Liga / Granada CF : le fruit est mûr, il faut débuter la récolte !

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Crédits : Iconsport

Le Granada CF est apparu comme un éclair la saison dernière après avoir quitté la Liga dans un déguisement de clown. L’habit ne fait pas le moine : le costume 3 pièces de Tony Adams a laissé la placé à l’étonnant Diego Martínez habitué aux tenues bien plus décontractées. En position de se sortir de son groupe en Ligue Europa, les Nazaris ont pris du coffre et s’ancrent dans le premier tiers du classement. Mais quel est le secret de la réussite des Andalous ?

Deux mois de compétition, 13 matches disputés et une seule petite défaite. Alors que beaucoup d’équipes qui ne sont pas préparées à jouer tous les 3 jours finissent par se plaindre du rythme démentiel et proposent un contenu souvent désastreux, la dynamique de Granada est aux antipodes. Il est vrai que les rotations pour le match face à Atlético qui ont conduit l’unique revers des Nazarís a remis un peu les idées en place de tout le monde. Lors de ce match, les hommes de Diego Martínez ont défendu comme des portes de saloon : 6 balles dans le buffet, soit 2/3 des buts encaissés en Liga jusqu’à présent. Ce dimanche, les Andalous se déplacent sur la pelouse du leader, la Real Sociedad. Avec une ambition simple : continuer de grandir, pas à pas.

Évolution tactique 

Actuellement, Granada est le seul club de Liga à avoir marqué lors de tous ses matches de championnat. Cependant, nulle furia offensive ici avec 9 buts en 7 rencontres. Certes, Graná marque peu, encaisse peu (sauf accident) mais ne s’ennuie jamais. Diego Martinez, le gourou de Granada, cherche la solidité, la cohérence et même la résilience par moments. Pour autant, l’entraîneur révélation de la saison 2019-2020 se remet en question. Diego Martínez est un entraineur fluide, il ne recherche pas à avoir le ballon à tout prix. Ce qu’il aime surtout, c’est s’adapter à son adversaire pour appuyer là où ça fait mal. Une approche qu’il combine avec une volonté de développer les qualités collectives fortes à son équipe.

Lors de la 1re journée de Liga, à l’occasion de la réception de l’Athletic, le ton est donné. Après une 45 minutes faméliques, Yangel Herrera reprend de la tête un service d’Ángel Montoro pour ouvrir le score. Proche de Valencia pendant le mercato, le milieu vénézuélien est resté à l’ombre de l’Alhambra, certes toujours en prêt mais cette fois-ci assorti d’une option d’achat. Excellent la saison dernière, le joueur sous contrat avec Manchester City confirme. Mieux : il est épaulé par Luis Milla, fils de l’ancien international espagnol, passé par Fuenlabrada et Tenerife, enfin arrivé en Liga. C’est lui qui crucifie les Leones au terme d’une chevauchée extraordinaire conclue d’un zapatazo.

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Cet apport des deux milieux relayeurs est une nouveauté pour Granada, habitué à jouer en 4-2-3-1. Le 4-3-3 est apparu la saison dernière, surtout dans les gros matchs, afin de sécuriser l’assise défensive des Nazarís. Le retour d’Herrera et la signature de Milla changent la donne. Le 4-3-3 devient la norme mais il change aussi sur le terrain. Herrera et Luis Milla ont des courses tranchantes avec et sans ballon. Ils sortent rapidement de la pression et peuvent gagner énormément de mètres après avoir cassé une ligne adverse. Alignés ensemble ou non, ils permettent de combler le vide laissé par l’absence d’un milieu plus avancé. La saison dernière, c’étaient surtout les décrochage de Carlos Fernández qui faisaient beaucoup de bien. Désormais, c’est grâces à la proposition des deux intérieurs.

Cet apport se retrouve dans les statistiques. Yangel Herrera est appelé le faux 9 de Granada par la presse. Le milieu international a déjà fait trembler les filets 6 fois en 13 rencontres toutes compétitions confondues. Cette tendance montre bien que Diego Martínez évolue et cette remise en question constante permet à son équipe de conserver un haut niveau de compétitivité, sans pour autant renier ses principes. L’idée est d’ériger un cadre tactique cohérent dans la durée tout en ayant la capacité d’apporter des petites modifications pour ne pas rompre la dynamique de groupe qui se traduirait par une chute au classement.

Une résilience à toute épreuve 

Cette dynamique est aussi permise par la connexion que Diego Martinez possède avec l’ensemble son groupe. Par exemple, lorsque Roberto Soldado, l’un des moteurs de l’équipe, a été absent 15 jours, les Nazarís ont joué des matchs difficiles sans lui mais n’ont pas tremblé pour autant. Les blessures qui ont conduit Antonio Puertas à devenir un latéral est un autre succès du Míster, actuellement à l’isolement après un contrôle positif à la COVID-19 à Chypre où Graná a affronté et battu l’Ominia Nicosie en Ligue Europa jeudi dernier.

Cette harmonie se retrouve également sur le marché des transferts. Granada aime les prêts, d’abord pour sonder la capacité du joueur à s’intégrer dans le groupe. Le club dépense peu. Certes, les Andalous ont dépensé près de 30M€ lors des deux dernières saisons, mais aucun achat n’a dépassé les 7M€, ce qui demeure très raisonnable. Maxime Gonalons, arrivé sur la pointe des pieds  en provenance de la Roma, fait partie de ces prêts concluants qui ont fait de lui un élément essentiel du club. Suspendu, il manquera dans l’entrejeu nazarí contre la Real Sociedad. C’est l’une des réussites de Granada : le club dispose de beaucoup de joueurs importants mais aucun n’est indispensable.

On aime dire que la star d’une petite équipe qui tourne bien, c’est le groupe. A Granada, elle est capable de changer de costumes sans se renier. Battre Getafe 1-0 à l’extérieur en acceptant de devoir lutter plus par les coups qu’avec le ballon juste après avoir proposé une seconde mi-temps de qualité par le jeu face au PSV, c’est la force des Andalous. Ouvrir très tôt la marque face à Levante sur une merveille d’action collective pour ensuite ne rien lâcher à 10 pour arracher un bon nul démontre la capacité de résilience des Nazarís. Diego Martínez a construit un groupe fort, est solide, solidaire, qui ne doute pas de lui tout en ayant une croyance forte dans la philosophie de son coach.

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Cette confiance se retrouve dans les différentes déclarations des joueurs. Yangel Herrera, après la victoire face à Seville l’explique : « Le secret est dans le groupe que nous avons. Tout le club travaille à merveille, chacun fait sa part pour faire avancer Granada« . Avant le 1er match de poule en Ligue Europa, Diego Martínez, confiait quant à lui : « Nous croyons en ce que nous faisons, nous sommes des débutants mais nous avons essayé de jouer sans complexes, comme nous le faisons toujours. Nous voulons à continuer de nous améliorer toujours plus. Et même le jour où nous n’aurons pas de résultats aussi extraordinaires, je continuerai à croire en cette équipe«

Le Granada CF est conscient de son niveau, de ses possibilités et ne veut pas se prendre un autre. Les Andalous savent que rien ne leur est acquis et qu’ils ne pourront jamais se cacher ou fuir lorsque le niveau s’élèvera face à l’adversaire qui refusera d’abdiquer. Cette mentalité donne l’impression d’un effectif jamais submergé ou envahi par le doute. Graná n’a jamais été aussi fort dans toute son histoire et veut capitaliser sur cette bonne passe. En 2020, les Nazarís ont atteint le meilleur classement en Liga de leur histoire. Avant de faire mieux en 2021 ?

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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