Avant le Real Madrid : Roberto Soldado, le Niñato des Galactiques devenu modèle à Granada

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Crédits : Iconsport

35 ans, huit clubs, un retour en Espagne et chez un promu par la petite porte : la carrière de Roberto Soldado a été tortueuse. Pourtant, pour sa seconde saison en Espagne depuis son retour de Turquie, Roberto Soldado s’est installé à la pointe de l’attaque de Granada. Loin de son échec à Tottenham, de ses débuts difficiles dans l’équipe des Galactiques au Real Madrid, le natif de Valence propose une autre version de lui même en Andalousie. Fruit de multiples expériences, il est le point de repère d’une équipe qui découvre le très haut niveau. Retour sur son poids chez les Nazaris.

Pour son premier match en Liga avec le Real Madrid, il a remplacé Zinedine Zidane dans une équipe où se trouvaient des joueurs comme Luis Figo, Roberto Carlos ou encore David Beckham. C’était il y a 15 ans. Roberto Soldado était à peine majeur, aimait les plaisirs de la vie, avait un peu de ventre et une appétence pour le vin et la vie nocturne. Une jeunesse normale mais qui ne pardonne pas quand on est le petit jeune dans une équipe aussi forte. Il joue un peu, marque de temps en temps mais ne bouscule pas la hiérarchie. Il va devoir quitter le cocon.

« vous devez prendre vous prendre en main, savoir ce qui approprié, ce qui ne l’est pas et oùse trouvent les limites. Je sortais en pensant que j’étais plus grand que beckham. je n’étais pas préparé mentalement. ma tête n’était pas prête. c’est dur. j’aurais aimé avoir la chance de jouer au real madrid à 100%. Je regarde en arrière et je pense : « quel niñato j’étais ». Quelqu’un aurait dû me donner une gifle et me dire « qu’est-ce que tu fais ? » ».
Soldado au guardian, sur son intégration au real madrid en 2005

Osasuna, puis Getafe et Valence. « Gudari » (Soldat en basque, surnom hérité de son passage au Sadar) monte en puissance en Espagne, termine la saison à 24 buts en Liga sous le maillot che. Il découvre la Absoluta puis tente le grand saut : l’Angleterre. Il fustige le projet sportif du Valencia CF, claque la porte et perd l’affection de l’afición blanquinegra. Il signe à Tottenham, certain que c’est le bon moment. Le championnat est différent, plus physique, mais il se sent près et n’a jamais semblé aussi fort qu’à ce moment-là. Soldado découvre deux choses sur l’île : les blessures et Harry Kane. Maintenant, il peut se vanter auprès de son fils d’avoir jouer avec le génial Anglais. Sauf que durant cette période, il est relégué sur le banc ouen tribune. Après deux saisons, il rentre en Espagne et se relance à Villarreal. Il retrouve du rythme mais jamais la réussite qu’on avait vu à Valence ou à Getafe. Au bout de 2 ans, il arrive au bout de son histoire avec le sous-marin jaune. Il a 32 ans et s’exile de nouveau, cette fois en Turquie, au Fenerbahçe. Il marque encore, ne déçoit jamais mais semble vraiment proche de la retraite. Sauf que Soldado a encore faim.

Granada, pour montrer ce dont Soldado est encore capable

A 34 ans, après une pige moyenne en termes de stats en Turquie, Roberto Soldado avait deux choix : raccrocher les crampons, après une belle carrière faite de hauts et de bas ou accepter un contrat lucratif en pré-retraite. Les choses se dérouleront différemment et la chance lui sourit. En 2019, Granada remonte en Liga et se cherche un buteur avec, si possible, de l’expérience pour encadrer une équipe jeune qui découvre le haut niveau. Soldado n’hésite pas vraiment car retourner en Liga est un cadeau presque inespéré pour lui. Numériquement, il remplace un garçon à peine plus vieux que lui, Adrián Ramos, et prend sous son aile le jeune Carlos Fernández. Ce transfert a fait des émules : Cádiz a signé Álvaro Negredo cet été pour son retour en Liga, dans la même logique.

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Ses débuts sont difficiles. Il marque peu, est rarement dans de bonnes dispositions et on remarque surtout sa capacité à prendre des jaunes. Granada tourne pourtant très bien pour un promu, bat notamment le Barça et devient même leader éphémère du championnat pour la première fois après plus de 60 ans. Gudari devient un modèle pour des joueurs comme Darwin Machís qui apprécie son état d’esprit. Roberto Soldado a intériorisé le discours et le style de Diego Martínez pour défendre, bloquer les lignes de passe et se battre sur chaque ballon. Il est titulaire 30 fois lors de cette saison 2019-2020 et marque 7 buts. L’émergence de Carlos Fernández n’a pas remis en cause son statut aux yeux de son coach. Il est l’un des pions importants pour la première qualification du club en Europe. On le pensait proche de la fin mais Roberto Soldado confirme qu’il peut encore être un protagoniste de premier ordre en Liga.

Granada débute sa saison bien avant tout le monde par les matchs de barrage en Ligue Europa. Encore une fois, l’expérience de Soldado est primordiale, lui qui a joué plus de 60 matchs de compétitions européennes dans sa longue carrière. Il parle, on l’écoute, il fait, on tente de l’imiter. A Granada, personne ne remet en cause son importance et l’arrivée de Jorge Molina pour remplacer numériquement Carlos Fernández (reparti à Séville), un attaquant plus vieux que lui, ne bouscule pas l’ordre établi. Diego Martínez sait qu’il dispose d’un attaquant fiable, bon dans les duels, qui sent le jeu et qui aide ses coéquipiers en plus des quelques buts qu’inscrit le natif de Valence.

Continuer d’écrire l’histoire 

Après avoir découvert l’Europe, on pensait que Granada n’allait pas aller plus loin que le second tour des barrages de C3. Sauf que ce club nazarí a beaucoup de ressources et un flair intéressant sur le mercato. A deux matchs de la fin de l’année 2020, Granada s’est qualifié pour les phases de groupe de Ligue Europa et découvrira les 1/16 de finale 2021. En championnat, malgré un mois de novembre désastreux après une épidémie de COVID dans l’effectif et au cours duquel le niveau physique n’a pas suivi, le club s’est remis à l’endroit et est maintenant 7e après 13 journées avec un total de 21 points.

Le dernier match en championnat, face au Betis, montre bien le niveau de maturation tactique de l’équipe. Granada, qui sait vivre avec le cuir mais qui n’hésite pas à le laisser à son adversaire au besoin, a géré parfaitement sa rencontre. A peine 30% de possession, un trio offensif qui n’a même pas réalisé plus de 10 passes chacun mais une victoire 2-0 sans trop trembler avec un doublé de Roberto Soldado. L’ancien de la Maison Blanche a joué 57 minutes, s’est offert un 100% de réussite avec deux tirs et deux buts, 4 passes réussies et 14 ballons touchés.

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C’est bien sûr faible, même pour un avant-centre, mais Granada ne s’est pas construit avec un buteur référence qui marque l’essentiel des buts. Des garçons comme Darwin Machís et Luis Suárez, les ailes infernales comme on aime les appeler en Espagne, sont très intéressants pour jouer en rupture, profiter du point d’ancrage qu’est Roberto Soldado pour gicler en contre, dans les espaces et faire mal. Le Colombien Suárez a déjà marqué 3 buts en Liga, le Vénézuélien Machís deux. Le travail à la récupération mais aussi en terme de projection et de courses de loin des deux relayeurs que sont Yangel Herrera et Luis Milla est aussi très important. Granada n’est pas dépendant de la production de Soldado parce que le danger peut venir de partout.

« ce que je veux, c’est faire partie d’une équipe gagnant et que mon équipe s’habitue à gagner semaine après semaine. c’est la voie sur laquelle nous sommes actuellement et j’espère qu’elle durera longtemps ». Roberto soldado au micro de Movistar+ après la victoire contre le betis

Pour ce match d’avant Noël, Roberto Soldado va retrouver le Real Madrid. Un match qui reste spécial pour lui. Beaucoup de choses ont changé depuis son départ, que ça soit à la Maison Blanche ou dans son jeu. Le « Niñato » (le gamin capricieux, ndlr) a mûri et s’est totalement fondu dans le projet de Diego Martínez. Toujours disponible, sa présence fait du bien à l’ensemble du collectif. De nouveau solide défensivement, Granada veut marquer un grand coup lors de ce déplacement. Un nul, ça serait bien, une victoire encore mieux. Soldado aime répéter que l’objectif reste les 42 points du maintien et qu’il faut prendre match après match. Mais après une saison 2019-2020 historique et une qualification pour les grandes joutes européennes de février, où s’arrêtera Granada ? Réponse à la fin d’une saison bien engagée pour les Nazarís et l’une des plus belles de la carrière de Gudari, plus soldat que jamais.

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

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