Atlético : Nelson Vivas, adjoint du Cholo pour le meilleur et pour le pire

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Après le départ du charismatique Mono Burgos, Diego Simeone s’est trouvé un nouvel adjoint au moins tout aussi déjanté en la personne de Nelson Vivas. Certainement méconnu du grand public, l’Argentin a pourtant quelques casseroles et faits d’armes à son actif, en plus d’avoir un passé commun avec l’entraîneur des Colchoneros. Et si c’était lui la pièce manquante du puzzle synonyme du renouveau à l’Atlético?

Mais il sort d’où ?

Nelson Vivas effectue ses premiers pas en professionnel au Quilmes Atlético Club en deuxième division argentine lors de la saison 1990. Il y occupe le poste de latéral droit pendant quatre ans et il tape dans l’œil des clubs de première division. Il est alors quémandé par rien de moins que César Luis Menotti pour jouer à Boca. Avec plus de 80 apparitions sous le maillot Xeneize et trois saisons pleines, Nelson Vivas confirme ce qu’on pouvait espérer de lui : un bon joueur habile balle au pied, agressif et capable d’apporter dans les deux tiers les plus importants. S’en suit alors un périple de huit années en Europe où il revêt successivement les tuniques de Lugano, d’Arsenal, de l’Inter et du Celta pour une poignée de matchs. Malheureusement, l’Argentin n’arrive pas à s’imposer comme un titulaire en puissance, quelques fois gêné par les blessures mais surtout très souvent barré par une forte concurrence.

Comme bon nombre d’Argentins avant lui, Nelson Vivas rentre alors au pays pour y terminer sa carrière. Pour lui, ce retour sera totalement foireux tant la saison avec River a été compliquée à vivre. Rapidement pris à partie par les supporters pour ses performances en-deçà des espérances, Nelson Vivas subit de nombreuses insultes en dehors du terrain. Et contrairement à celles reçues par Guillermo Barros Schelotto ou envoyées à Rivaldo sur les pelouses, il n’était pas contraint de se retenir de répliquer autrement que dans le jeu. Affecté par cette situation, ses performances empirent jusqu’à ce qu’il devienne « incapable de réaliser une passe à un mètre ». Proche du dérapage et de commettre l’irréparable, Nelson Vivas demande la rupture de son contrat. Il finit alors sa carrière de joueur lors de la saison 2004-2005 dans le club qui l’a lancé.

Malgré un maigre temps de jeu en Europe, Nelson Vivas obtient un certain crédit qui lui permet d’être appelé avec la sélection et de prendre part à une trentaine de matches avec l’Albiceleste. Lors de ses apparitions avec le maillot bleu ciel, il rencontre deux hommes qui lui apportent beaucoup et participent au développement de l’homme qu’il est aujourd’hui. Le premier est Marcelo Bielsa pour qui il a joué après le Mondial 98. Et bien qu’El Loco ne se souvenait plus de son nom lors d’une séance alors qu’il venait de citer ceux de Pochettino, Zanetti, Redondo, Sensini et Ayala juste avant pour des considérations tactiques, le coach argentin a joué un rôle majeur dans sa façon d’entrainer. A l’image de Marcelo Bielsa, Nelson Vivas est décrit par ses pairs comme quelqu’un d’obsessionnel et de très méthodique, en plus de vouloir développer un football porté vers l’avant. Le deuxième? Un certain Diego Simeone.

Une union inévitable…

Avec ces quelques matchs internationaux joués ensemble, Nelson Vivas et Diego Simeone deviennent rapidement amis tant ils partagent de choses en commun. Après leur carrière de joueur, les deux compères se retrouvent pour la première fois à la tête de l’Estudiantes en 2006 lorsque l’actuel entraîneur des Colchoneros décide d’enrôler Nelson Vivas en tant qu’entraîneur adjoint alors qu’il n’avait aucune expérience à ce poste. En plus de ce gage de confiance, une preuve supplémentaire de leur amitié, s’il en fallait une autre, est une anecdote autour du premier asado avec l’équipe d’Estudiantes : « après que chacun a mangé (staff et joueurs), le coach et son adjoint se dirigent vers la caisse pour que chacun paye la moitié de l’addition totale. Diego Simeone crie alors qu’il paye pour tout le monde avec sa « gold card » qui en rendrait jaloux plus d’un. Problème? La carte avait expiré et Nelson Vivas a dû payer la totalité de la somme ! ». (ESPN)

Les deux compères dirigent donc ensemble l’équipe d’Estudiantes pour une saison au bout de laquelle le bilan est très positif d’un point de vue comptable : 32 victoires, 14 nuls et 12 défaites. Mis en lumière, Diego Simeone est alors rapidement voué à viser plus haut. Il s’essaye en entraînant successivement River, San Lorenzo, Catane et le Racing Club jusqu’à atterrir à l’Atlético. Avec toujours cette amitié et cette première pige concluante à l’Estudiantes en tête, Diego Simeone pense à Nelson Vivas pour à nouveau prendre place sur le banc à ses côtés. Malheureusement, ce dernier n’a pas pu accepter cette responsabilité pour des raisons familiales, ne voulant pas laisser sa famille derrière lui. Le Mono Burgos a donc été choisi à sa place, lui qui avait déjà été l’adjoint du Cholo lors de l’opération maintien à Catane et qui avait joué avec Diego Simeone sous le maillot colchonero. La suite on la connaît : l’Atlético a vécu les heures les plus fastes de son histoire.

Pour Nelson Vivas en revanche, ce n’était que partie remise. En attendant son tour, l’ex-adjoint de Diego Simeone connait ses premières expériences en tant qu’entraîneur principal avec le Quilmes Atlético Club en 2013 puis avec l’Estudiantes en 2015. En 2018, l’appel du pied de l’Europe devient trop grand et difficile à repousser lorsqu’une place pour être l’entraîneur technique des Rojiblancos se libère. Nelson Vivas fait cette fois-ci le grand saut et retrouve l’Espagne afin de s’imprégner de l’atmosphère du club, tout en se rapprochant du poste qui lui tend maintenant les bras. Après le départ du Mono Burgos cet été, revoilà le tandem Simeone-Vivas côte à côte sur un banc presque 15 ans après, comme si rien n’avait changé, mais avec des objectifs bien plus importants.

…Qui a tout pour fonctionner

Remplacer Germán Burgos est impossible tant il est un monument pour les Indios, lui le symbole de l’anti madridismo qui aura soulevé une Liga malgré l’hégémonie de Messi et de Cristiano Ronaldo. Nelson Vivas a la lourde tâche de lui succéder et de faire aussi bien, voire mieux. Car oui, il reste peu de place pour faire encore mieux après les désillusions des finales 2014, 2016 et du souhait non réalisé du Mono Burgos lors de sa despedida après ce Final 8 raté : “Quand nous aurons gagné la Champion’s League ! »… Après presque 10 ans de bons et loyaux services, il était sans doute temps de tourner la page d’un Cholismo originel à bout de souffle. Et ces retrouvailles entre Diego Simeone et Nelson Vivas en sont peut-être une des clés. D’abord par l’addition au lieu de la complémentarité des forces sur le banc colchonero, puis par la mise en place d’une idée de jeu plus actuelle.

« ça vient du plus profond de mon âme, je suis habité par le football »

Contrairement au Mono Burgos qui était capable de canaliser les sautes d’humeur du Cholo, et ce malgré des pétages de plomb comme lors de l’altercation avec José Mourinho en décembre 2012, Nelson Vivas est quant à lui plus à même de les attiser. Comme de nombreux Argentins, il est très expressif et le foot est pour lui une effusion de passion difficile à contrôler. Il est d’ailleurs bien connu du public argentin à ce sujet car coutumier des pertes de sang-froid. Lors d’un Estudiantes – Boca, alors qu’il entraîne les Pincharratas, il arrache littéralement sa chemise suite à des décisions arbitrales contraires à son jugement et notamment pour un penalty accordé aux Bosteros. Complètement survolté, Nelson Vivas reçoit ensuite un carton rouge qui lui faire perdre les pédales : il enlève alors le vêtement en lambeaux qui couvre ses épaules pour se retrouver torse nu en hurlant à l’injustice face aux caméras présentes au bord de la pelouse. En bref, avec Diego Simeone, ils se sont bien trouvés.

Aussi, l’idée de base du jeu colchonero a grandement changé. Et cela peut aussi être mis au crédit de Nelson Vivas qui a sans doute joué un rôle dans ce processus, que ce soit par sa simple présence qui insuffle la confiance nécessaire pour tout changer ou par son affinité avec un football plus offensif. En effet, Diego Simeone essayait déjà par le passé de changer sa manière d’aborder les matchs, en vain. Aujourd’hui, l’Atlético a enfin réussi sa transition vers un jeu plus offensif et c’est frappant de contraste ! Désormais, l’équipe du Cholo se montre bien plus entreprenante avec le cuir, préférant même le garder en camp adverse sur certaines séquences pour se protéger alors qu’il y a quelques années, elle aurait tout fait pour le laisser afin de limiter les erreurs. Et au vue de l’effectif, c’était simplement ce à quoi l’équipe devait tendre pour mettre Joâo Félix dans les meilleures conditions et amener de la folie à un secteur offensif en grande perdition.

En fait pour Diego Simeone, cette union c’est un peu comme passer d’un amour stable à un amour passionnel, d’une routine avec un partenaire complémentaire à un quotidien explosif avec une personne désirée. Et en ce sens, cette union pouvait paraître risquée car instable et frôlant le déraisonnable. Mais pour une fois, le choix de la passion semble être le bon. Nelson Vivas est en train de raviver la flamme, celle du Cholismo. A tel point que l’Atlético est déjà l’attaque la plus prolifique du championnat tout en conservant une assise défensive fidèle aux préceptes colchoneros. Oui, l’Atlético impressionne de nouveau. Et si les Rojiblancos remportaient cet eterno derbi?  Et si c’était leur année?

Julien Foubert
@TorresismoATM

 

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