnaire du club, l’agent de Dario Benedetto veut du changement. Le coach est remplacé par Jorge Almirón et de nombreux transferts sont opérés, souvent en lien avec l’Argentine. L’objectif est de continuer sur la dynamique de la saison passée tout en étoffant l’effectif pour lui permettre d’être compétitif sur la durée. Almirón découvre enfin la Liga après avoir eu bonne presse en Amérique du Sud et été proche de Las Palmas pour l’après Quique Setién.

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Une ambition claire dans son jeu 

La nomination de Jorge Almirón, un garçon avec une grosse réputation de l’autre côté de l’Atlantique et une petite armoire à trophées en remplacement de Pacheta, un entraineur bourru, peu loquace en conférence de presse mais avec un CV particulier permet, sur le papier, de faire un vrai bond en avant pour un club qui a connu des périodes difficiles. Christian Bragarnik, l’actionnaire majoritaire d’Elche et agent argentin qui a des contacts avec l’OM, commence à placer tout doucement ses hommes. Cet été, 3 joueurs sont arrivés d’Argentine, 6 autres compatriotes ont signé au club sans compter Jeison Lucumi, un Colombien qui jouait au Mexique. Un été plein de bouleversements qui devait préparer Elche à l’épreuve de fond qu’est la Liga.

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Très vite, c’est une défense à 3 qui se met en place. Un 541, ou un 352 puis un 433 ou un 4141. Jorge Almirón va tester de nombreuses associations tout en découvrant le championnat. Dans le jeu, c’est intéressant. L’équipe n’éprouve aucune peur et tente de construire depuis l’arrière. Une prise de risque assumée et qui rend le tout agréable à suivre. Des circuits de passes se mettent en place, on aime aussi se positionner bas à la relance pour faire sortir l’équipe adverse et jouer long. L’équipe sait aussi faire durer les matchs, tenir un nul pour mettre des coups d’accélérateur en fin de rencontre et « braquer » des matchs. Les ailiers ont des courses percutantes et, sur certaines séquences, on oublie que le club n’est qu’un promu qui se bat dans le bas du classement.

Les résultats sont encourageants. Après un premier match très compliqué face à la Real qui s’est soldé par une défaite 3-0, Elche enchaîne 4 matchs sans défaite dont 3 victoires. Puis c’est plus de nouveau difficile :  11 matchs sans victoire, série en cours. Jorge Almirón doit faire avec des absences, des baisses de formeset des scénarios défavorables. Lors de la dernière journée, face à Valladolid, Elche mène 2-0 à la mi-temps mais concède finalement le nul. L’équipe est régulièrement encourageante, souvent frustrante et des fois totalement dépassée. Mais pourquoi les Ilicitanos, si ambitieux dans le jeu, n’arrivent-ils pas à gagner ?

Un effectif trop limité ? 

Certes, Jorge Almirón a de l’ambition et de la suite dans les idées. Il n’est pas question de jeter la pierre à un coach qui ne refuse pas le jeu tout en luttant pour le maintien. Surtout, il ne se replie pas autour d’une grosse défense et de longs ballons dès que les points deviennent rares. Cependant, il reste intéressant de regarder plus en détails comment se matérialise la volonté du coach argentin.

Les heatmap de Raul Guti (milieu), Pere Milla (attaquant) et Barragan (défenseur) lors de la victoire sur Valencia.

Pour ressortir court, jouer son pression et surtout ne pas balancer le cuir et donc le perdre, Elche doit inclure de nombreux joueurs bas sur le terrain. Individuellement, peu de joueurs sont à l’aise sous pression. Il faut donc avoir de multiple lignes de passes proches des relanceurs pour permettre au ballon de ressortir proprement. Bien sûr, il faut de la « conducción » et de la prise de risque mais dans l’ensemble, le bloc est bas et beaucoup de joueurs participent à la sortie de balle. Le ballon va plus vite que les joueurs et donc à la fin, il reste peu de joueurs haut sur le terrain pour conclure l’action.

Avec 17 points en 17 matchs, Elche se situe à la 18e place et premier relégable mais avec deux matchs en moins que ses concurrents. En terme de statistiques, l’équipe marque peu, 16 buts, ce qui la classe en segunda tabla. En terme de buts concédés, c’est un peu mieux avec 23 buts, c’est-à-dire entre Valencia et l’Athletic, dans le ventre mou. Avec un peu moins de 50% de possession de balle moyenne par match, Elche est là aussi dans la moyenne. En terme de moyenne de passes réussies, les Ilicitanos sont dans le top 6 de la Liga. En revanche, en ce qui concerne les expected goals, les hommes de Jorge Almirón ferment la marche avec un score de 11,19 sur l’ensemble de la saison selon Understats. Cela montre bien que le ballon est bien traité par l’équipe mais qu’il est difficile de créer du danger.

Les cartes de chaleur de Pere Milla (attaquant), Rigoni (ailier) et Lucas Boyé (buteur) face à Valladolid.

Individuellement, la donne est identique. L’équipe n’a que deux joueurs avec un minimum de 1000 minutes en Liga avec un expected goals par 90 minutes supérieur à 0,15 selon Understats : Pere Milla avec 0,20 (et il n’était pas dans les petits papiers de son coach au début) et Fidel avec 0,17. En comparaison, un joueur comme Lucas Ocampos (Séville) est à 0,35, Joselu (Alavés) est à 0,37. Le constat est semblable pour les expected assists par 90 minutes avec le seul Fidel avec un score supérieur à 0,10 et un minimum de 1000 minutes en Liga avec 0,14. David Ferreiro avec Huesca est à 0,19 sur le même segment.

Qu’espérer pour la suite ? 

Au fil des matchs, Elche a pris de l’assurance dans le jeu mais n’a pas réussi à résoudre ses problèmes de production offensive. Après un match très frustrant face à Valladolid, les Verdiblancos enchaînent avec  un calendrier difficile en recevant le Barça, Villarreal et Eibar tout en se déplaçant à Valencia, au Celta et à Granada. Hormis Eibar qui semble un adversaire abordable quoique plus expérimenté, il est difficile de se projeter de façon positive du côté des Ilicitanos.

Cependant, l’équipe a déjà fait des coups, par exemple contre le Real Madrid et Jorge Almirón attend encore des recrues pour continuer son apprentissage de la Liga tout en espérant une issue positive. Cet hiver, Johan Mojica, un latéral offensif passé par le Girona de Pablo Machín, a signé en prêt en provenance de l’Atalanta. Dans une Liga singulière et avec une confiance forte dans le projet de son coach, Elche peut espérer vivre une phase retour moins frustrante. L’émergence de d’Emiliano Rigoni, le retour du côté des titulaires et la montée en puissance d’un Raúl Guti rassurent aussi. Malgré un déficit de points, voir Elche grandir mérite le détour. Ça mériterait bien une saison 2.

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

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