♀️ Football féminin / 🎙 Interview – Marta Peiró (Servette) : « Ce n’est pas parce que nous affrontons l’Atlético que nous renierons notre identité de jeu »

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Crédits : compte Twitter officiel Marta Peiró Giménez

Formée au Valencia CF, Marta Peiró évolue désormais au Servette, après une année au Sporting de Huelva. Auteure d’un excellent début de saison dans le championnat suisse, l’attaquante polyvalente défie ce mercredi l’Atlético de Madrid en 1/16 de finale de la Ligue des Champions (18h). Avant le coup d’envoi du match aller à Genève, elle a accordé une interview à ¡Furia Liga!.

¡Furia Liga! vous avait interviewé en février 2018. A l’époque, vous portiez le maillot du Valencia CF. Que s’est-il passé depuis ?

J’ai évolué 10 ans à Valencia, 7 dans dans les catégories inférieures et 3 chez les professionnelles. La 1re saison avait été très bonne, tant au niveau individuel que collectif, avec l’entraîneur Cristián Toro (actuellement à Séville, ndlr) puisque nous avions terminé 3es du championnat et très proche de nous qualifier pour la Ligue des Champions. Il y a ensuite eu une saison de transition avec Jesús Oliva (ancien coach de la B, ndlr) car plusieurs joueuses sont parties mais l’année s’est bien passée car nous avons terminé 5es. Ma dernière saison a été très difficile au niveau psychologique pour les joueuses. Cela s’est reflété sur le terrain et nous n’avons pas obtenu de bons résultats (8e au terme de la saison 2018-2019, ndlr). J’ai ressenti un besoin de changement, même si je voulais aussi rester car c’est le club de ma vie. Mais dans la mesure où on m’a indiqué que je ne serai pas prolongée, je l’ai accepté et je suis allée au Sporting de Huelva où je me suis sentie mise en valeur dès les premiers contacts. Cette saison a aussi été difficile car nous avons lutté pour notre maintien, d’autant qu’on était à la lutte avec Valencia, ce qui était encore plus dur pour moi. Psychologiquement, ça n’allait pas mieux que la saison précédente. J’étais sur le point d’arrêter le football mais je me suis dit que ce n’était pas la meilleure manière de laisser un sport qui est ma passion et mon travail. J’ai donc décidé de quitter l’Espagne et de chercher un club à l’étranger. Le Servette s’est alors manifesté. Je peux dire sans hésitation que cela a été la meilleure décision que j’ai pu prendre et je ne regrette absolument pas mon choix.

Récemment, vous avez déclaré dans une interview que c’était une forme d’Erasmus footballistique pour vous. Vous aviez besoin de changer d’air ?

Ce n’est évidemment pas un Erasmus en tant que tel mais je crois que, quand on est jeune, on veut vivre ce genre d’expérience. Mais cela ne peut pas s’appliquer à un sportif, car même si je suis aussi étudiante (en journalisme, ndlr), je reste une joueuse de football professionnelle. C’était le moment idoine pour moi et c’est une opportunité que j’ai saisie. J’ai 22 ans, je peux continuer d’étudier, apprendre une langue, une culture et, évidemment car c’est l’objectif, découvrir un nouveau championnat pour continuer de progresser. Je recherchais ça et je l’ai trouvé au Servette.

Quelles sont les différences entre les championnats espagnol et suisse ?

Le niveau en Suisse est plus bas qu’en Espagne mais le physique est très important et on le ressent dans les contacts. C’est une donnée capitale, encore plus que la technique et la tactique. Quand je dis que le championnat suisse est une marche en dessous de la Liga, c’est parce qu’il y a finalement peu d’équipes, étant donné que c’est un petit pays. Mais en ce qui concerne les 5 premières équipes, c’est très compétitif et c’est très divertissant pour les spectateurs. Il y a beaucoup de buts, de l’intensité, des contacts.

Une des particularités du championnat suisse, c’est que toutes les équipes se rencontrent 4 fois chaque saison. Ça fait une différence par rapport à un calendrier classique ?

Pour moi c’est tout à fait nouveau et étrange, tout comme la trêve hivernale. C’est très bizarre d’affronter tes rivales 4 fois. Nous avons déjà affronté chaque club 2 fois pour le moment. Je dois m’habituer à cette particularité et m’y acclimater.

En termes de rivalités justement, chaque weekend est un derbi quasiment !

Nous effectuons les déplacements le jour-même du match car les distances sont relativement courtes, mis à part pour aller à Lugano. Cela n’a rien à voir avec ce que j’ai pu connaître en Espagne.

Parfois, les équipes féminines sont les parents pauvres d’un club. Au niveau des installations, le Servette propose les mêmes fonctionnalités pour la section masculine et la section féminine pour les déplacements, de nutrition, de suivi ?

Le Servette est un club très professionnel et son travail est comparable aux grandes écuries européennes. Nous disposons d’un terrain en herbe et d’un autre en synthétique. Les joueuses ne manquent de rien. On fait très attention à nous et je crois que ce traitement est très différent aux autres équipes suissesses. Ici, on se rapproche vraiment de ce que peut proposer une équipe professionnelle espagnole.

Comment se passe votre début de saison ?

Vraiment très bien et je m’aperçois après 5 mois ici que je m’adapte plus rapidement que prévu. Dès le premier jour, je me suis sentie chez moi, même à plus de 1000km de ma maison. J’ai été très bien accueillie, que ce soit le staff et les joueuses. Tout le monde m’a fait sentir comme si j’étais à Valencia. Je les en remercie vraiment.

Comme à Valencia, mis à part le climat !

(Rires) Non effectivement ! Mais il a vraiment fait chaud à Genève mais l’hiver à Valencia n’a rien à voir et ça se ressent au niveau des températures !

En Espagne, vous avez principalement joué en pointe. Votre rôle a évolué cette saison ?

J’ai toujours été une joueuse très polyvalente et je suis capable d’évoluer à plusieurs postes. J’ai déjà joué attaquante axiale, ailière droite, ailière gauche, 9 et demi. Par le passé, j’ai aussi été placée en milieu défensive, en relayeuse et en meneuse de jeu. J’aime beaucoup jouer 8 ou 10 mais cette saison je prends énormément de plaisir à évoluer un cran au-dessus sur le terrain. Ce n’est pas tant par rapport à mon nombre de buts et de passes décisives mais par rapport au style de jeu très offensif de l’équipe, d’autant que nous disposons de joueuses de grande qualité. Quand la tactique est très bien préparée, les joueuses de devant se régalent.

Vos statistiques parlent pour vous depuis votre arrivée.

J’ai inscrit 9 buts et délivré 6 passes décisives depuis le début de saison. Me sentir dans cet état de forme, retrouver du protagonisme, non seulement en marquant, mais aussi en participant au jeu après plusieurs années difficiles, c’est vraiment gratifiant. A ce niveau-là, je suis ravie et ce que je cherche désormais, c’est continuer sur ce chemin et m’améliorer.

Vous n’êtes pas la seule Espagnole au Servette puisqu’il y a également Paula Serrano dans l’effectif. Elle a facilité votre intégration ?

Elle m’a beaucoup aidé à mon arrivée, beaucoup appuyé. Elle m’a appris des choses que j’ignorais, des choses qui peuvent paraître insignifiantes, comme l’abonnement au téléphone, changer mes roues pour l’hiver. Je lui en suis reconnaissante.

« Quitte à perdre, autant le faire en essayant de jouer notre jeu et d’être nous-mêmes »

Le Servette affronte l’Atlético de Madrid en 1/16 de finale de la Ligue des Champions. Même si les Colchoneras marquent un peu le coup en ce début de saison, l’affrontement s’annonce très difficile ?

Clairement, nous ne partons pas favorites. L’Atlético a disputé les 4 ou 5 dernières éditions de la Champion’s et les joueuses ont acquis un niveau très élevé au cours des dernières saisons. Elles ont gagné 3 championnats consécutifs de 2017 à 2019 et une Copa de la Reina en 2016. C’est un grand d’Espagne mais aussi d’Europe. Nous savons ce que nous voulons proposer dans le jeu, même si nous sommes des débutantes. L’Atlético est favori mais nous ferons face de façon positive car nous n’avons aucune pression et rien à perdre. Cela nous permettra de profiter de l’instant et de garder notre identité de jeu, à l’image de ce que nous faisons depuis le saison, c’est-à-dire attaquer, très bien défendre, garder notre bloc compact et presser haut. Ce n’est pas parce que nous affrontons l’Atlético de Madrid que nous renierons notre identité de jeu, d’autant qu’il n’est pas dans sa meilleure période et qu’il y a eu des blessées. A nous d’en profiter.

Ce duel permettra-t-il au Servette de se jauger par rapport à la concurrence en Europe contre une équipe qui a disputé les 1/4 de finale la saison dernière ?

Totalement. L’Atlético a d’excellentes joueuses, comme Deyna Castellanos ou Ludmila da Silva qui est, selon moi, l’une des meilleures attaquantes à l’heure actuelle et certainement l’une des plus rapides. C’est une grande équipe européenne mais nous essaierons de la contrer avec nos propres armes en appuyant sur leurs points faibles. Outre les blessées, il y a de nouvelles joueuses et on sait que cela prend du temps pour trouver les automatismes. Elles ont eu un coup d’arrêt le weekend dernier en championnat contre l’Athletic (3-3 après avoir mené 3-1 jusqu’à la 85e minute, ndlr). Je ne sais pas comment elles réagiront mais nous, en tous cas, nous sommes en confiance après notre victoire contre Zürich (2-0; elle a inscrit le 1er but, ndlr). Cela nous donne encore plus envie d’être compétitives et de ne pas perdre notre identité. Quitte à perdre, autant le faire en essayant de jouer notre jeu et d’être nous-mêmes.

A titre personnel, ce sera votre tout 1er match de Ligue des Champions. C’est l’occasion aussi pour vous de juger votre progression dans la compétition la plus relevée ?

Toutes les joueuses rêvent de disputer une rencontre de Champion’s. C’est un plaisir et une fierté d’y parvenir car ce n’est pas donné à tout le monde. Quand le Servette a voulu m’engager, je ne pouvais pas refuser avec une telle perspective. Le niveau augmente d’année en année et il faut profiter de ce genre d’opportunités pour se mesurer et tout donner.

Propos suscités et traduits par François-Miguel Boudet

Crédits : compte Twitter officiel Marta Peiró Giménez

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