ūüéôInterview XXL – Alfonso P√©rez : ¬ę¬†Les choses que moi je faisais, plus aucun joueur ne les fait aujourd’hui¬†¬Ľ

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Alfonso P√©rez a √©t√© form√© au Real Madrid et a √©galement jou√© au FC Barcelone : l’ancien attaquant international √©tait donc tout indiqu√© pour √©voquer le Cl√°sico de ce samedi, dans un contexte tr√®s particulier pour les deux √©quipes. Mais vu qu’on √©tait en compagnie d’une r√©f√©rence du football espagnol, on n’a pas pu r√©sister √† √©voquer avec lui le Betis, Luis Aragon√©s, l’Euro 2000, son passage √† l’OM, le niveau actuel et le stade de Getafe qui porte son nom. Interview XXL avec l’homme aux chaussures blanches.

Entr√© √† La F√°brica du Real Madrid √† 13 ans, Alfonso P√©rez a fait ses classes avec le Castilla avant d’int√©grer l’√©quipe premi√®re qui comportait 4 des 5 membres historiques de la Quinta del Buitre compos√©e d’Emilio Butrague√Īo, M√≠chel Gonz√°lez, Rafael Mart√≠n V√°zquez, Manolo Sanch√≠s et Miguel Pardeza (parti en 1987). En attaque, outre El Buitre Butrague√Īo, Alfonso fait √©quipe avec Hugo S√°nchez, membre √©minent de la Quinta de los Machos comme avait surnomm√© le Mexicain le groupe de joueurs plus √Ęg√©s (Jos√© Antonio Camacho, Paco Buyo, Antonio Maceda et Rafael Gordillo) du Real Madrid, ainsi que deux autres jeunes : Juan Esn√°ider et Ismael Urzaiz.¬†

Au Castilla, vous avez c√ītoy√© Vicente del Bosque comme entra√ģneur. Vous avez √©t√© √† bonne √©cole pour apprendre le m√©tier, une figura madridista et un pr√©curseur.

Il y a toujours eu de bons entra√ģneurs au Real Madrid. La philosophie de jeu que nous avions avec Vicente comme directeur de la cantera et comme entra√ģneur par la suite √©tait tr√®s bonne. A cette √©poque d√©j√† avec lui nous avions des entra√ģnements sp√©cifiques pour les attaquants et avec les joueurs les plus talentueux du centre de formation. Aujourd’hui, c’est une chose qui est habituelle et normale dans les clubs mais nous le faisions d√©j√† au Real Madrid il y a 25 ans. C’√©tait novateur de s’occuper de la sorte des joueurs qui avaient plus de projection vers l’avant. C’est tr√®s important d’effectuer ce travail sp√©cifique pour les attaquants pour am√©liorer leurs capacit√©s, corriger les erreurs et progresser. C’est un travail qui se fait aussi ligne par ligne, comme avec les gardiens pour √©tudier les mouvements, les anticipations des d√©fenseurs centraux, le travail des milieux de terrain. Ce sont toutes les facettes qui arrivent pendant un match o√Ļ toi tu peux travailler avec ton entra√ģneur avec ces exercices de d√©placements, en fonction de la position et du type de joueur dont il s’agit.

Vous avez aussi √©t√© form√© par Mariano Garc√≠a Rem√≥n (surnomm√© El Gato de Odessa, souvent consid√©r√© comme le meilleur gardien de l’Histoire du Real Madrid jusqu’√† Iker Casillas, ndlr) : vous a-t-il aid√© √† mieux comprendre les mouvements en d√©fense ?

C’est surtout par rapport √† la compr√©hension de ce qu’est un gardien en lui-m√™me. Mariano √©tait un grand gardien et il savait beaucoup de choses sur le football. Logiquement, avec son exp√©rience et l’aide qu’il pouvait transmettre aux gardiens de l’√©quipe, notre niveau en attaque augmentait par voie de cons√©quence.

Quand vous passez professionnel, il y a deux monuments en attaque : ¬ę¬†El Buitre¬†¬Ľ et ¬ę¬†Hugol¬†¬Ľ. Difficile d’imaginer meilleures inspirations au quotidien !¬†

Au niveau personnel, Emilio Butrague√Īo a toujours √©t√© d’une grande aide avec moi. J’√©tais un gar√ßon de 18 ans et il me donnait de nombreux conseils. √Čgalement, voir comment Hugo S√°nchez encha√ģnait les frappes pendant et apr√®s les entra√ģnements ainsi que son professionnalisme, c’√©tait un bon reflet des efforts qu’il fallait fournir pour devenir professionnel. Ils ont √©t√© mes professeurs quand j’ai d√©but√© au Real Madrid. Leur exp√©rience m’a beaucoup servi.

Hugo S√°nchez, c’√©tait la d√©finition m√™me de l’olfato, le flair du buteur.

Il √©tait tr√®s intelligent dans la surface de r√©paration. Il pouvait frapper dans n’importe quelle position et sans parler de son jeu de t√™te. Il √©tait toujours l√† o√Ļ le ballon retombait pour tirer ou pousser au fond. C’√©tait l’attaquant typique, il ne pensait qu’au but et il marquait √† chaque fois.

Merengue de formation, Alfonso P√©rez a port√© le maillot du FC Barcelone pendant 18 mois, de juillet 2000 √† janvier 2002. Son passage chez le rival historique, malgr√© un interm√®de de 5 ans au Betis, a provoqu√© quelques remous. L’attaquant a √©galement particip√© √† un Cl√°sico particuli√®rement marquant : celui o√Ļ Figo a failli recevoir une t√™te de porc sur la t√™te. Ce soir-l√†, Alfonso est entr√© √† la 73e minute √† la place de Luis Enrique (lui aussi pass√© du Real Madrid au FC Barcelone mais directement) et a adress√© une passe d√©cisive √† Simao Sabrosa, auteur du 2e but blaugrana.¬†

Y a-t-il des différences entre préparer un Clásico avec le Real Madrid quand on a été à la Fábrica et quand on porte ensuite le maillot du FC Barcelone ?

On le vit de la m√™me mani√®re. Il s’agit de grandes √©quipes, souvent les deux seules √† pouvoir remporter la Liga. Il y a aussi toute la r√©percussion m√©diatique, m√™me si actuellement il ne peut pas y avoir de public, il y aura beaucoup de monde pour le suivre √† la t√©l√©vision. De l’int√©rieur, on le vit avec beaucoup d’intensit√© et de passion tout au long de la semaine.

Vous avez particip√© il y a quasiment 20 ans pour jour pour jour au Cl√°sico del cerdo, avec la t√™te de porc jet√©e sur Luis Figo au Camp Nou. Quelle √©tait l’ambiance ce soir-l√† vu du terrain ?

Il y avait beaucoup de tensions en raison des circonstances. Luis Figo avait sign√© au Real Madrid alors qu’il √©tait une personne tr√®s aim√©e et tr√®s repr√©sentative du vestiaire du FC Barcelone. Florentino P√©rez a √©t√© tr√®s habile pour le ramener √† Madrid et tout le stade √©tait tr√®s crisp√© pour ce qui √©tait arriv√©. Mais finalement ce qui compte c’est ce qui se passe sur le terrain et aujourd’hui Figo vit √† Madrid avec sa famille et il reste un tr√®s grand joueur, reconnu partout dans le monde.

C’√©tait aussi une preuve d’amour pour Figo, un amour trahi parce que c’√©tait le meilleur joueur du Bar√ßa

Je crois que cela a √©volu√©. A mon √©poque, quand tu passais d’un camp √† l’autre, c’√©tait tr√®s mal vu, c’√©tait une trahison. Aujourd’hui, les gens ont √©volu√© et il n’est pas rare qu’un joueur, quand il revient dans son ancien stade, soit applaudi car on reconna√ģt les efforts et le travail qu’il a r√©alis√©s quand il portait ce maillot. Avant, on t’appelait ¬ę¬†pesetero¬†¬Ľ. A pr√©sent, les supporters ont int√©gr√© qu’il y avait toujours des transferts et beaucoup de changements de joueurs. Ce qui est amusant, c’est que des journalistes nous appelaient ¬ę¬†peseteros¬†¬Ľ mais eux ne se sont pas priv√©s non plus de changer de journal, de radio ou de t√©l√©vision et on ne leur a jamais rien dit !

Quand vous avez signé au Barça, vous faites une confession en conférence de presse : quand vous aviez 9 ans, vous étiez pour le FC Barcelone. Vous avez même eu droit à une polémique absurde.

Mais c’√©tait la v√©rit√© ! Mon meilleur ami √©tait pour le FC Barcelone alors moi aussi j’√©tais pour le FC Barcelone. Et quand je suis entr√© au Real Madrid √† 13 ans, je suis devenu supporter du Real Madrid, ind√©pendamment du fait que j’ai jou√© par la suite pour le FC Barcelone parce que j’√©tais un professionnel et que je devais tout donner pour mon √©quipe. Il y a de nombreux joueurs qui, quand ils √©taient gamins, supportaient un club rival comme Guti, Ra√ļl ou Iniesta qui √©tait pour le Real Madrid. Ce sont des choses qui arrivent. Je l’ai dit publiquement et il n’y a aucun probl√®me, c’est ce qui s’√©tait pass√© quand j’√©tais enfant.

Vous n’avez remport√© qu’une Liga en 1995 et une Copa del Rey en 1993 avec le Real Madrid, √† une √©poque o√Ļ le Cruyffisme √©tait √† son apog√©e. Cela devait √™tre difficile de se confronter √† cette philosophie quand on √©tait chez le rival.¬†

J’ai eu la malchance de jouer au Real Madrid quand le FC Barcelone √©tait tr√®s fort et de jouer au FC Barcelone quand le Real Madrid √©tait tr√®s fort. Quand l’un gagnait tout, j’√©tais chez l’autre ! (rires). J’ai gagn√© des titres, j’ai aussi remport√© une Supercoupe avec le Real Madrid (doubl√© lors de la victoire 3-1 √† l’aller, ndlr) et une Copa del Rey avec le Betis mais c’est vrai que j’aurais pu disputer plus de matches, marquer plus de buts et avoir plus de s√©lections avec moins de blessures. Mais en vrai, je ne peux pas me plaindre. J’ai eu la chance de jouer dans de grands clubs, de remporter une m√©daille d’or olympique qui a eu un grand retentissement en Espagne.

Ce n’est pas un troph√©e mais c’est une immense reconnaissance qui vaut tous les hommages : le stade de Getafe, votre ville natale, porte votre nom. Cela vous classe au rang d’ic√īne, comme Fernando Torres √† Fuenlabrada ou Vero Boquete √† Compostelle.

Le plus important pour moi, c’est que le nom du stade a √©t√© choisi apr√®s un vote local effectu√© par toute la population de Getafe. En fait, j’√©tais le sportif le plus connu de la ville. Je n’ai jamais port√© le maillot du Getafe FC mais j’ai toujours v√©cu ici. J’ai entendu dire que le pr√©sident pourrait prochainement renommer le stade avec un naming pour r√©cup√©rer un peu d’argent. Je comprendrais parfaitement et j’imagine que ce n’est qu’une question de temps.

Pour en revenir à 2020, ce Clásico intervient à des moments difficiles pour les deux clubs, surtout pour le Real Madrid qui est sur 2 défaites consécutives. 

Oui et en plus, il y a ce calendrier avec de nombreux matches, y compris internationaux avec des joueurs qui ont parfois fait de longs d√©placements pour retrouver leurs s√©lections. Du coup, les √©quipes travaillent mal pendant la semaine. Tout influe. Alors m√™me si C√°diz et Getafe avaient tr√®s bien pr√©par√© leur match, le Real Madrid et le FC Barcelone ont d√Ľ attendre pour r√©cup√©rer tout le monde et ensuite refocaliser tous les joueurs sur le match de championnat. Il y a souvent un coup de moins bien et c’est ce qui s’est pass√© le weekend dernier.

On a l’impression que de part et d’autre le jeu collectif dispara√ģt petit √† petit en esp√©rant la solution individuelle pour gagner le match

Les entra√ģneurs n’ont quasiment plus de temps pour pouvoir travailler correctement. En l’espace de quelques jours, il y a eu la s√©lection, le championnat, la Champion’s. La semaine prochaine, il y aura de nouveau la Coupe d’Europe. Quand on met tout bout √† bout √ßa devient de plus en plus compliqu√© de travailler.

Attaquant r√©put√© en Espagne, Alfonso P√©rez √©tait un joueur complet, un buteur rac√© auteur de 106 buts en 376 matches de clubs, auxquels il faut rajouter ses 11 r√©alisations en 48 s√©lections avec la Roja. Le Madril√®ne a c√ītoy√© un grand nombre d’entra√ģneurs et de nombreux co√©quipiers sont eux-m√™mes devenus des techniciens (Pep Guardiola, Luis Enrique, Julen Lopetegui notamment). L’homme qui a le plus marqu√© Alfonso est El Sabio Luis Aragon√©s quand ils √©taient au Betis. Chez les Verdiblancos, il a √©t√© le r√©f√©rence en attaque, au point de devenir un joueur embl√©matique du Manquepiedra et de la Liga.¬†

En 1997-1998, vous avez √©t√© couronn√© meilleur joueur de la Liga. C’√©tait avec le Betis et votre entra√ģneur √©tait Luis Aragon√©s. Un personnage capital dans l’histoire du football espagnol.

C’√©tait une personne tr√®s folklorique, tr√®s proche de ses joueurs dont il savait obtenir le meilleur rendement gr√Ęce √† la motivation qu’il transmettait et pour sa mani√®re de dire les choses. C’est une notion tr√®s importante pour un entra√ģneur. Cette proximit√© mais aussi l’exigence √† chaque s√©ance parce qu’il fallait √™tre tr√®s s√©rieux et disciplin√© avec lui. Luis Aragon√©s avait tout √ßa, il savait traiter les joueurs, y compris quand √ßa n’allait pas trop bien. C’√©tait toute la m√©thodologie de cette √©poque, avec des entra√ģnements qui √©taient un peu plus physiques qu’aujourd’hui o√Ļ quasiment tout se fait avec le ballon. Bien s√Ľr, le football a beaucoup √©volu√©, la r√©cup√©ration, les entra√ģnements avec des moyens informatiques qui ont permis d’obtenir des donn√©es tr√®s importantes pour les techniciens. Mais √† cette √©poque, cela n’existait pas. Au niveau professionnel comme au niveau personnel, Luis Aragon√©s a √©t√© le meilleur entra√ģneur que j’ai eu, simplement pour sa fa√ßon de dire les choses face-√†-face. Les joueurs valorisent beaucoup cet aspect. Il y a des entra√ģneurs faux, qui disent que tu es bon mais qui ensuite ne te font pas jouer. Lui te disait ¬ę¬†tu ne vas pas jouer mais si tu am√©liores ton rendement, alors tu joueras¬†¬Ľ. Cette sinc√©rit√© √©tait une des grandes vertus de Luis Aragon√©s et ce n’est pas donn√© √† tous les entra√ģneurs.

Il vouvoyait les joueurs, ce qui n’est pas tr√®s usuel.

Oui, il s’adressait √† nous en disait ¬ę¬†usted¬†¬Ľ mais √ßa ne l’emp√™chait pas de rire avec nous et dire des choses carr√©ment famili√®res mais toujours avec cet ¬ę¬†usted¬†¬Ľ (rires).

Vous avez constitué avec Finidi George, un duo qui est resté dans les mémoires et pas uniquement chez les supporters verdiblancos.

Finidi George fait partie des meilleurs joueurs avec qui j’ai √©volu√©. A cette √©poque, il √©tait un joueur qui faisait les diff√©rences, tout comme le Croate Robert Jarni qui √©volu√© sur le c√īt√© gauche et qui √©tait pour moi une garantie de recevoir de bons centres et de proposer du beau jeu. J’ai toujours dit que ces deux-l√† m’ont √©norm√©ment aid√©. Ce sont des joueurs dont une √©quipe a besoin parce qu’ils apportent du poids pour adresser de bons ballons.

Vu de l’ext√©rieur, on a toujours l’impression que le Betis est un monument du football espagnol constamment entre deux crises sportives ou institutionnelles.

C’est vrai qu’il y a eu des probl√®mes. A titre personnel, j’√©tais sur le point d’entrer dans l’organigramme du Betis il y a 4 ou 5 ans car j’avais fait acte de candidature pour devenir directeur sportif du club mais finalement, cela n’a pas pu se concr√©tiser. Mais c’est vraiment dommage que nous soyons toujours dans cette situation au niveau institutionnel parce que c’est un grand club charismatique avec de nombreux supporters partout dans le monde. Malheureusement, pour une bonne ann√©e, il y en a 3 de mauvaises. C’est quand m√™me dommage de ne jamais faire mieux que la 7e ou 8e place parce que ce sont les comp√©titions europ√©ennes qui t’offrent du prestige et de la reconnaissance.

Certains de vos anciens co√©quipiers sont devenus des entra√ģneurs cot√©s. Est-ce qu’on comprenait mieux le football qu’aujourd’hui ?

Chaque √©poque a ses caract√©ristiques. Cela dit, quand ils √©taient joueurs, la diff√©rence venait d’eux en cr√©ant le d√©s√©quilibre. Ce sont des profils de joueurs que l’on voit de moins en moins. Je ne vois plus le style de jeu d’un Butrague√Īo dans la surface adverse. Cela me manque beaucoup. Il y a √©videmment de bons joueurs aujourd’hui mais plus autant d’actions aussi intelligentes, ou m√™me les passements de jambes, les contr√īles. Il n’y a plus de Marco van Basten, des chilenas d’Hugo S√°nchez, des centres de Jarni et Finidi.

Vous avez √©volu√© avec un grand joueur qui a connu les deux clubs et qui a m√™me entra√ģn√© l’EuroGetafe : Michael Laudrup. On a l’impression qu’il est oubli√© alors qu’il a √©t√© un joueur mythique.¬†

J’ai jou√© avec lui au Real Madrid et c’√©tait un tr√®s grand joueur. Pour moi, Michael Laudrup est un des tout meilleurs avec qui j’ai pu jouer. Et en plus, c’est un type exceptionnel. C’√©tait un r√©gal quand tu √©tais attaquant parce qu’il avait une immense qualit√© de passe. Il ne perdait pas un ballon. Extraordinaire.

Alfonso P√©rez a port√© 38 fois le maillot de la Roja, particip√© √† la Coupe du Monde 1998 et √† l’Euro 2000. Mais son principal fait d’arme avec l’Espagne, c’est le titre olympique conquis √† domicile en 1992 √† Barcelone dans un Camp Nou comble. Lors de la finale contre la Pologne (3-2), il √©tait titulaire. Si la Selecci√≥n Absoluta n’a rien gagn√© et √©tait m√™me surnomm√©e ¬ę¬†la championne du monde des matches amicaux¬†¬Ľ, le passage du Madril√®ne a √©t√© marqu√©e par un doubl√© au bout du suspense lors de l’Euro 2000 qui avait offert le droit de disputer un partidazo contre la France de Zinedine Zidane.

Ce titre olympique, m√™me si c’√©tait avec les Espoirs, a √©t√© le premier grand titre de l’Espagne depuis l’Euro 1964 dans un stade scandant ¬ę¬†Espa√Īa, Espa√Īa¬†¬Ľ ce qui, avec le contexte actuel, comporte un peu de nostalgie.¬†

Oui, c’est tr√®s dur de voir √ßa car √† Barcelone, beaucoup d’Espagnols se sentent Espagnols. Mais vu les circonstances politiques actuelles, c’est parfois tr√®s compliqu√© de le revendiquer

Avec la sélection olympique, vous avez joué avec un autre attaquant emblématique des années 90 : Kiko Narváez. 

Un ph√©nom√®ne, aussi bien comme joueur que comme personne. Nous nous sommes c√ītoy√©s ensuite avec la Selecci√≥n mais on s’est tr√®s souvent affront√©, surtout quand il jouait √† l’Atl√©tico de Madrid et moi au Betis. Nous entretenons une belle amiti√© tous les deux.

Forc√©ment, quand on parle avec vous de la Roja, on doit revenir √† votre doubl√© contre la Yougoslavie lors de l’Euro 2000. Votre but √† la derni√®re seconde lib√®re tout un pays !¬†

C’est un grand souvenir et c’est un moment qui est grav√© chez beaucoup de gens. Je m’en rends quand je discute dans la rue. Ce match a transmis beaucoup d’√©motions et il a eu une grande importance pour l’√©quipe √† ce moment-l√†. Le scenario √©tait fou puisqu’on a gagn√© au bout du temps additionnel contre une grande s√©lection. La Yougoslavie √©tait puissante, et pas seulement en football mais aussi en basket. Ce n’√©tait plus la s√©lection de quand le pays ne faisait qu’un avant l’√©clatement, mais leurs joueurs √©taient tous techniquement tr√®s dou√©s et tr√®s comp√©titifs. C’√©tait un grand moment parce que cela nous a permis de nous qualifier pour les 1/4 de finale.

Quand vous marquez le but de la qualification, on voit Pep Guardiola exulter comme jamais ! 

Avec le temps, on se rend compte de choses inexplicables… C’est une situation personnelle qui lui appartient. Il a ses id√©es que je ne partage pas du tout. Ces histoires d’ind√©pendance, et tout ce qui s’est pass√© √† Barcelone et en Espagne, ont s√©par√© des familles et des amis et √ßa d√©truit le pays.

Alfonso P√©rez appartient √† une g√©n√©ration berc√©e par le mythe de la Furia, dont le style √©tait radicalement oppos√© √† celui qui a triomph√© de 2008 √† 2012 avec la Selecci√≥n. Le probl√®me actuel de la Roja est l’absence de 9 purs. A quoi cela est d√Ľ et comment per√ßoit-il cette √©volution du jeu d’attaque ? L’ancien buteur a la dent dure mais difficile de lui donner tort.¬†

Quand on regarde les effectifs du Real Madrid et du FC Barcelone quand vous en faisiez partie, on se dit que le niveau global √©tait √©norme et qu’il √©tait difficile de se faire une place. Il fallait √™tre patient. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est une qualit√© qui n’existe plus, il faut tout, tout de suite.

Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’argent en jeu. Cela offre plus de s√©curit√© et de garanties et tu ne penses plus √† te battre pour ton poste et pour convaincre ton entra√ģneur. La r√©action est souvent ¬ę¬†je m’ennuie avec cette √©quipe, je veux aller dans un autre championnat¬†¬Ľ. A mon √©poque, sortir d’Espagne √©tait beaucoup plus compliqu√© parce que la Liga √©tait le championnat le plus puissant du monde et tout le monde voulait y venir. A pr√©sent, on voit tellement de football qu’√©videmment les joueurs sont beaucoup plus tent√©s d’aller voir ailleurs. Donc √† partir du moment o√Ļ tu ne joues plus en Espagne, tu peux rebondir en Premier League, en Bundesliga, en Ligue 1. En d’autres termes, tu peux aller dans n’importe quel championnat puissant, chose que tu ne pouvais pas faire auparavant. Sans oublier que jusqu’√† la moiti√© des ann√©es 1990, seulement 3 √©trangers √©taient autoris√©s. C’est pour √ßa qu’il y a autant de transferts et des √©quipes qui changent tr√®s rapidement.

On a l’impression que le niveau des attaquants a r√©gress√©, c’est votre avis ?¬†

Il y a quelques jours, je regardais un match avec mon fils et je lui racontais que les choses que moi je faisais, plus aucun joueur ne les fait aujourd’hui. Faire un passement de jambes pour centrer ou des trucs de ce genre, je n’en vois plus. Je vois surtout des joueurs qui √©voluent sur le c√īt√© qui veulent rentrer dans l’axe. Ils ne centrent pas. Tout est circulation avec beaucoup de passes, de touches de balle, de temps de possession tr√®s long. Je ne parle pas de Messi qui peut faire des choses extraordinaires. Mais je ne vois plus de joueurs qui font ce que je faisais et je le dis tr√®s humblement.

On le voit avec la Roja et m√™me en Liga : il n’y a quasiment plus de joueurs de surface.¬†

Au Real Madrid, il n’y a pas de 9 pur, sorti de Luka Jovic. Karim Benzema n’est pas un avant-centre. C’est un attaquant qui d√©croche pour recevoir le ballon, c’est plus un registre de mediapunta, un joueur qui porte la balle, qui s’incorpore tr√®s bien au jeu mais m√™me s’il marque, ce n’est pas un ¬ę¬†mega-goleador¬†¬Ľ. Il assume le r√īle de buteur mais c’est parce qu’il n’y a pas de joueur avec ce r√īle typique de buteur comme peut l’√™tre Luis Su√°rez qui est un joueur de surface. A l’heure actuelle, c’est vrai qu’il n’y a plus trop de tr√®s grands buteurs. Il y a de tr√®s bons joueurs, qui touchent tr√®s bien le ballon, qui peuvent √©voluer des deux c√īt√©s ou 9 et demi, mais il n’y a plus de ¬ę¬†killers¬†¬Ľ, peut-√™tre aussi parce qu’on ne centre plus autant qu’avant, comme ce que faisaient Finidi et Jarni.

Vous avez r√©cemment retweet√© une vid√©o d’un fan qui dit que vous √©tiez un √Ālvaro Morata des ann√©es 90-2000. Vous voyez une filiation avec lui ?

Je ne sais pas trop. Il faut dire que j’avais des caract√©ristiques particuli√®res. Je pouvais frapper des deux pieds, j’avais des appuis, j’√©tais rapide dans la surface et j’√©tais bon de la t√™te. La v√©rit√©, c’est que j’√©tais assez complet et j’avais des qualit√©s. √Ālvaro Morata est plus grand que moi pour commencer. On a peut-√™tre des points de comparaison mais tout d√©pend du point de vue o√Ļ l’on se place. Chaque joueur a sa fa√ßon de jouer mais √† partir du moment o√Ļ tu peux frapper du droit comme du gauche et avoir un bon jeu de t√™te, tu te rapproches de mon profil.

Pour participer √† la Coupe du Monde 2002, Alfonso P√©rez a fait le choix de l’exil pendant 6 mois. Alors qu’il √©tait au FC Barcelone, l’Olympique de Marseille le recrute sous forme de pr√™t. L’OM n’est pas exactement le meilleur endroit pour se relancer, surtout avec des blessures r√©currentes. Pourtant, son arriv√©e avait provoqu√© de l’enthousiasme dans le marasme.

Vous avez jou√© pendant 6 mois √† l’Olympique de Marseille. C’√©tait en 2002 et le directeur sportif √©tait Bernard Tapie. Comment vous vous √™tes retrouv√© dans cette gal√®re ?

A cette √©poque, j’√©tais au FC Barcelone et ce que je voulais c’√©tait jouer. Et entre Rivaldo et Patrick Kluivert, ce n’√©tait pas simple d’√™tre titulaire. Moi, je voulais disputer le Mondial. Donc je devais trouver une √©quipe o√Ļ j’aurais eu du temps de jeu pour que Jos√© Antonio Camacho me convoque avec la Selecci√≥n. Finalement, il a choisi Pedro Munitis. Je suis venu en France, √† l’OM qui est un club historique et un lieu tr√®s sp√©cial. Ce fut une belle exp√©rience en vrai. Mais j’ai d√Ľ me remettre d’une blessure aux ischios-jambiers que j’avais contract√© √† Barcelone. A l’OM, je n’ai pas pu jouer √† 100% comme je l’esp√©rais.

C’√©tait l’auberge espagnole √† l’√©poque, avec une tr√®s grande quantit√© de joueurs avec des niveaux tr√®s disparates. Vous n’√©tiez pas le seul Espagnol puisqu’il y avait Alberto Rivera, annonc√© par Bernard Tapie comme le ¬ę¬†Zidane espagnol¬†¬Ľ !

C’√©tait vrai qu’il y a beaucoup de joueurs et diff√©rentes nationalit√©s. Avant de signer √† l’OM, j’avais discut√© avec Javier Clemente, Iv√°n de la Pe√Īa et Rafael Mart√≠n V√°zquez qui connaissaient le club de l’int√©rieur et ils m’avaient tous parl√© en bien du club. Effectivement, Bernard Tapie √©tait un personnage tr√®s particulier et il dirigeait le club de la mani√®re qu’il croyait √™tre la meilleure et la plus opportune √† ce moment-l√†.

Tout au long de votre carri√®re, vous avez jou√© dans des clubs o√Ļ l’afici√≥n est tr√®s pr√©sente et importante. D’une certaine mani√®re, le Betis et l’OM ont un peu le m√™me fonctionnement institutionnel et populaire. Est-ce qu’il est plus simple de jouer avec des supporters exigeants ?

Tout d√©pend des personnes. Mais si tu gagnes l’affection des gens et leur reconnaissance en tant que joueur important, alors cela te donne de la confiance. En revanche, si tu descends dans ce genre de stades et qu’on te siffle, √ßa devient beaucoup plus difficile. L’important c’est de se sentir bien, parce que √ßa les supporters le valorisent et c’est ce qui permet d’avoir le meilleur rendement. On en revient au r√īle de l’entra√ģneur qui doit savoir g√©rer son effectif car chaque joueur a sa mani√®re d’√™tre et de penser et il a besoin de se sentir entour√© et en confiance pour le rendre sur le terrain. L’afici√≥n veut que tu joues bien. C’est ce qui s’est pass√© pour moi √† mes d√©buts au Real Madrid et surtout au Betis o√Ļ j’√©tais tr√®s aim√©.

Avant de finir, il y a une question à laquelle il est impossible de déroger : pourquoi les chaussures blanches ? 

Alors les chaussures blanches, c’√©tait un pari avec le directeur g√©n√©ral de Joma. C’est un ami et comme ils avaient dessin√©s des chaussures blanches, il m’a dit qu’il m’inviterait au restaurant si je les portais. Je n’√©tais pas vraiment superstitieux et c’est un beau coup marketing pour Joma. Du coup, je l’ai fait et √ßa a fait l’effet d’un ¬ę¬†boom¬†¬Ľ. A partir de ce moment-l√†, tout le monde a voulu porter des chaussures diff√©rentes, les √©quipementiers ont adapt√© leurs formats, les couleurs, les crampons. Au Bar√ßa j’en ai m√™me port√© des dor√©es. Il y a eu un avant et un apr√®s dans le monde du football parce qu’avant toutes les chaussures √©taient noires et j’√©tais le seul √† les avoir blanches.

Propos suscités et traduits par François Miguel Boudet

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