Athletic : Álex Berenguer, un recrutement autant sportif que politique

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Alex Berenguer lors de sa présentation. Elizegi à gauche, Alkorta à droite. [Crédits : El Correo]

Il a répondu aux attentes placées sur lui dès sa 1re titularisation. En ouvrant le score à San Mamés contre Levante, Álex Berenguer a débloqué le compteur d’un Athletic qui ne trouvait plus le chemin des filets à domicile. Le recrutement de l’ailier semble être une bénédiction pour l’effectif de Gaizka Garitano, mais également pour sa présidence. Durement critiqué depuis plusieurs mois, le président Aitor Elizegi a sorti le chéquier pour calmer les ardeurs. Une bonne opération… aux effets éphémères ?

La période pandémique comme humiliation

Le retour de la compétition en juin dernier n’est pas favorable à l’Athletic. Les résultats ne suivent pas et l’absence de supporters à San Mamés ouvre une brèche dans l’ancienne forteresse. La situation retombe sur Gaizka Garitano – sans pour autant épargner l’effectif – et sa direction. Tous sont remis en question par l’afición qui exprim sa nostalgie de l’époque Txingurri Valverde, tout en faisant de l’œil à d’autres coaches au chômage. Pour inverser la donne, Aitor Elizegi, le président des Leones, comprend qu’il faut apporter de la nouveauté à l’équipe.

La concertation sur les gradins d’animation, demandée par les supporters depuis plusieurs années, aurait dû être la meilleure solution. Mais l’absence de public dans les stades depuis l’épidémie, ajoutée aux réticences tacites du président à ce sujet, ont conduit à la recherche d’une autre option. Elizegi estime que la pandémie a fait perdre environ 20M€ à l’Athletic. Un chiffre loin d’être minime dans le portefeuille du club. Mais pour calmer la colère populaire, passer par le recrutement devenait nécessaire. Le président est donc parvenu à trouver des fonds.

Garitano espère beaucoup de Berenguer [Photo de IconSport]

Deux noms étaient régulièrement évoqués par la presse : Javi Martínez et Fernando Llorente, deux glorieux anciens. Pour le premier, les contacts avec le Bayern ont abouti mais le milieu aurait refusé de trop baisser son salaire. Fin des négociations. Les choses ont pris une toute autre mesure avec Llorente. L’attaquant du Napoli aurait été demandé par l’effectif actuel, qui aurait fait pression sur Rafael Alkorta. Cette version est confirmée par le directeur sportif lui-même, reconnaissant que « ce sont les joueurs qui ont initié les contacts avec Llorente ». Une déclaration contestée par le président deux jours après. L’attaquant n’est pas recruté et la direction perd toute crédibilité.

« Berenguer aurait dû être à l’Athletic depuis quatre ans »

Elizegi et Alkorta parviennent finalement à recruter un joueur bien connu des supporters de l’Athletic : Álex Berenguer. Suivi par le club basque depuis avril 2016 – les médias annonçaient alors qu’il « était devenu la priorité du club » –, il a rejoint en octobre les rangs zurigorriak. Par ce recrutement, la direction du club calme les ardeurs des supporters. Les recrues sont rares à l’Athletic et l’afición espère beaucoup des jeunes talents du centre de formation. Au même poste que Berenguer, Jon Morcillo avait gagné les ferveurs des socios en montrant une énergie et une intelligence rare pour un joueur qui vient de fêter ses 22 ans.

Avec Berenguer, Elizegi et Alkorta réussissent ce que Josu Urrutia n’était pas parvenu à faire. À l’époque où il était à Osasuna, l’ailier était courtisé par l’Athletic mais cadenassé par le club navarrais. Soucieux de  ne pas laisser partir sa pépite à un rival, les Rojillos finalement accepté une offre de 7M€ en provenance d’Italie. Une « clause anti-Athletic » avait été signée avec le Torino, stipulant qu’en cas de vente de Berenguer à l’Athletic, le club transalpin devraient verser 1.5M€ à Osasuna. Difficile de savoir si cette clause a réellement été appliquée, plusieurs avocats ayant pointé son illégalité.

Berenguer lors de son premier match avec l’Athletic [Photo de IconSport]

Quoi qu’il en soit, Álex Berenguer a signé à l’Athletic pour 10.5M€. « Il aurait dû être à l’Athletic depuis quatre ans » martèle rapidement Javier Clemente sur Onda Vasca. L’ancien entraîneur pointe ici l’échec de la précédente direction et donc le succès de celle d’Elizegi. Encore faut-il que l’ailier soit à la hauteur des espérances.

Un apport offensif nécessaire à Garitano

L’utilité de Javi Martínez et Fernando Llorente était douteuse. Le premier aurait voulu prendre la place d’un Unai López qui s’illustre match après match tandis que le second est âgé de 35 ans et à la traîne depuis plusieurs années. En optant pour l’agilité d’un joueur tel qu’Álex Berenguer, l’effectif de Garitano gagne sensiblement en potentiel offensif. Et c’est très exactement ce qui manque à cette équipe, où l’actuel meilleur buteur, l’inoxydable Raúl García, joue au poste de pivot.

À 25 ans, Berenguer doit apporter sa touche créative. Combiné avec un Iker Muniain positionné en 10, il doit créer les opportunités et ainsi espérer rouvrir le compteur d’un certain Iñaki Williams. L’Athletic dispose de joueurs physiques qui savent gagner des duels aériens tout autant que surprendre le gardien à longue distance. Raúl García est évidemment la référence bien qu’Unai López s’en montre capable depuis septembre. Mais aucun d’eux n’est capable de créer et générer une occasion ex nihilo. Au meilleur de sa forme, Williams a su s’illustrer dans ce domaine. Aujourd’hui, la pantera vasca doit être lancée en profondeur pour y parvenir.

Lors de la célébration du premier but de Berenguer [Crédits : Athletic Club]

Álex Berenguer sait le faire. Timide lors de son entrée contre Alavés (défaite 1-0), il s’est montré progressivement plus entreprenant contre Levante. Son ouverture du score, alors qu’il était sur le point d’être remplacé, a démontré tout ce qu’on attend de lui. Maigre et de petite taille, il est pourtant parvenu à se défaire physiquement de la défense granota, jusqu’à tromper le gardien. Sa connexion avec Muniain lors de la rencontre est à la hauteur de ce qu’avaient prédit les observateurs.

Une solution qui risque d’être éphémère

Avec ce recrutement, Elizegi calme temporairement les critiques à son égard. La récente humiliation que sa direction a subi en conférence de presse, ajoutée à ses déclarations en nette opposition avec celles d’Alkorta, ont cependant affecté sa crédibilité. Pour espérer calmer des socios qui perdent patience, le président devra opter pour une rapide concertation avec eux. Avec le thème conflictuel de l’animation à San Mamés, Elizegi a une carte à jouer en sa faveur.

Mais s’il continue de retarder les discussions à ce sujet, les socios se montreront rapidement plus offensifs. D’autant plus depuis qu’il s’est mis, ainsi qu’Alkorta, la majorité des supporters à dos en recrutant Bibiane Schulze Solano dans l’équipe féminine. L’arrivée de cette Allemande de naissance, descendante d’un León des années 1920, ne correspond pas à la politique historique de recrutement.

Berenguer après avoir démontré son agilité [Crédits : Athletic Club]

Álex Berenguer est donc une solution sportive mais également politique. Ses bonnes performances doivent servir de bouclier à l’actuelle direction, mais une prestation négative changerait immédiatement la donne. Le visage montré par l’Athletic contre Levante est prometteur et devrait servir de déclic à cette équipe. L’avenir sportif s’éclaircit pour le club basque, au contraire de la présidence, qui reste dans la turbulence.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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