Segunda / Las Palmas en état de décomposition avancée ?

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Depuis le départ de Quique Setién, l’UD Las Palmas navigue en eaux troubles. Son président Miguel Ángel Ramírez est sous le coup d’une enquête pour fraude fiscale qui pourrait lui valoir jusqu’à 73 ans de prison, la pelouse est dans un état lamentable et les espoirs de remontées en Liga sont infimes. 

Sans remonter à Antonio « Tonono » et au titre honorifique de vice-champion d’Espagne en 1969, Las Palmas et Gran Canaria en général ont toujours été une terre d’artistes du football. Le passage de Quique Setíen (2015-2017) a fait honneur à cet héritage mais depuis son départ, l’équipe première a connu de nombreux problèmes qui l’ont expédié dans le ventre mou de la Segunda. Depuis 3 ans, 7 entraîneurs se sont succédé : Manolo Márquez, Pako Ayestarán, Paquito Ortíz, Paco Jémez, Manolo Jiménez, Paco Herrera et enfin Pepe Mel qui offre de la stabilité sportive au club depuis mars 2019. Car pour ce qui est de la stabilité institutionnelle, l’UDLP pourrait connaître des mois agités.

Ramírez, président dans la tourmente judiciaire

Depuis 15 ans, les destins de Miguel Ángel Ramírez et de l’UD Las Palmas se confondent. Celui qui avait créé une entreprise de transport de biens en 1990 avant de se convertir en roi de la sécurité à partir de 1995 avec la Seguridad Integral Canaria qui a compté 5000 employés (elle a été revendue en 2018 et cessé son activité en 2019, ndlr) a été le sauveur des Pio Pio, alors que le club végétait en Segunda B et accusait une dette totale de 72M€. A 51 ans, Ramírez est un personnage incontournable des Canaries. Il est le fondateur et le président du Grupo Ralons spécialisé dans les services dans des secteurs aussi diversifiés que la propreté, les crèches, la gestion de centres sportifs, la saison, le climat, la formation.

A Las Palmas, Ramírez est particulièrement influent car il est générateur d’emplois. Les ramifications sont nombreuses et il n’est pas si simple de trouver des interlocuteurs pour évoquer publiquement les agissements supposés de l’homme fort de Gran Canaria. Le président est roué, ses sociétés ne sont pas à son nom, ce qui cloisonne les risques. Plus que riche, Ramírez est puissant et son réseau politique et entrepreneurial lui garantit la clémence de la justice. S’il sait comment naviguer entre les enquêtes judiciaires, cela n’est pas toujours suffisant. D’après les information d’El País, Ramírez risque 73 années de prison (en Espagne, contrairement à la France, les peines sont cumulatives, ndlr) pour une fraude fiscale de plus de 21M€. Parmi les biens susceptibles d’être saisis figurerait l’entreprise détentrice à 52% de l’UDLP. Cela pourrait-il signifier la fin de l’ère Ramírez ? Rien n’est moins sûr. Si depuis plusieurs saisons, une partie des supporters souhaite son départ, un proche pourrait prendre la suite, à commencer par son frère Héctor, président de l’UD Tamaraceite qui vient d’accéder à la Segunda B.

No Pedri no party ?

Quique Setién était l’arbre qui cachait la forêt. Transferts douteux, structures lacunaires, manque de transparence : sans l’entraîneur qui lui avait permis d’ambiancer la Liga, l’UDLP s’est effondrée en moins d’une saison. Le passage au purgatoire pourrait donc durer encore quelques temps, avec le risque de connaître un destin à la Deportivo de La Coruña. Si Pedri a été un rayon de soleil, il semble que l’UDLP soit reparti sur un cycle d’au moins une saison pour rebâtir un projet viable. 9e la saison dernière, les Pio Pio ont échoué à seulement 4 points de la 6e place qualificative pour les barrages d’accession.

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L’intersaison a fait du dégât puisque, en plus de la pépite du FC Barcelone qui est repartie en Catalogne, 18 autres joueurs ont plié bagages dont Mauricio Lemos, revenu se faire la cerise en provenance de Sassuolo, Jonathan Viera prêté par le Beijing Guoan, Tana, Juanjo Narváez et Rubén Castro, le buteur maison (15 buts en 24 matches la saison dernière) parti chez le promu Cartagena. Pour l’heure, il reste les vieux de la vieille : l’inénarrable capitaine Aythami Artiles (24 ans), les frères Javi et David Castellano (32 ans), Sergio Araujo (28 ans) à moins qu’il ne reparte en prêt à l’AEK Athènes pour la 4e fois depuis 2017, auquel s’ajoutent le gardien Raúl Fernández (32 ans) arrivé en 2018 et Martín Mantovani (36 ans), ex capitaine de Leganés. De quoi sensiblement remonter la moyenne d’âge qui est de 26,8 ans.

« Une putain de honte »

Avec une défaite inaugurale à Leganés (1-0) et d’un match nul rocambolesque à domicile contre Fuenlabrada (3-3 après avoir mené 2-0 puis avoir été mené 2-3), Las Palmas commence la saison 2020-2021 modestement. Lors de la conférence d’après-match, Pepe Mel a fustigé une décision arbitrale mais il a surtout envoyé un sacré scud sur sa direction. La raison ? Des conditions de jeu intolérables pour une équipe professionnelle : « la pelouse de l’Estadio de Gran Canaria et de Barranco Seco (le centre d’entraînement), c’est une putain de honte ! ».

La cause serait un champignon envahisseur qui a attaqué la pelouse en raison des températures élevées, de l’humidité et de l’absence de vent. Si la société en charge de l’installation a promis une amélioration, Pepe Mel n’est pas prêt de trouver une « prairie » pour reprendre son expression. Une problématique supplémentaire au moment de proposer un jeu au sol.

Opposé au Real Zaragoza en ouverture de la 3e journée à la Romadera (16h), l’UDLP aura au moins un avantage physique sur les Maños qui débutent leur saison seulement maintenant, exemptés des deux premières levées en raison de leur participation aux barrages d’accession de Liga. Ce sera l’occasion de se mesurer à un club qui vise chaque saison la montée et qui finira bien par y parvenir si sa déveine s’évapore. Cette saison s’annonce particulièrement compliquée pour les Pio-Pio. Soit ils parviennent à faire abstraction des péripéties en coulisses et se rassemblent autour d’un projet commun avec leur coach charismatique, soit ils coulent. Dans une Segunda très homogène, on ne peut jurer de rien, sauf qu’il se passera toujours quelque chose de fou à Las Palmas.

François Miguel Boudet
(@fmboudet) 

 

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