Barça : Apprendre à perdre pour espérer retrouver le soleil

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Crédits : Iconsport

Le FC Barcelone n’est guère reluisant en ce moment, et ça fait des déçus alors que tout le monde semblait prévenu. Certains fustigent les choix du mercato, la direction, le choix de l’entraineur, les joueurs et même l’implication de Messi sur un remplacement en trottinant. En clair on cherche un coupable, un bouc émissaire, qui devra assumer l’ensemble de l’échec, partira sous les quolibets et permettra le retour du soleil et des sourires. Sauf que, ce n’est jamais aussi simple et binaire…

Dans un petit match de Liga, avec un Wanda bien vide et avant la sortie sur blessure de Piqué, le Barça a encaissé un but de Yannick Ferreira Carrasco. Un petit but, qui n’offrira pas de possibilités de réponse pour des Catalans dans le dur depuis un certain moment. Le départ de Quique Setien, coupable d’être trop petit pour le poste pour certains et l’arrivée de Ronald Koeman, légendaire défensif buteur des Culers devait pourtant éviter cela. Quand le premier n’a jamais gagné, n’a eu que deux expériences comme entraineur en D1, le Battave est un mister depuis 20 ans, il a remporté des championnats et a reconstruit les Pays-Bas, notamment. Après une seule victoire sur les 5 dernières journées de Liga, des voix s’élèvent pour déjà jeter le coach, la direction, les joueurs et rappeler une autre légende, Xavi, avec une certitude quasi mystique sur sa future réussite.

Mais comment on juge le travail d’un entraîneur, alors ? 

Les cas Luis Enrique, Ernesto Valverde, Quique Setien et Ronald Koeman sont intéressants pour tenter de répondre à cette question. Comment on juge le travail d’un coach et surtout, comme on évalue sa faculté à faire mieux ou moins bien que son prédécesseur ou que son successeur. Le premier indicateur est le plus binaire : la victoire. On gagne, l’entraineur a raison, on perd, l’entraineur a tort. Cela va à l’encontre de l’héritage Cruyffiste du Barça mais c’est une logique qui a la faveur de beaucoup de monde. Des entraineurs même, s’en accommodent bien, bombant le torse après des victoires plus qu’heureuses parce qu’il n’y a rien de plus important dans le football, que les trois points. Pour le jeu et le plaisir voire la fierté de regarder son équipe, on repassera.

On peut aussi essayer d’imaginer le travail d’un entraineur comme un processus, un chemin qui doit mener l’équipe d’un point A à un point B d’une manière plus ou moins longue et directe. Dans cette logique, ce sont d’autres facteurs que le résultat qui entrent en jeu même si bien sûr, il a sa place. A la fin, c’est ce qui permet d’évaluer si l’entraineur est dans le vrai ou non. Cependant, il ne doit pas être le premier indicateur qui est regardé. Il est difficile de pouvoir avoir accès à toutes les composantes qui permettent de juger un entraineur par cette manière. Cependant, le progrès dans le jeu, la capacité d’une équipe à croire en ses facultés, à varier son jeu, à avoir des circuits préférentielles, des progrès techniques ou tactiques de certains joueurs offrent la partie visible de l’iceberg. Sous l’eau, c’est les interactions avec le groupe, la dynamique de travail, la confiance du groupe envers le projet de son coach qui sont des indicateurs intéressants. Des choses qui permettent de construire quelque chose de solide, capable de résister aux tempêtes et de retrouver à la fin, le soleil.

Crédits : Iconsport

Quel que soit la logique que l’on utilise pour juger le travail d’un entraineur, il est cependant important d’avoir une vision juste de l’état de l’effectif à l’arrivée de l’entraineur. Luis Enrique et Ernesto Valverde, ont dans l’ensemble réussi leur passage sur le banc du Barça. Ils ont laissé une image particulière dans l’esprit de beaucoup de suiveurs mais ont permis de maintenir le club sur le devant de la scène, en lui permettant d’évoluer dans le jeu tout en ménageant la chèvre et le chou avec des choix douteux de la direction. Quand Quique Setien arrive, les signes d’usures sont notables. Le groupe commence à montrer des signes inquiétants qui étaient déjà visibles sous Valverde (coucou la Roma). Son rêve Cruyffiste se termine par la débandade 8-2 face au Bayern, qui scelle son avenir et permet de montrer en Mondovision l’état de lassitude de l’effectif du Barça. Lui ? Il n’aura jamais pu concilier sa volonté de faire du jeu et le besoin viscéral de victoire de ce Barça.

Pour tenter de retaper les Catalans, Ronald Koeman est nommé. Légende du club, avec une solide réputation d’entraineur et surtout une intransigeance qui a laissé des traces notamment à Valence, il a tout pour être l’homme de la situation. En prime, il est l’un des rares à avoir accepté de venir, lui alors engagé avec les Pays-Bas et avec l’Euro 2021 en ligne de mire, a décidé de tout plaquer pour se jeter au chevet d’un club qui semble condamner à souffrir durant les prochains mois. Surtout que tout s’enchaîne, le Burofax de Messi, la motion de censure qui se termine par la démission de Bartomeu, des élections qui sont avancées, le COVID, des négociations pour une baisse de salaire de l’ensemble de l’effectif. Ronald Koeman doit gérer un panel de problèmes sans renouvellement de l’effectif et certains pensent qu’il allait remettre le Barça tout en haut de l’affiche en un claquement de doigts. Le Barça a de multiples problèmes, vouloir à tout prix les personnaliser en sont un, peut-être l’un des plus importants. Les bouc-émissaires ne sont que des défouloirs, ils n’ont aucune vertu thérapeutique.

Xavi en sauveur ou éternelle fuite en avant ?

Pendant longtemps, le Barça a répandu sa maxime « Mes Que Un Club » comme un slogan, une manière d’étaler à la face du monde du foot qu’aimer le Barça, c’est aimer le jeu avant les résultats. Que l’un ne pouvait pas voir l’un sans l’autre et qu’il fallait chercher le premier pour avoir accès au second, et pouvoir en être fier, très fier. Sauf que ce Barça, surtout fantasmé en réalité est depuis devenu une machine à faire du cash et à gagner. Au point où on ne sait plus qu’elle est la priorité du club. Au milieu de tout cela, les socios, devant incarner les garants de l’institution, de l’héritage ont embrassé eux aussi ce virage, parce que gagner, et être riche, c’est une situation confortable. On veut tous être tout en haut, et quand on y est, certains sont capables de tout pour y rester. Coûte que coûte.

Crédits : Ronald Koeman

La situation de Ronald Koeman est intéressante actuellement. Son statut de légende le protège encore un peu, mais les foudres sont de plus en plus nombreuses autour de lui. Il est trop frileux, son 4-2-3-1 ne marche pas toujours, il ne fait pas assez confiance à Riqui Puig ou encore il n’a qu’un plan qui ne fonctionne que trop rarement. Sauf que penser que Ronald Koeman est le seul problème et que le remplacer par un autre permettra au Barça de retrouver les sommets est une hérésie. Il n’est peut-être pas le plus adapté, mais il faut prendre en compte le contexte global de son environnement pour offrir le jugement le plus juste de son travail. Il n’a pas les résultats mais rien ne lui est favorable et quelques progrès sont notables. Il faut accepter la défaite, surtout dans la situation institutionnelle actuelle pour espérer des lendemains qui chantent, avec ou sans lui.

Actuellement, Xavi a la faveur de beaucoup comme étant le seul en capacité de remettre le Barça tout en haut de l’Europe. Sans faire du foot-fiction, le joueur le plus capé du Barça est au Qatar, il a refusé les premières approches et ne fait pas l’unanimité autour de lui. Sa carrière de joueur est ce qu’elle est, ses interviews sont intéressantes mais rien ne garantit qu’il peut faire mieux dans ce contexte. L’exemple Milan AC post 2012 est intéressante. Cette année là, les Lombards doivent absorber le départ de légende comme Gattuso, Seedorf, Nesta ou encore Pippo Inzaghi. Le club va rentrer dans une longue période d’incertitudes avec des choix directionnels très contestables. Il faudra près de 8 ans pour retrouver un semblant de cohérence.

Les Rossonero se mettent à recruter des joueurs moyens en fin de contrat ou des stars en fin de carrière durant cette période. Les résultats ne suivent pas, et la direction va se mettre à user ses légendes sur son banc. Vont s’enchainer Seedorf, Inzaghi puis Gattuso en l’espace de 5 ans. Aucun ne réussira à rester plus d’un an sur le banc du Milan. Avoir connu les succès en tant que joueur n’a jamais garanti de trouver le succès en tant qu’entraineur. Tout est une question de contexte et de résilience, accepter cela et les moments difficiles permettent de limiter les effets d’une crise plutôt que de vouloir tout et tout de suite, ce qui a plus de chances de l’aggraver. Si Xavi arrive et échoue, qui sera le prochain à être appelé ? Eto’o ? Dani Alves ? Puyol ? Victor Valdes ? Entrer dans cette logique, c’est prendre le risque de bruler ses légendes et de sans cesse renouveler les mêmes situations sans aller à la racine du problème. Le Barça a changé d’entraineur, cela n’a pas résolu les problèmes que l’on a vus en fin de saison dernière, du coup pourquoi espérer que changer une nouvelle fois cela permettrait de faire évoluer la situation ? En ce sens les prochaines élections apparaissent comme l’espoir de voir cette dynamique changer pour enfin permettre à un coach, quel qu’il soit, de travailler dans un environnement propice. Comme on le dit souvent, après la pluie vient le beau temps, il faut juste savoir être patient.

Benjamin Chahine

@BenjaminB_13

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