🗳 Élections Barça / 🎙 Interview exclusive – Toni Freixa : « Je ne peux pas être continuista car j’avais averti sur les risques »

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Membre des directions Joan Laporta, Sandro Rosell et Josep María Bartomeu, Toni Freixa est l’un des pré-candidats à la présidence du FC Barcelone les plus expérimentés. Fin connaisseur des arcanes du club blaugrana, il veut néanmoins combattre l’image d’un tenant de la continuité qu’il réfute. Pour ¡FuriaLiga!, il a accepté de répondre aux questions sur les dossiers brûlants qui attentent le futur président du Barça. Entretien exclusif en France. 

Toni Freixa, vous êtes une figure connue et expérimentée du FC Barcelone : vous avez notamment été secrétaire de la direction et porte-parole du club entre 2010 et 2015. Est-ce un avantage ou un inconvénient dans votre pré-candidature ?

Sans aucun doute c’est un avantage car, vu le moment que nous vivons, l’expérience est très importante. C’est un moment difficile de notre histoire récente et je crois que l’un des atouts que doit avoir le prochain président, c’est de connaître le club. A titre personnel, j’ai eu l’honneur d’être au club de 2010 à 2015 mais aussi de 2003 à 2005. Je suis certain que l’expérience que j’ai emmagasinée m’aidera pour gérer le club, en collaboration avec mon équipe.

On a la sensation qu’il existe une envie de tourner la page de la part des socios, surtout que la décennie 2020-2030 sera cruciale, non seulement pour les enjeux sportifs mais aussi technologiques ?

Oui, et dans tous les cas nous le verrons dans les urnes. Il y aura les socios qui accorderont leur confiance à a une projet complètement nouveau ou ceux qui, au contraire, considèreront que cette situation difficile requiert de l’expérience. La masse sociale du Barça est plurielle et notre club est démocratique. Actuellement, nous sommes entre 7 et 9 pré-candidats, chacun avec ses idées. Je trouve que c’est extraordinaire. Nous sommes un club unique et toutes les opinions et toutes les sensibilités sont les bienvenues parce qu’elles ont toutes pour vocation de faire du Barça le meilleur club du monde.

Est-ce que l’on peut dire que vous êtes un candidat de la continuité ?

Non, je ne le suis pas ! En revanche, je peux dire que je suis l’unique candidat qui a respecté cette direction, parce que je respecte le club. Ceux qui ont consacré beaucoup de leur temps à constamment critiquer tout ce que faisait Josep María Bartomeu, à demander sa démission en promouvant un vote de censure sont justement ceux qui se dédient à mettre en avant juste ce qui les arrange. Moi, je ne suis plus membre de cette direction depuis 2015. J’ai cessé de l’être et je me suis présenté à la dernière élection. Je ne peux donc pas être « continuista », justement parce que j’avais averti sur les risques. Les risques que représentaient le fait de continuer sur ce même modèle de gestion et de vision. Ce que j’ai fait, c’est respecter la volonté de la majorité des socios. Certaines personnes confondent le respect que j’ai eu pour l’institution car, à l’inverse, cela signifierait que nous serions un club avec une mauvaise hygiène démocratique si nous demandions constamment la démission du président. Elles confondent aussi avec le fait que je serais l’un des leurs simplement parce que j’ai respecté la direction. Désormais, c’est le moment des élections et je présente mes propositions et mes idées pour que les socios les prennent en considération.

L’ère Josep Maria Bartomeu a pris fin : que retenir de ses mandats ?

J’ai du respect et de la reconnaissance pour tous les présidents qui, tout au long de nos 121 ans d’histoire, ont fait du Barça le plus grand club du monde. En ce qui concerne Josep María Bartomeu, on pourrait faire une analyse mais je ne suis pas un juge pour dire ce qui était bien ou mal. Il y a eu des résultats sportifs et économiques, différents conflits institutionnels et de gestion. Tout cela réuni a conduit à sa démission puisqu’il y a eu un vote de censure. Il a même eu un conflit avec le gouvernement de la Generalitat de Catalunya dans les derniers instants de sa présidence. Pour ma part, j’ai de la gratitude pour le président élu par les socios. A présent, c’est une nouvelle étape, avec de nouvelles personnes compétentes pour diriger le club.

Il faut toujours écouter les socios car ils sont les propriétaires. Mais attention à ne pas confondre écouter avec donner le pouvoir de décider.

C’est un aspect qui revient toujours dans les projets d’autres candidats : la place des socios dans la prise de décision au sein du club. Pensez-vous que le Barça souffre d’un manque d’expression populaire ?

Je crois que les socios ont beaucoup de pouvoir au sein du club. C’est une théorie perverse qui affirme que les socios ne participent pas. Ceux qui disent ça ne connaissent pas la démocratie organique. Les socios participent. D’abord, ils élisent le président et sa direction, chose qui ne se fait pratiquement nulle part ailleurs, hormis au Barça et quelques autres clubs qui ne sont pas aussi transparents. De plus, ils participent à l’assemblée des socios ainsi qu’à l’assemblée de la direction, car les membres de la direction sont des socios élus. Ça, personne ne peut le contester. En fait, certains voudraient que toutes les décisions soient prises par tous les socios, installer un régime d’assemblée, c’est-à-dire que plus il y aurait de monde pour prendre une décision, meilleure elle serait. A mon avis, ce n’est pas le cas. Ça voudrait dire que n’importe quelle décision devrait être votée par tous les socios ? Mon opinion est que le système structurel démocratique actuel, avec une assemblée des socios et une direction avec différentes compétences, est suffisamment démocratique et participatif. Et je rajoute une chose : quand on dit qu’une assemblée de socios avec 500 compromisarios n’est pas représentative, je réponds que nous votons dans 120 bureaux différents et que le résultat de chaque bureau est identique. Ça montre qu’une sélection aléatoire de 500 socios est pleinement représentative de ce que pense la masse sociale. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas écouter les socios, faire des consultations pour connaître leurs positionnements sur un thème donné car les dirigeants doivent toujours les prendre en compte. Il faut toujours écouter les socios car ils sont les propriétaires. Mais attention à ne pas confondre écouter avec donner le pouvoir de décider. Les décisions reviennent aux personnes que les socios ont élues pour les prendre.

Difficile de savoir clairement ce qui se passe au niveau économique, mais la mission du prochain président semble être un retour à l’équilibre entre dépenses et revenus. Quelle est votre analyse de la situation ?

Sur l’aspect économique, il y a des voix qui décrivent des scenarios apocalyptiques qui ne sont rien d’autres que les conséquences générées par la pandémie au niveau mondial. Le Barça ne fait évidemment pas exception. Il est certain que le club a perdu des revenus car le modèle de business qui couvrait les dépenses déjà engagées faisait peu de bénéfices. Le club est très endetté, c’est vrai. La gestion sportive sur la période 2015-2020 a été déficiente et le club est pénalisé économiquement. Par ailleurs, il y a un projet capital, celui de l’Espai Barça. Je ne suis pas préoccupé dans l’absolu, car le Barça sera le premier club au monde à sortir de cette situation grâce au potentiel qu’il détient quant à sa capacité à générer des revenus. Oui, il est important d’avoir une politique sportive responsable et adéquate, avec des salaires que le club peut payer. Mais le potentiel de croissance du club est immense et le projet de l’Espai Barça doit être mené à son terme, sans aucun doute. Il est nécessaire pour avoir un stade au niveau où se situe le club car c’est un outil qui nous permettra d’engranger des revenus. C’est justement de quoi il est question. Il y aura aussi le naming du stade qui sera soit un élément additionnel mais pas nécessairement. A titre personnel, je ne le vois pas comme un objectif à court terme parce que notre stade, peu importe le sponsor, sera toujours le Camp Nou.

Si vous êtes élu président quelle sera la place de la Catalogne et de la politique au sein du club ?

Le Barça a 121 ans d’histoire et ce qu’est le Barça personne ne va le décider, ni moi ni personne qui gèrerait le club. Il continuera d’être ce qu’il a toujours été : un club très lié à la ville, à la Catalogne, avec un catalanisme intégrateur. Avec le Barça, les gens qui viennent d’ailleurs s’intègrent à notre société. Notre club est l’ambassadeur de notre pays, la Catalogne, dans le monde entier. Ça, c’est faire Nation, montrer au monde comment nous sommes, nous les Catalans, au travers du Barça et de sa signification sociale. Cela ne veut pas dire que des intérêts partisans et politiques instrumentaliseront le Barça au profit d’intérêts personnels. A l’heure actuelle en Catalogne, il y a des intérêts politiques qui affirment vouloir un président avec un certain profil politique et prétendent savoir ce que le Barça devrait être selon eux. Dans mon cas, c’est une limite totale à ne pas franchir. Le Barça ne servira jamais des intérêts politiques et partisans mais il sera toujours ce qu’il a toujours été : « plus qu’un club » pour son lien avec la Catalogne et nos valeurs.

Les campagnes électorales sont aussi l’occasion de faire des promesses aux supporteurs, comme par exemple un transfert retentissant ou encore des avantages pour les socios. C’est votre cas ?

Promettre des noms est frivole et, de plus, totalement irresponsable actuellement. Je suis un candidat qui fuit le fait d’associer des noms sans rien derrière. Évidemment, il y a des noms très intéressants qui m’accompagnent et que je ferai connaître quand ce sera le moment. Nous expliquerons notre programme, nos idées et à ce moment-là les gens seront de qui je parle. Les noms qui sortent seront des salariés payés par le club. Quand c’est le club qui paye, c’est très facile de citer des noms. Je fais la différence entre ceux qui sont payés par le club et ceux qui, comme les dirigeants ou le président, sont non seulement payés par le club mais sont aussi responsables du patrimoine du club. Je ne vais pas donner des noms tout de suite, je présenterai mon équipe le moment venu quand la campagne sera lancée. Ce qui compte, j’insiste là-dessus car c’est ce qui est le plus important pour moi, ce sont les idées, les propositions, la connaissance du club et évidemment les socios au centre de ces idées. Nous allons gérer le club en pensant aux socios authentiques, surtout les authentiques, ceux qui participent, ceux qui vivent 365 jours par an et 24/24h Barça, ceux qui viennent au stade, qui vivent avec le maillot du Barça, qui se déplacent, qui vont voir les finales, qui ne laissent pas leur place au stade, qui achètent nos produits officiels. Nous allons nous focaliser sur eux et leur offrir des facilités.

Quelle est la place de la Masia dans votre programme ? Faut-il continuer avec la politique d’achat massive pour le Barça B ?

C’est un désastre complet. La Masia, le fútbol base du Barça, avec en point d’orgue le Barça B, doit générer ses propres talents plutôt que de faire des transferts pour le filial avec des joueurs qui, en plus, n’ont pas le niveau pour jouer avec l’équipe première. On peut aller chercher un jeune joueur de talent pour évoluer avec le Barça B si on pense qu’il pourra bientôt appartenir à l’équipe première. Mais prendre des joueurs systématiquement sans aucun critère est très préjudiciable pour le projet de formation. Nous formons des talents de 6 à 18 ans et le Barça B doit être l’étape finale de cette formation pour ceux qui parviennent à ce niveau.

Êtes-vous confiant quant à l’avenir de Lionel Messi au sein du club ?

J’ai toujours été en contact avec la famille Messi parce que j’étais au club jusqu’en 2015 et j’ai toujours eu connaissance de sa situation à chaque instant. Je suis conscient de sa situation actuelle. Je crois qu’il faut respecter Messi, faire en sorte qu’il se sente bien avec l’équipe afin qu’il réussisse. C’est un gagnant. Il doit tranquillement se remettre de ce qui s’est passé cet été. Je crois que c’est le cas, pour lui comme pour tous. Quand nous serons au club, nous nous assiérons pour parler et trouver la solution qui conviendrait à lui et au club car il y a les deux parties. Messi et le Barça sont liés depuis 20 ans et c’est pour cela que je pense qu’il n’y aura aucun problème pour que Messi continue avec nous, d’abord comme joueur et après comme notre principal ambassadeur.

Quelle est votre opinion sur la SuperLigue européenne ?

Je ne crois pas aux chants des sirènes. Ces choses-là doivent être étudiées à fond. Cette idée est sortie et il est certain que cela puisse devenir un modèle de business, avec des investisseurs, des sponsors, avec le but de donner aux clubs plus que ce qu’ils ont actuellement avec la Ligue des Champions. Évidemment, il faut l’étudier avec l’UEFA pour voir ce qu’il pourrait apporter de plus mais je ne crois pas à un modèle qui pénaliserait les compétitions locales. Je pense que le football doit rendre compatible la coexistence entre les compétitions locales, leur donner du prestige car ce sont elles qui génèrent du football dans chaque pays, avec une grande compétition internationale qui existe déjà avec la Ligue des Champions. Elle pourrait accorder plus de revenus aux club, mais pas avec un projet en rupture. Je ne suis pas partisan de ce genre de projets mais plutôt de ceux réalisés de manière censée.

Comment préparez-vous votre campagne avec cette situation particulière au niveau sanitaire ? 

Nous travaillons depuis un bon moment et nous savons parfaitement quand le bon moment pour commencer à faire connaitre nos propositions et nos idées. Cela sera quand le club convoquera les élections (l’entretien a été réalisé jeudi 12 novembre; la date du scrutin a été officialisé ce vendredi matin : ce sera le 24 janvier 2021, ndlr). Il faut respecter le processus. Je ne crois pas que ce soit bien de faire une campagne électorale quand ce n’est pas le moment. Il y a une commission de gestion pour les questions prioritaires et c’est elle qui convoque les élections. Nous nous tenons prêts à faire connaître nos idées et à présenter tout ce que nous croyons être bon pour le club pour les 6 prochaines années.

Propos suscités et traduits par Tracy Rodrigo et François Miguel Boudet

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