♀️ Football féminin – 🎙Vero Boquete : « Une grande fierté de revêtir le maillot du Milan »

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Après 2 ans avec les Utah Royals, Verónica Boquete est de retour en Europe. Mais alors qu’on aurait pu l’imaginer de nouveau avec le maillot de l’Espanyol ou celui du Real Madrid qui monte une équipe compétitive, la Galicienne a choisi le Milan. Un club historique dans un championnat italien qui se professionnalise d’année en année. La globe-trotteuse qui découvre un 8e pays a accordé un entretien à ¡Furia Liga!

Après 2 ans avec Utah Royals, vous venez de signer à l’AC Milan, un peu à la surprise générale car on vous aurait imaginé de retour en Espagne. Comment s’est déroulée votre arrivée ?

Cela a pu être une surprise mais pour moi, signer au Milan était la meilleure option. Ma priorité, c’était de rejouer le plus vite possible parce qu’après cette pandémie et ce virus qui nous ont volé de nombreux mois de compétition, je ne voulais pas encore attendre une saison supplémentaire aux États-Unis ou le mercato d’hiver. Le championnat italien m’a offert cette opportunité. Milan est un club historique, un très grand club qui initie un nouveau projet dans le football féminin. Le club veut grandir et c’est une ambition qui m’a toujours motivée. Je ne sais pas si c’est terminé avec Utah mais jusqu’à juin, je serai à Milan puisque j’ai signé jusqu’au 31 mai 2021. Ce qui se passera ensuite, je n’en sais rien. Utah voudrait que je revienne. J’y ai été 2 ans et ça s’est très bien passé mais à l’heure actuelle, mon seul objectif est de jouer avec le Milan jusqu’à la fin de saison. Nous verrons la suite en temps voulu.

Les derniers mois aux États-Unis n’ont pas dû être simples à gérer ?

Ce n’ont pas été des mois simples mais nous avons pu nous entraîner. La première division américaine s’est déroulée, nous avons aussi disputé un championnat sous bulle en juin-juillet. Il n’y aura pas de compétition au moins jusqu’à mars. Forcément, beaucoup de joueuses comme moi ont cherché une solution pour jouer et rester compétitives.

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Le championnat italien se développe d’année en année. Le Milan représente quelque chose pour tout amoureux de football. Même si l’implication du club est récente, porter ce maillot doit être très spécial ?

Sans aucun doute. C’est une grande fierté pour moi de revêtir le maillot du Milan. C’est un nouveau pays, un pays avec une culture footballistique, une nouvelle façon de travailler et un nouveau style. Pour moi, c’est un objectif très intéressant car je sais que c’était le moment ou jamais pour jouer en Italie. Je peux revenir très facilement en Espagne, je sais que j’y rejouerai tôt ou tard même si je ne sais pas encore quand. En revanche, l’opportunité de jouer en Italie était unique.

« Je ne veux pas me comparer avec Ibra mais c’est vrai que l’expérience qu’il amène est la même que ce que je peux apporter dans la section féminine »

Vous avez été titulaire contre la Roma et Milan a gagné (1-0). C’est ce qu’on appelle des débuts réussis !

Ce sont des débuts parfaits. J’ai même été surprise de débuter la rencontre parce que cela faisait un mois et demi que je n’avais pas joué un match. D’ailleurs, je m’étais peu entraînée en raison de la quarantaine. Mais après deux entraînements collectifs, j’ai pu participer et aider l’équipe à remporter ces 3 points qui permettent de nous maintenir dans le haut de tableau et d’envisager de lutter avec la Juventus pendant toute la saison.

L’Italie sort d’un bon Mondial et son championnat progresse depuis quelques années. Comme en Espagne, il y a un vrai pari sur le football féminin. Vous le ressentez comment depuis votre arrivée au Milan ?

Oui, ça pousse en faveur du football féminin, avec une volonté de le faire grandir et progresser, en assurant un développement vers le professionnalisme avec toujours plus de concurrence. Il y a d’ailleurs de plus en plus de joueuses étrangères qui signent dans les clubs. Faire partie de ce mouvement et apporter mon aide au football italien sont des aspects très importants pour moi. La Nazionale progresse régulièrement et sa dernière très belle Coupe du Monde prouve qu’il y a du talent et il est crucial de se doter d’un championnat puissant et professionnel. C’est le chemin entrepris par la fédération, les clubs et les joueuses. Y contribuer est très motivant.

A l’image de l’Espagne, l’Italie a une grande culture sportive. Cela encourage la pratique des filles ?

En Espagne, en Italie, en Angleterre, il y a cette culture très marquée. Tout le monde s’intéresse au football, supporte une équipe et suit de près ou de loin. Tu le sens très vite, particulièrement pour moi après 2 ans aux États-Unis. Revenir en Europe, dans un pays comme l’Italie, la différence se note. Ici, on respire le football.

Votre entraîneur au Milan est un certain Maurizio Ganz, une figura rossonera. En tant que joueuse offensive, avoir un coach qui fut attaquant doit être encore plus enrichissant ?

L’entraîneur m’a vraiment encouragée à signer à Milan. C’est toujours passionnant de pouvoir travailler avec quelqu’un d’aussi expérimenté. Il a été un très bon attaquant. C’est un peu spécial parce que, d’ordinaire, on dit que le football italien est davantage défensif et très axé sur la tactique. Comme le coach a été un buteur, c’est un très bon mélange et je pense qu’on va sortir des choses très positives.

On peut encore progresser quand on a dépassé les 30 ans ? 

(Rires) Toujours ! Chaque matin, je me lève avec la volonté d’être meilleure, c’est pour ça que je m’entraîne tous les jours. Quand tu essaies de mieux comprendre le jeu et que tu es toujours aussi bien physiquement, tu peux y parvenir. D’ailleurs, on le voit très bien dans les équipes masculines avec des joueurs qui vivent une deuxième jeunesse. C’est un moment fantastique à vivre.

Vous êtes la Ibra féminine ou Ibra est le Boquete masculin ?

(Rires) Alors j’ai vu que certains disaient ça sur les réseaux sociaux quand mon arrivée a été officialisée. La signature d’Ibra a redonné de l’enthousiasme aux supporters et a changé beaucoup de choses au sein de l’équipe. Je ne veux pas me comparer avec Ibra mais c’est vrai que l’expérience qu’il amène est la même que ce que je peux apporter dans la section féminine. La seule chose que je cherche, c’est aider l’équipe à gagner des matches et poursuivre cette courbe ascendante de progression.

Vous portez le numéro 87 qui est inusuel chez vous. C’est aussi pour marquer cette renaissance européenne ?

Je ne l’ai pas envisagé comme ça mais le lien me plaît. 1987 est mon année de naissance et c’est vrai que j’essaie toujours de jouer avec 21 (en hommage à Dani Jarque, ndlr) ou le 9 mais, comme je suis arrivée tard, ils avaient déjà des propriétaires. Il me fallait un numéro avec un sens pour moi et le 87 était évident. Ça pourrait être comme une façon de renaître en Europe et j’espère bien qu’il me portera chance.

Vous avez votre propre marque de vêtements. Quand est-ce qu’on vous voit à la Fashion Week ?

(Rires) Ma marque, c’est surtout du sportswear, je ne suis pas sûre que la Fashion Week soit disposée à organiser un défilé ! Milan est une capitale de la mode, je crains de ne pas être à la hauteur. J’ai créé ma marque il y a 8-9 ans. A l’époque, je ne trouvais pas de sponsors car ils étaient réticents à investir dans le football féminin alors je me suis lancée. Par la suite, Adidas m’a recrutée. A présent, je suis avec Puma qui est aussi l’équipementier du Milan. C’est un heureux hasard car il n’y a pas de lien avec ma venue, même si tout le monde est content. Ma marque sert surtout mon école de football qui organise des campus avec des petites filles et des petits garçons.

Vous parlez italien ?

Je comprends quasiment tout, je m’améliore dans l’écoute et la compréhension. Parler est en revanche plus difficile mais j’y vais petit à petit. Pour le moment, il s’agit plus d’un mélange de français, d’espagnol et d’italien ! Mais j’ai bon espoir de pouvoir parler couramment dans les prochaines semaines.

Le sélectionneur Jorge Vilda ne fait pas appel à vous mais ce retour en Europe pourrait-il provoquer votre retour avec la Roja ?

Pour moi, mon parcours avec la Selección s’est achevé il y a déjà plusieurs années. Tant qu’il y aura ce sélectionneur, je ne pourrai pas y retourner car les portes me sont fermées. Cela n’a rien à voir avec mon jeu et mon rendement. Je n’ai pas été retenue quand je jouais au PSG ou aux États-Unis et je ne le serai pas davantage à Milan. Je me focalise donc sur ce qui dépend de moi seule et que je peux contrôler en club. J’adorerais représenter à nouveau mon pays mais ce n’est pas possible et je sais que ça ne changera pas. Depuis le Mondial au Canada, le football féminin espagnol progresse de manière incroyable, même si nous avons des problèmes avec cette guerre Fédération-LaLiga. Mais entre le niveau de la Selección, le talent des joueuses et la professionnalisation, il est évident que l’Espagne sera une grande puissance mondiale et qu’elle jouera le titre lors du prochain Euro.

Vous présentez depuis peu une émission pour LaLiga, vous continuez d’élargir votre spectre de compétences ? 

C’est un programme surtout destiné pour le contenu LaLiga América pour propager la marque LaLiga en la liant à des joueurs sud-américains qui évoluent ou ont évolué en Espagne et la MLS. Je ne me considère pas comme une journaliste car je ne le suis pas mais, dans les interviews, j’essaie de sortir le meilleur des entretiens que j’ai pu donner tout au long de ma carrière pour m’appuyer dessus et provoquer des réponses intéressantes de la part des invités et les traiter de la meilleure manière, avec des thèmes qui leur plaisent.

Propos suscités et traduits par François Miguel Boudet

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