Getafe – Aleña (et Kubo) : la Masia pour révolutionner le Bordalismo ?

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Getafe CF coach Jose Bordalas during the La Liga match between Getafe CF and Real Betis played at Coliseum Alfonso Perez Stadium on September 29, 2020 in Getafe, Spain. (Photo by Ruben Albarran/Pressinphoto/Icon Sport) - Jose BORDALAS - Coliseum Alfonso Perez - Getafe (Espagne)

Getafe ne perd pas de temps en ce début d’année 2021. Après l’officialisation du prêt de Carles Aleña, Take Kubo devrait suivre incessamment. Les arrivées de ces deux profils, alors que les Azulones connaissent une première zone de turbulences avec José Bordalás, annoncent-elles un changement tactique profond et le début d’une nouvelle ère ?

Affreux, sale et méchant : Getafe n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle. Longtemps, les Azulones ont cherché un successeur à Michael Laudrup qui les avait emmenés en 1/4 de finale de la Coupe de l’UEFA en 2008. Avec José Bordalás, ils ont trouvé un entraîneur charismatique qui a permis au Geta de retrouver la C3 la saison dernière. L’ancien coach d’Alavés est demandé en Espagne et ailleurs, sa continuité n’était pas assurée. Cette 4e saison en Liga n’a pas commencé de la meilleure des manières, au point que le sempiternel 4-4-2 à plat pourrait être remis en question, du moins son application sur le terrain.

Mauvaise spirale

Le milieu de terrain de Getafe est du genre rugueux. Hormis Marc Cucurella qui est certainement le joueur le plus créatif, Allan Nyom, Nemanja Maksimovic et Mauro Arambarri sont du genre durs à cuire. Pour les fioritures, il faut frapper à une autre porte. Mais après 2 saisons à bloc, d’excellents résultats en Liga et en Europe, les Azulones sont beaucoup moins en réussite. Après 16 journées disputées, ils n’ont pas encore réalisé la moindre série positive en Liga. Pis : pendant près de 2 mois, le Geta n’a pas connu le succès en Liga, soit 8 matches entre la victoire contre le Barça (1-0) le 17 octobre et celle contre Cádiz (0-2) le 20 décembre. Et depuis, le club de la banlieue Sud de Madrid est reparti dans une mauvaise spirale avec 4 matches sans succès toutes compétitions confondues (1 nul et 2 défaites en Liga, une élimination en Copa contre Córdoba qui évolue en Segunda B).

Tous les signaux sont au rouge au Coliseum Alfonso-Pérez. 7e défense avec 17 buts encaissés et une moyenne de 8,6 tirs subis en moyenne par match, pire attaque de Liga ex-aequo avec Cádiz (12 buts inscrits) : Getafe est à la fois moins solide et inefficace. Arrivé cet été, Cucho Hernández est la bonne pioche avec 2 buts et 3 passes décisives. En revanche, Enes Ünal est en échec (un de plus en Liga) et Jaime Mata (2 buts) ne connaît plus la réussite qui lui a permis de devenir international. Ángel Rodríguez (4 buts en 830 minutes) surnage mais à 33 ans, il n’est pas en mesure d’être un titulaire un puissance, surtout avec le manque de créativité de l’équipe.

Aleña et Kubo, gages de créativité

La tendance était donc au rajeunissement de l’effectif pour offrir un nouveau souffle à Getafe, tout en conservant l’essentiel des cadres. A moyen terme, cette planification sportive est adéquate. Or cette transition prend du temps et le jeu s’en ressent. Il était temps de réagir et Ángel Torres, le président azulón, a ciblé deux joueurs en priorité : Carles Aleña et Take Kubo. Le milieu du Barça, jamais utilisé ou presque par Ronald Koeman, a officiellement été prêté jusqu’à la fin de saison sans option d’achat. En ce qui concerne le Japonais, le passage à Villarreal n’a pas été digéré après une belle saison à Majorque en dépit de la descente en Segunda. Car s’il est possible d’attendre avec un jeune joueur dans un club qui a du temps, ce n’est pas le cas avec le sous-marin jaune qui vise la qualification en Ligue des Champions et dispute la Ligue Europa. Unai Emery n’en a d’ailleurs pas fait mystère : faire progresser un joueur qui appartient au Real Madrid n’est clairement pas sa priorité.

Aleña et Kubo sont des profils créateurs qui ont connu tout ou partie de leur formation à la Masia. Le milieu prêté au Betis la saison dernière peut être utilisé dans le jeu de transition et pour accélérer la projection offensive. Sur un côté, le droit a priori, le Japonais peut amener du déséquilibre et de l’imprévisibilité. Mais entreront-ils dans un changement poste pour poste dans le 4-4-2 à plat ou cela provoquera-t-il une évolution profonde du schéma de Bordalás ?

Quelles évolutions tactiques pour Bordalás ?

Option 1 : Aleña dans le double pivot du 4-4-2 à plat

José Bordalás veut-il sacrifier son système ou ses hommes ? Si Carles Aleña arrive à Getafe, ce n’est pas pour faire le nombre mais bien pour jouer. Les Azulones vont-il conserver le 4-4-2 à plat et donc le double pivot qui est la clef de voûte collective depuis 2 ans et demi ? Dans un tel cas, Aleña prendrait la place soit de Maksimovic soit d’Arambarri. Cette option permettrait de faire une place à droite à Take Kubo, son poste préférentiel.

Option 2 : Aleña à droite du 4-4-2 à plat

Dans l’hypothèse où Bordalás voudrait conserver à la fois son 4-4-2 et son double pivot Maksimovic-Arambarri, Aleña pourrait être aligner côté droit, comme cela a déjà été le cas au Barça mais dans un 4-3-3. Cependant, cela provoquerait la sortie du XI soit d’Allan Nyom (qui peut aussi jouer latéral) soit de Damián Suárez. Dès lors, Kubo deviendrait principalement une 1re, 2e voire 3e option (Francisco Portillo entre régulièrement) à droite en cours de match.

Option 3 : Aleña derrière le double pivot dans un 4-3-3

Contre un Celta en pleine réussite, l’entraîneur a opté pour un milieu renforcé avec David Timor en soutien de Maksimovic et Arambarri. Bordalás envisage-t-il cette évolution ? Placé devant la défense mais protégé par le double pivot pour organiser le jeu, Aleña pourrait faire parler sa qualité de passe et ajouter de la créativité pour distribuer la balle. Jeu court et jeu long en somme. Cela conduirait les Azulones à n’évoluer qu’avec une seule pointe, a priori Cucho Hernández au coup d’envoi.

Option 4 : Aleña dans l’axe derrière l’attaquant dans un 4-2-3-1

Et si Bordalás choisissait la solution offensive ? Dans un 4-2-3-1, il conserverait son double pivot emblématique pour placer Aleña dans une position de meneur de jeu. Au Barça B en Segunda, son sens du but et de la passe (11 réalisations, 4 assists) avait très bien fonctionné. Pourquoi ne pas en profiter, d’autant que l’attaque azulona est en berne ? Dans un tel schéma, Kubo aurait davantage sa place à la condition que, dans un système avec une seule pointe, il gagne en volume de jeu et en placement.

Les circonstances provoquent souvent des changements inenvisageables encore récemment. Cela pourrait être le cas avec le Getafe de Bordalás qui a besoin d’un second souffle. Aleña, souvent réclamé par les supporters du Barça mais très peu utilisé, sera-t-il le fer de lance de cette évolution ? Car si la signature de Kubo est attrayante, c’est bien celle du milieu de terrain qui témoignera de la mutation ou non d’une équipe rigoriste en équipe attractive. Getafe veut devenir attractif avec des profils jeunes pour entamer sa mutation. Certes, Aleña et Kubo sont des prêts mais ils participent à cette entreprise ambitieuse. Des cadres comme Damián Suárez, Allan Nyom et Ángel Rodríguez ont largement dépassé la trentaine et leur succession sera cruciale, tout comme celle de Marc Cucurella qui sera très courtisé l’été prochain, surtout s’il joue l’Euro. Transformer le pragmatisme défensif en pragmatisme offensif ne s’improvise pas mais l’influence de Bordalás est telle que le défi est à la mesure des accomplissement du Geta depuis son retour en Liga. Sous la cuirasse du légionnaire romain se cacherait-il un treillis vert olive de révolutionnaire ?

François Miguel Boudet

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