🔴🟢Pays Basque – Costa Rica : L’Euskal Selekzioa de retour sans public

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Première fois que l'équipe masculine du Pays Basque joue à Ipurua, ce sera sans public [Crédits : Unai Zabaleta]

La sélection basque de football reçoit ce lundi (20h45) le Costa Rica. Un match amical qui prend place en pleine trêve internationale et qui a pour but de promouvoir l’Euskal Selekzioa. Entre les infections à la COVID-19 et les difficultés pour obtenir les joueurs des championnats étrangers, c’est avant tout l’absence de public qui déçoit les supporters.

Après le match nul (0-0) de l’autre côté de l’Atlantique, en mai 2019 face au Panama, l’Euskal Selekzioa menée par Javier Clemente accueille le Costa Rica. Pour son deuxième match, le sélectionneur basque a fait face aux obstacles classiques. Cette année, les joueurs n’ont pas pu sortir l’excuse du déplacement lointain, puisque la rencontre aura lieu au stade Ipurua d’Eibar, dans la province du Gipuzkoa. On retrouve donc un certain Iñaki Williams qui n’avait pas été du voyage au Panama.

Les joueurs jouant en dehors du Pays Basque sont de nouveau absents, généralement contraints par le règlement de leurs équipes. Mais de nouvelles difficultés ont vu le jour. Javier Clemente a dû composer avec la convocation par l’Espagne de ses meilleurs éléments : Iñigo Martinez, Mikel Oyarzabal ou encore le portier Unai Simón. En plus de cela, le sélectionneur a été surpris par le Coronavirus, qui prive l’Euskal Selekzioa du deuxième gardien de l’Athletic, Jokin Ezkieta, ainsi que du milieu Dani García.

Jouer dans la cour des grands

Jusqu’à il y a deux ans, la tradition voulait que la sélection basque joue ses matchs fin décembre, généralement entre un et trois jours après l’anniversaire de la naissance de Jésus-Christ. L’ambiance familiale créée par Noël n’était finalement que peu propice à l’engouement autour de l’Euskal Selekzioa. Si bien qu’il a été décidé qu’une pause soit faite en 2017, afin d’engager un processus de réflexion autour de l’équipe. L’élément déclencheur intervient à la suite de la belle victoire (3-1) contre la Tunisie, en décembre 2016. Si le jeu était au rendez-vous, le peuple basque ne l’a pas été. Seule une quinzaine de milliers de supporters étaient présents dans les gradins du grand stade San Mamés, à Bilbao.

Lors du match nul entre le Pays Basque et le Panama [Crédits : AS]

Après plus d’un an à opposer le pour et le contre de la sélection, la Fédération basque a opté, en accord avec le gouvernement local, de jouer en même temps que les équipes nationales reconnues. Ainsi, depuis 2018 – et la victoire 4-2 face au Venezuela – l’Euskal Selekzioa dispute ses rencontres durant l’une des trêves internationales de l’année. « J’aimerais beaucoup affronter l’Espagne, sportivement ce serait très intéressant » affirmait le sélectionneur basque à EiTB, quelques jours avant la rencontre. Mais Javier Clemente le sait bien, les grandes sélections européennes ne veulent pas affronter le Pays Basque. Sûrement pour une raison politique – cela lui donnerait du crédit –, mais parfois aussi pour des motifs sportifs. L’Euskal Selekzioa n’est pas reconnue comme étant une équipe solide et ne serait donc pas un adversaire de taille.

Composer sans ses stars de l’étranger

Mais pour la Fédération basque, l’objectif reste de disposer d’une audience croissante et de rappeler qu’elle existe. Elle veut se montrer prête à se battre pour l’officialisation, qui reste le Graal. Sur leur compte Twitter, les organisateurs de la rencontre n’hésitent pas à partager les résultats des autres sélections, rappelant que le Pays Basque joue ce lundi. Difficile cependant de disposer d’une quelconque audience. La rencontre étant uniquement diffusée sur ETB – la principale chaîne basque – et ne trouvant guère un écho en dehors de l’Espagne et de la partie française d’Euskal Herria. Ainsi, les équipes étrangères refusent de prêter leurs joueurs basques à la Selekzioa.

Leurs justifications – dans le cas où elles seraient fournies – ne sont pas connues. Mais la plus évidente concerne la crainte de voir leurs joueurs se blesser avec une sélection qui n’est pas reconnue par la FIFA. Le résultat est le même depuis des années : ceux évoluant en dehors de la Liga ne participent pas aux rencontres de l’Euskal Selekzioa. Javi Martínez (Bayern Munich) et Fernando Llorente (Napoli) étaient tous deux sur la pré-convocation de Clemente mais bien absents de la convocation finale.

Javier Clemente face à ses joueurs [Crédits : Fédération Basque de Football]

Les difficultés arrivent aussi lorsque le joueur joue dans le reste de l’Espagne. Asier Illarramendi n’a donc pas participé au match nul (1-1) contre la Catalogne en décembre 2014. Quelques mois après avoir quitté le Real Madrid pour revenir à la Real, il a participé à la victoire de décembre 2015, toujours face à la Catalogne. Les relations avec des clubs espagnols peuvent rapidement évoluer. Aitor Fernández était titulaire contre le Panama en mai 2019, mais Levante a refusé sa venue aujourd’hui. Malheureusement, aucune information explicative n’a filtré, si ce n’est que les négociations « n’ont pas porté leurs fruits » selon Marca.

Blessures et infections de dernière minute

Malgré les convocations par l’Espagne, la sélection basque conserve quelques joueurs de talent. On retrouve l’habitué Iker Muniain en attaque, l’expérimenté Roberto Torres au milieu et pour la première fois, Unai Núñez en défense. Contre toutes attentes, le niveau des gardiens interpelle. Avant l’intervention du coronavirus, Jokin Ezkieta et Iago Herrerín devaient défendre les cages basques, eux qui n’ont pas disputé une minute d’un match officiel de l’Athletic cette saison. Alex Remiro, en grande forme avec la Real Sociedad, aurait dû être appelé mais il s’est blessé à la main le jour de l’annonce de la convocation. Ezkieta étant infecté, c’est Aritz Castro qui le remplace. Opération quitte ou double pour ce n°3 du Deportivo Alavés qui aura tout à prouver.

Le départ d’Ezkieta a précédé celui de son coéquipier Dani García qui, étant cas contact, ne pouvait pas rester dans l’équipe. À trois jours du match, la Real Sociedad a fait savoir à la Selekzioa que « Joseba Zaldua et Igor Zubeldia seront absents de la convocation », pour des raisons médicales. Javier Clemente n’a pas souhaité apporter de nouveaux changements à son équipe qui reçoit donc le Costa Rica avec 19 joueurs. Une décision surprenante, d’autant que plusieurs joueurs qui avaient fait le déplacement au Panama sont écartés, tel que l’ailier Iñigo Vicente. L’absence la plus marquante est sans aucun doute celle de Mikel San José. Malgré ses performances douteuses depuis deux ans, le milieu a toujours porté avec fierté le maillot de la Selekzioa. Désormais à Birmingham FC, il est presque certain que son club a refusé de le laisser partir.

Difficile d’imaginer quelle tête aura le dispositif qui débutera la rencontre ce soir, mais l’effectif actuel pourrait permettre ceci.

Les 19 joueurs de l’Euskal Selekzioa participeront à la rencontre [XI imaginé par Furia Liga]

Un huis-clos qui n’est pas du goût des supporters

L’imminence d’un match de l’Euskal Selekzioa est habituellement l’occasion de faire la fête dans les rues du Pays Basque. L’ambiance est des plus différentes aujourd’hui. La situation sanitaire a récemment empiré dans la région et les dérogations du gouvernement autonome – qui permettaient par exemple quelques centaines de supporters pour les matchs d’Europa League – ne sont plus appliquées. Aucun fan ne pourra pénétrer l’enceinte du stade d’Ipurua, au grand détriment des festivités habituellement de vigueur. Un communiqué a ainsi été signé par une trentaine de collectifs basques, qui s’opposent à la tenue du match. « Il n’y aura pas d’officialisation sans les supporters » peut-on lire en guise de conclusion. Autrement dit, jouer à huis-clos n’a pas de sens pour l’Euskal Selekzioa.

Une opinion aucunement partagée par la Fédération, qui voit en ce match l’occasion de rappeler l’existence de son équipe nationale. Disputer une rencontre durant la trêve internationale, au même titre que la Roja ou les Bleus, est le plus important. Peu importe la présence du public, puisqu’il est écarté des stades lors des matchs de Ligue des Nations. Dans une récente interview pour ETB, le meilleur buteur de la Selekzioa Aritz Aduriz se montrait nostalgique : « Jouer pour notre peuple dans le stade était quelque chose de magnifique. Il n’y avait pas de supporters de la Real, d’Alavés, d’Osasuna etc… On ne faisait qu’un ».

[Crédits : Josu Izarra]

Seuls les remplaçants basques et costaricains pourront s’assoir dans les tribunes d’Ipurua. Ce stade propose cependant un avantage non-négligeable, qui n’est autre que sa proximité avec deux immeubles. Depuis les balcons, il est possible d’observer les rencontres de la SD Eibar et donc de l’Euskal Selekzioa. L’occasion peut-être d’inviter des amis à regarder le match en grandeur réelle. En respectant les gestes barrières, évidemment.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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