Martin Braithwaite, homme de l’année 2020 !

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Martin Braithwaite of FC Barcelonaduring the La Liga match between FC Barcelona and SD Eibar played at Camp Nou Stadium on December 29, 2020 in Barcelona, Spain. (Photo by Pressinphoto/Icon Sport) - Martin BRAITHWAITE - Camp Nou - Barcelone (Espagne)

Martin Braithwaite n’a pas à se plaindre de 2020. Passer de jouer le maintien avec Leganés à disputer le Clásico et la Ligue des Champions au Barça après un transfert réalisé hors période de mercato, même les meilleurs pronostiqueurs n’y auraient pas songé. Le Danois est le symbole d’une année hautement improbable. Il est l’homme de l’année de ¡Furia Liga!

Le Barça sait jouer avec le règlement. En février, quand Ousmane Dembélé se blesse, encore, pour une longue durée, LaLiga autorise le club blaugrana à recruter un joker médical offensif. Seule contrainte : l’élu doit jouer dans le championnat espagnol. Les Culés s’autorisent une dérogation à la dérogation : plutôt que de faire du poste pour poste, ce n’est pas un ailier mais plutôt un 9 qu’ils vont chercher. Du rafistolage en règle, la faute à une planification désastreuse qui fait de Luis Suárez l’unique pur avant-centre de métier de l’effectif. L’indisponibilité du Français a au mois l’avantage d’offrir une doublure, d’autant que le Pistolero a été opéré du genou fin janvier et doit patienter 6 semaines avant de refouler les pelouses. Problème : les profils sont rares et, dans l’impossibilité de trouver un remplaçant en cas de vente, les clubs n’ont pas spécialement envie de négocier avec le Barça. Alors, il faut chercher dans le bas de tableau, de préférence un buteur doté d’une clause de rescision abordable. Un seul nom est envisageable : Martin Braithwaite.

Orphelin de Youness En-Nesyri parti en janvier à Séville, l’ancien Toulousain quitte Leganés et la banlieue sud de la capitale pour rallier Barcelone et parapher un contrat de 4 ans contre 18M€. Digne d’un conte de fée…qui n’en est qu’à ses prémices. Braithwaite dispute 11 des 14 matches du Barça en championnat. 4 titularisations, 1 but contre Mallorca, 20 minutes contre le Real Madrid où il est l’un des rares à se dépouiller sur le terrain. Le Barça a eu l’art de recruter des profils à côté de la plaque comme Jeison Murillo et KP Boateng et les jours de l’invité surprise semble comptés après la fin du championnat, d’autant qu’il n’est pas éligible en Ligue des Champions, ce qui lui permet d’éviter l’humiliation contre le Bayern.

Et pourtant, Braithwaite survit à l’été, contrairement à Luis Suárez, prié d’aller voir ailleurs et parti pour rien à l’Atlético de Madrid, un concurrent direct. Mieux (sic) : il s’installe dans le XI de Ronald Koeman en Liga. Blessé contre Villarreal, sur le banc contre le Celta et Séville, l’international grappille très peu de temps de jeu, avec seulement 44 minutes disputées en 5 matches. Depuis ? 7 titularisations consécutives et une série en cours de 6 matches sans être remplacé. A titre de comparaison, Braithwaite a plus joué qu’Antoine Griezmann ! Son bilan est modeste, avec seulement 2 buts contre Osasuna et Valladolid mais il ne rechigne pas, même quand le coach néerlandais l’aligne sur le côté gauche contre toute logique. En Ligue des Champions, il dispute 4 matches sur 6 en phase de groupes et est décisif les 2 fois où il est titulaire (2 buts et une passe décisive contre le Dynamo Kiev, 1 but et 1 passe décisive contre Ferencvaros).

Martin Braithwaite est, à son corps défendant, la représentation d’une politique sportive aberrante du Barça. Son recrutement aurait pu être cohérent s’il n’avait servi qu’à compléter un effectif et non à en faire un titulaire en puissance capable de tirer un penalty alors qu’Antoine Griezmann, champion du monde après en avoir transformé un en finale, est sur le terrain. Plus largement, il incarne la diminution criante de vrais buteurs de métier en Liga depuis plusieurs saisons, au profit d’un empilement d’ailiers, meilleurs pour apparaître dans les highlights que pour faire preuve de créativité pendant 90 minutes.

La trajectoire du Danois est aussi belle qu’improbable pour lui. Son transfert au Barça est l’illustration d’un 2020 lunaire. Il mérite plus que quiconque le titre d’homme de l’année 2020 pour la rédaction de ¡Furia Liga!

François Miguel Boudet

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