Crise andalouse au Dinamo Bucarest

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L'Espagnol Pablo Cortacero est le propriétaire et président du Dinamo Bucarest, club dans lequel il n'injecte aucun sous [Crédits : ProSport]

Si le coronavirus n’y est pour rien, la situation financière du Dinamo Bucarest est exécrable. Et cela depuis plusieurs années. Avec l’arrivée à la tête du club de l’investisseur espagnol Pablo Cortacero, les supporters de l’équipe roumaine se sont pris à rêver. Avant de vite se réveiller…

L’arrivée rayonnante de Pablo Cortacero…

Avec le CFR Cluj, champion depuis 2018, et le FC Viitorul, le Dinamo Bucarest fait partie des équipes renommées de Roumanie. Mais le club de la capitale n’a pas terminé une saison dans la première moitié de tableau depuis 2017 et une modeste 6e place. Les résultats sont au-deçà de ceux que l’on attend de ce club qui a conclu la saison dernière à une triste 13e place. Pablo Cortacero est donc arrivé dans un contexte compliqué pour les Câinii Roșii et ne pouvait qu’apporter l’espoir de jours meilleurs.

Originaire de Granada, cet investisseur est le représentant en Espagne de la société Benel International. Spécialisée dans le vente en gros de matériel de photographie de studio, elle est présente depuis maintenant trente ans dans de nombreux pays. Également ancien joueur amateur puis président du CD Imperio de Albolote – club de quatrième division –, Pablo Cortacero incarnait pour les supporters roumains un passionné expérimenté. Au-delà de ses connaissances sportives, l’Andalou représentait les possibilités financières qui manquent au club depuis plusieurs années.

L’ancien entraîneur Contra avec le directeur sportif Collado [Crédits : ProSport]

Pour combler les espoirs placés en lui et justifier sa mainmise sur 72% des actions du club, la direction de Pablo Cortacero a rapidement annoncé une enveloppe le 10 millions d’euros. Une faible somme vue de la France mais elle devait cependant permettre de relancer le projet sportif du Dinamo. Profitant de son influence en Espagne, l’homme d’affaires a également amené avec lui l’ancien directeur du centre de formation du Granada CF, Rufo Collado qui a pris le poste de directeur sportif. Une douzaine de joueurs ont rejoint ainsi la Roumanie dont l’ancien de l’Athletic, Isma López.

… avant une violente désillusion

Mi-novembre, le projet sportif peine à prendre forme et le Dinamo affiche une unique victoire en neuf rencontres. Diario AS – profitant sûrement de la présence espagnole dans le club pour avoir son exclusivité – informe dans ses colonnes que « les joueurs, membres de l’équipe technique et employés du Dinamo Bucarest n’ont pas été payés depuis plusieurs mois et menacent de faire une grève ». L’information est relayée jusqu’en France et les pressions s’abattent sur le nouveau président qui prend la parole le 17 novembre, demandant que la situation se calme : « Les retards de paiement ont provoqué des incertitudes au sein du club et parmi les supporters. Je veux dire qu’un premier paiement a été effectué ».

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Des premières paroles en l’air qui interviennent cinq jours après la démission de la physiothérapeute du club ainsi que du second préparateur physique, George Neagu. L’expression publique de cette colère a fini par atteindre les joueurs. Le 20 novembre, lors d’une démonstration à domicile face au FC Voluntari (3-0), l’homme du match Borja Valle n’a pas manqué d’exprimer sa colère face caméra. Célébrant sa passe décisive et le premier de ses deux buts, l’Espagnol s’est pris le visage dans les mains en regardant le balcon présidentiel. Un message de lamentation, nullement entendu par Pablo Cortacero.

Borja Valle jouait au Deportivo La Corogne [Crédits : ProSport]

N’en pouvant plus d’espérer recevoir de quoi nourrir sa famille, Borja Valle a pris les choses en main le 4 décembre. Après trois mois et demi sans recevoir de salaire, l’attaquant de 28 ans a déchiré son contrat et  a quitté le Dinamo Bucarest. Il est accompagné de son compatriote Isma López ainsi que de l’entraîneur Cosmin Contra qui affirme sur Twitter « avoir vécu les quatre mois les plus durs de sa carrière ».

« On ne peut plus avoir confiance dans ces gens »

Après une employée et un membre du staff, deux joueurs ont quitté, déçus, un projet qui les avait pourtant séduits en août dernier. En plus du milieu de terrain basque, le Dinamo perd son meilleur buteur Borja Valle, auteur jusqu’ici de cinq réalisations. Si le motif financier semble être principal, il n’est pourtant pas la seule explication du ras-le-bol ambiant à Bucarest. Peu de temps après l’annonce officielle de son départ, Isma López a donné ses raisons sur Instagram, arguant notamment que le club a utilisé divers stratagèmes pour expliquer le retard des paiements.

« Tout n’a été qu’un tissu de mensonges, ils n’ont pas tenu une seule de leurs promesses », s’est emporté l’ancien joueur de l’Athletic. Dans une vidéo de plus de sept minutes, il a expliqué que l’argent n’était pas le seul facteur ayant conduit à son départ. Ni même le principal. « Ils nous ont montré que nous ne sommes que de la marchandise pour eux », a-t-il poursuivi sans nommer le président Pablo Cortacero. Se lamentant qu’on lui ait présenté un projet ambitieux, le Basque s’est plaint des conditions dans lesquelles ils se sont entraînés. Sans médecin, sans matériel mais également sans jouer dans le « nouveau stade de Bucarest qu’on nous avait promis ».

Pas de salaire depuis quatre mois [Crédits : El Desmarque]

Isma López prend également l’exemple des véhicules. La voiture initialement prêtée par le club devait rapidement être remplacée par une plus performante pour affronter les rudes conditions de l’hiver. Il n’en fut rien. « Des choses qui peuvent sembler insignifiantes mais qui ensemble font que ces personnes [les dirigeants] ne sont plus dignes de confiance », conclut-il.

Des fans soutenant joueurs et employés

Bien que tenus à aucun engagement avec le club, les supporters du Dinamo Bucarest sont aussi victimes de la gestion de Pablo Cortacero. Voyant leur club sombrer dans la crise sportive et financière, ils ont lancé une cagnotte pour payer certaines dépenses de l’équipe. Des gestes qui ne sont pas passés inaperçus, Isma López relate « qu’ils ont tout fait pour montrer leur affection ». Les remerciant pour leur soutien, il souligne que les fonds récupérés par les fans ont été refusés par la direction du Dinamo, qui « ne voulait ou ne pouvait pas les prendre ». L’ancien entraîneur Cosmin Contra a affirmé de son côté que les supporters « sont les seuls à être avec le Dinamo dans cette période ». Voyant leur club couler par un investisseur, les supporters réclament plus que jamais son départ.

Les mensonges ne passent plus. Malgré le départ de son entraîneur et de deux de ses meilleurs joueurs, Pablo Cortacero s’enfonce dans ses fausses promesses. Il a depuis annoncé qu’il transfèrera mercredi 1.5M€ sur le compte du Dinamo afin de payer les joueurs. Le lendemain, ces derniers n’avaient toujours rien reçu. Les dettes du club, déjà existantes à l’arrivée de la nouvelle direction, n’évoluent pas non plus. Du moins, pas dans le bon sens.

Cosmin Contra n’est donc plus l’entraîneur du Dinamo Bucarest [Crédits : ProSport]

Une situation qui ne peut qu’empirer ?

Isma López et Borja Valle ne sont pas les seuls Espagnols à avoir quitté les rangs du Dinamo Bucarest. On retrouve également René Román, ancien gardien d’Almería. À 36 ans, il a dénoncé sur Twitter « les excès de mensonges, le temps passé à espérer et la souffrance chez ceux qui l’entourent dans le club ». Dans leurs déclarations de départ, ils ont donné, tout comme leur ancien entraîneur, une version similaire et attristante de leur rapide passage au Dinamo. Tout porte à croire que l’ancien milieu de Manchester City, Aleix García sera le prochain à quitter la Roumanie. À 23 ans, le Catalan ne peut qu’espérer relancer sa carrière ailleurs. De préférence dans une équipe au réel projet sportif et social.

Si les choses ne changent pas rapidement, il est probable de voir d’autres joueurs quitter les rangs du Dinamo Bucarest. N’étant pas payés depuis plusieurs mois, leur engagement n’est plus à démontrer. Mais il arrive un moment où l’argent manque et où quitter le navire devient nécessaire. Pablo Cortacero et sa direction ne semblent pas vouloir changer les choses. C’est un club historique qui risque de sombrer…

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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