Athletic : Marcelino, l’homme qui réveille les volcans endormis

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Crédits : Iconsport

Son nom était sur toutes les lèvres en Espagne depuis plusieurs semaines. Marcelino García Toral attendait un projet à l’étranger : il a finalement choisi signer dans l’une des plus belles maisons ibériques. A l’Athletic, il a comme mission de réveiller un géant en crise institutionnelle comme il y est parvenu à Valencia. Un nouveau défi gigantesque pour l’Asturien.

Ce n’était tout de même pas de l’acabit du « Suena Míchel » mais Marcelino García Toral a souvent été annoncé de retour en Liga et cité en Europe, sans pour autant trouver un club depuis son licenciement de Valencia il y a près d’un an et demi. Proche du Celta après le départ d’Óscar García, il a espéré un signe du Barça pour pouvoir retravailler avec Mateu Alemany après les élections en cas de victoire de Joan Laporta. Cependant, l’éviction de Gaizka Garitano après la victoire contre Elche (1-0) lors de la 17e journée a accéléré le retour sur le devant de la scène de l’Asturien. Sa nomination n’est pas une surprise, son nom revenant régulièrement dans les short-lists des gazettes bilbayennes. Dernier coach à avoir remporté la Copa del Rey, Marcelino pourrait conserver son titre et remporter la SuperCopa mi-janvier. Cette perspective, couplée à celle de ramener un géant espagnol en Europe, est des plus alléchantes. L’Athletic, c’est une institution, une vraie. Élu par les socios, le président doit rendre des comptes devant eux. On ne peut recruter que des joueurs basques ou formés au Pays Basque et on s’appuie donc sur Lezama, une académie florissante où les vaches qui entourent le centre d’entraînement admirent le futur des Leones. Le temps est un peu plus long, on évoque les valeurs des gens, on prend le temps de former des joueurs mais surtout des hommes. L’Asturien arrive avec son 4-4-2, sa rigueur, son obsession du poids et sa philosophie déjà bien ciselée. En revanche, il devra s’accommoder d’un effectif qui ne pourra pas être bouleversé et dans un environnement institutionnel bouillant.

L’Athletic, une institution dans le tourmente

Marcelino a travaillé dans différents clubs et a toujours réussi à amener du calme, des résultats et du jeu. Sa philosophie est exigeante, son attitude ne fait rarement l’unanimité mais il réussit toujours à tirer le meilleur de ses groupes. Comme à Valence, il arrive dans un club en difficulté. Sur les bords du Turia, il était arrivé après une saison où le club che avait lessivé deux entraineurs et Voro, l’inépuisable garant de l’institution quand il faut écoper. Deux saisons plus tard, les Blanquinegros ont remporté leur premier trophée depuis 2008, se sont qualifiés en Ligue des Champions et ont atteint la demi-finale de la Ligue Europa. Valence avait terminé deux fois second en championnat et avait soulevé une Copa face au Barça. Son impact a été colossal, avec l’appui d’Alemany et de Pablo Longoria.

A Valence, Marcelino a connu la folie furieuse d’un propriétaire lointain affublé de relais incompétents. A l’Athletic, il arrive dans une situation relativement confortable puisque les Zuri-gorriak sont 9e à 6 points de la 6e place qualificative pour la Ligue Europa. Rien à voir donc avec les exemples de José Luis Mendilibar et Toto Berizzo. Le président, Aitor Elizegi, chef cuisinier bien connu au Pays Basque et élu à la tête du club par l’une des plus petites différences de voix, est mis en difficulté. Lors de la dernière assemblée générale fin décembre 2020, toutes ses propositions ont été retoquées. Pire : sa proposition phare sur la Grada de Animación n’a pas trouvé de majorité. Gaizka Garitano, dernier sauveur de l’Athletic, avait la faveur du président mais de nombreux autres responsables voulaient sa destitution depuis un long moment. La reprise après l’arrêt COVID-19 a été fatale à la dynamique des Leones.

Bien que le club soit toujours en course pour soulever une Copa Del Rey, il est dans le ventre mou en Liga et reste sur une victoire étriquée face à Elche, la situation devenait critique en terme de contenu. L’entêtement du technicien basque dans son 4-2-3-1 mais surtout sa difficulté à remettre en cause le statut de certains joueurs a été fatale à Gaizka Garitano. Marcelino arrive donc dans ce contexte, d’un club légendaire en Espagne, qui représente beaucoup de choses mais qui vivote en championnat. Bien sûr, en 2019 ce n’est qu’une barre transversale qui a privé les Leones d’un retour en Europe. Cependant ce club doit retrouver le haut de tableau de façon durable. Ici, on ne peut pas changer l’effectif pour relancer la machine, du coup les coachs sont les seuls fusibles.

Une philosophie qui colle avec le club

A Valence, Marcelino a profité du recrutement bien senti pour relancer une équipe à la dérive. Les arrivées de joueurs comme Geoffrey Kondogbia ont totalement changé une équipe moribonde. Cependant, il sera impossible pour l’Athletic de faire une telle révision de l’effectif. Le recrutement d’Álex Berenguer cet été était l’une des seules marge de manœuvre du club sur le marché. Même les figures de Javi Martínez et Fernando Llorente, longtemps espérées par Aitor Elizegi, ne changeraient pas diamétralement la dynamique de l’équipe. Avec son 4-4-2 strict, l’Asturien devra s’adapter, ou en tout cas modeler une équipe qui avait montré sa meilleure facette en 4-2-3-1.

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Partant du principe qu’en termes de schéma, Marcelino est un intransigeant (ce qui est vrai), on peut commencer à dessiner l’ossature de l’équipe. Les Leones ont un joueur impactant : Iker Muniain. Il est l’un des meilleurs du club depuis un long moment et encore en grande forme. Il a d’ailleurs été buteur face à Elche. Capable de jouer partout devant, le sosie de Bart Simpson a été très à l’aise dans le cœur du jeu, dans un rôle de 10. Un poste qui n’existe pas a priori dans l’esprit de Marcelino, mais c’est un rôle qui pourrait émerger, par exemple en 9 et demi, même s’il peut faire un excellent milieu excentré, notamment à gauche. Là où l’Asturien veut que le déséquilibre existe.

L’autre joueur très influent est Iñaki Williams même s’il est dans une période plus difficile. Toujours très régulier, il sera un homme de base pour mener l’attaque des Leones. Dans le cœur du jeu, la figure de Dani García, mis de côté depuis un petit moment par Gaizka Garitano devra réapparaître. Son passif à Eibar le rend de fait, Marcelino compatible. Les latéraux Yuri Berchiche à gauche, Óscar De Marcos et Ander Capa à droite auront aussi une belle carte à jouer, en rupture ou avec des centres de loin. Derrière, la qualité de relance d’Iñigo Martínez sera aussi primordiale pour les sorties de balle car Marcelino n’aime pas particulièrement faire redescendre un milieu pour faciliter la remontée du ballon.

Comme à Valence, au Pays Basque Marcelino trouve un club qui a dans son ADN : une grosse défense et des schémas stricts. Ici, pas de toque ou autres joyeusetés, la philosophie du club fait que toute saison de plus en Liga est une lutte. Rien n’est simple en somme. Marcelino est dans cette veine là, il veut deux lignes bien propre et bien structurées en phase défensive. On a longtemps vu une équipe de Valence à la traine en début de championnat, avec des difficulté offensive mais une cohérence tactique incroyable. C’était déjà la norme à Villarreal ou encore Huelva. En phase offensive, la donne change, les courses se font plus frénétiques, les équipes de l’Asturien étant très bonnes en transition. Au vu des avaleurs d’espaces dont il dispose chez les Leones, il semble logique que la greffe puisse prendre rapidement.

Prime à la jeunesse ?

A Valence, Marcelino s’était montré timide vis-à-vis de la jeunesse et avait envisagé les prêts de Ferran Torres (qu’il a lancé en Liga) et Kang In Lee. Cet argument avait contribué à son licenciement. Depuis, le club ne fait que s’appuyer sur sa jeunesse et coule car peu encadrée. L’Asturien marche au mérite et au travail. Ferran Torres a dû attendre et mûrir pour s’imposer pleinement. C’est dans la continuité de la philosophie exigeante de Marcelino. Il faut donc être prêt dans le placement et dans la lecture du jeu pour prétendre à une place de titulaire. En termes de chiffres, Marcelino a été le coach de l’ère Lim qui a donné le plus de minutes aux jeunes de la cantera, loin de l’image qu’on a voulu lui coller lors de sa mise à l’écart. A Bilbao, s’appuyer sur les jeunes est une obligation. Ce sont les seuls capables d’apporter ce sang frais nécessaire à la santé d’un groupe et son dynamisme.

Asier Villalibre ne peut pas être considéré comme un bleu mais il est actuellement le seul buteur valable à disposition dans l’effectif. Le frère d’Iñaki Williams, Nico, pointe le bout de son nez mais il est encore tout jeune et n’a pas débuté en Liga. Villalibre n’a pourtant jamais fait l’unanimité aux yeux de Garitano. Si l’attaquant porte le numéro 20, il est bien difficile pour lui de faire oublier Aritz Aduriz à San Mamés. Avec son look de berger, Villalibre a une vraie carte à jouer dans le duo offensif cher aux yeux de Marcelino. Son match face au Betis, où il a été impliqué sur trois buts, montre bien qu’il peut être important pour les Leones. Il a cette qualité de créer des espaces et du temps pour les joueurs qu’il a autour de lui. Son association avec Williams peut faire beaucoup de bien. Cela voudrait dire une mise sur le banc de Raúl García (déjà opérée par Garitano cette saison) ou alors un recul du double pivot, chose qui n’est pas à exclure vu le niveau de Mikel Vesga et la timidité d’Unai Vencedor. Jon Morcillo, qui avait été l’une des révélations du début de saison, est de retour dans l’obscurité avec l’arrivée de Berenguer qui, lui, a un rôle à jouer, tout comme Oihan Sancet qu’on ne voit que trop peu.

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Sur le papier, des jeunes qui côtoient depuis un moment le groupe pro pourraient avoir plus régulièrement leur chance avec Marcelino. Il ne faut pas attendre de révolution, il n’est pas du genre à donner du temps de jeu dans la longueur à un jeune pas encore prêt mais s’il trouve que certains ont du potentiel, ils ne seront pas mis de côté. Il faudra aussi probablement s’essayer et convaincre à un poste différent de celui de leur formation. On se souvient de Carlos Soler devenu un milieu droit dans le 4-4-2 de Marcelino pour jouer et enchaîner.

Marcelino, plus court chemin vers le succès ?

Gaizka Garitano était apparu comme le sauveur d’une institution en difficulté, comme son oncle Ander, adjoint de Mané à l’Athletic il y a 15 ans. Amoureux de l’Athletic, il a permis de remettre à l’endroit une formation en difficulté après la greffe sans réussite de Toto Berizzo. Cependant, ses limites en terme de jeu et de remise en question sont sans équivoque. Même si sa mission se termine un peu mal, il aura réussi de belles choses. De son côté, Marcelino n’a fait que monter en puissance lors de ses dernières expériences. Tout d’abord en réussissant une montée avec un nombre de points record avec Huelva, puis  en enchaînant avec le meilleur classement du club doyen en Liga la saison d’après. Avec Villarreal et Valence, il a stabilisé de belles formations dans la zone Europe et s’est offert cette Copa Del Rey en 2019 pour valider son nouveau statut d’entraîneur qui gagne après avoir été un entraîneur qui fonctionne bien. Sur le papier, le gain qualitatif est énorme.

Même si les deux premières échéances de Marcelino avec son nouveau club sont difficiles avec un enchaînement Barça ce mercredi et Atlético ce weekend, il sera important de voir les changements qu’apportera l’Asturien dans cette belle maison. Les attentes sont grandes, les premières échéances sont relevées mais la zone Europe n’est pas si loin. Les Blaugranas ne sont pas au mieux, Marcelino peut frapper un premier grand coup dans ce classique du football espagnol. Il est difficile de faire gagner l’Athletic mais quand cela fonctionne, ça marque une carrière. Tout le monde se souvient du passage de Luis Fernández ainsi que celui de Marcelo Bielsa. S’ils n’ont pas remporté de trophée, ils ont marqué durablement la Biscaye. Marcelino rêvait d’un challenge à l’étranger, il l’a lui même avoué lors de sa conférence de presse de présentation. Mais à Bilbao, il a trouvé un défi singulier dans une carrière d’entraîneur. Le cidre basque n’est pas si différent du cidre asturien.

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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