Osasuna – Rien n’est donc simple pour Chimy Ávila

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La première rupture des ligaments croisés de Chimy, en janvier 2020 [Crédits : Mundo Deportivo]

Gravement blessé au genou pour la deuxième fois de l’année, Ezéquiel ‘Chimy’ Ávila retrouve le chemin de l’infirmerie. Mais pour l’attaquant d’Osasuna, cette déroute médicale est à l’image de sa vie. Jamais simple. 

Se faire les ligaments est l’une des plus grandes craintes de tout joueur de football. Mais se les faire à deux reprises, environ deux semaines après avoir récupéré de la première blessure, c’est pire. En janvier dernier, à la 55e minute du match contre Levante, Chimy Ávila fait du Chimy. L’Argentin joue le pressing sur le défenseur Ruben Vezo, avant de d’élancer son pied vers le Portugais. Celui-ci parvient à l’éviter, Chimy frappe la pelouse. Son genou gauche ne supporte pas le choc et l’attaquant se retrouve au sol. Fidèle à lui-même, il tente de se relever. En vain. Chimy Ávila le comprend de suite, son ligament croisé est rompu. Il sort sur civière.

Impossible pour lui de terminer la saison, tous ses espoirs viennent donc sur la suivante. Fin août, les médecins lui donnent le feu vert. Il peut participer à la présaison, et ainsi espérer retrouver sa place à Osasuna. Il ne faudra pas attendre trois semaines pour que les objectifs du joueur prennent un nouveau coup. À l’entraînement matinal du 9 septembre, Chimy se retrouve à nouveau au sol, accompagné d’une sensation qu’il connaît malheureusement bien. Les ligaments, encore une fois. Une rechute ? On aurait pu l’imaginer. Le joueur est un battant, impatient et voyant les choses en grand. Mais non, c’est bien son genou droit qui est cette fois touché.

Chimy lors de sa seconde blessure aux ligaments, à l’entraîneur en septembre dernier [Crédits : AS]

Avant la Liga, un chemin plein d’embûches

Chimy Ávila est un joueur qui tape à l’œil dès qu’on le voit jouer. Il a eu le même effet auprès des journalistes de Furia Liga, et notamment Benjamin, qui a écrit sur l’histoire puis sur le jeu de l’attaquant. S’il est difficile de résumer son style de jeu à un seul mot, tant Chimy est bon avec et sans balle au pied, il est plus aisé de caractériser la vie de ce joueur : Difficile.

Naître dans un quartier pauvre de Rosario n’est jamais facile. De l’aveu du joueur lui-même, il avait « le choix entre aller en prison, ou devenir footballeur ». Il a fait le choix de la légalité, sans pour autant parvenir à faire ses preuves. Lorsqu’il trouve enfin la stabilité, au sein de Tiro Federal, le président du club l’accuse de tentative de vol et vire celui qui a alors 19 ans. Chimy Ávila se retrouve sans rien, obligé de multiplier des jobs peu agréables pour entretenir sa famille. Durant cette sombre période d’un peu moins de deux ans, sa femme donne naissance à leur première fille.

L’espoir renaît lorsque San Lorenzo le recrute, et lui montre la confiance nécessaire à l’épanouissement de l’attaquant. En 2017, il est prêté en seconde division espagnole, dans les rangs de Huesca. Les choses s’assombrissent de nouveau. La famille du joueur n’a pas pu faire le voyage outre-Atlantique et malgré que la langue soit la même dans les deux pays, Chimy Ávila ne se sent pas à sa place en dehors de l’Argentine. Son entraîneur, Rubi, parvient cependant à lui prouver l’importance qu’il peut avoir à Huesca. Cette preuve de confiance est un nouveau déclic pour l’attaquant, qui participera finalement à la montée en Liga.

Chimy Ávila sous les couleurs de Huesca [Photo de IconSport]

Une place bien trouvée en Liga

L’équipe de San Lorenzo accepte de prêter à nouveau son joueur, espérant qu’elle lui permette de prendre son envol définitif. Un envol qui rimerait donc avec rémunération pour le club argentin. Sa première saison dans l’élite espagnole ne se passe pas bien. Du moins, pour son club, qui finit logiquement par être relégué en 2019.

Mais pour Chimy, les choses sont différentes. Le caractère de l’attaquant, reflet de son passé, frappe les défenseurs adverses comme les observateurs du football espagnol. Ezéquiel Ávila est le joueur que l’on rêve de montrer à son oncle, lorsqu’il nous affirme que « tous les footeux sont des simulateurs, qui passent leur temps à se rouler par terre ». Celui qui a alors 25 ans ne reste jamais au sol. Très efficace pour presser la défense, aidé par son physique lorsqu’il s’agit de la dépasser, l’attaquant est craint par les plus grosses équipes. Sevilla en a fait les frais en mars 2019, lorsque l’Azulgrana a marqué le but victorieux à la 98e, rendant fou de joie le stade d’Alcoraz.

Sa vitesse, son caractère combatif ainsi que sa capacité à tirer des deux pieds en font un joueur des plus convoités. La relégation de Huesca le transforme en cible de choix, et de nombreux clubs européens approchent San Lorenzo. Mais c’est finalement Osasuna et sa chaude ambiance qui ont fait craquer le natif de Rosario. Les Navarrais acceptent de signer un chèque de 2,7 millions d’euros pour celui que l’on surnomme désormais « El Comandante », en référence à sa célébration militaire sur chacun de ses buts.

El Comandante Ávila [Crédits : LaLiga]

Démonstration à Osasuna mais rêves de grandeur

Pour son premier match officiel avec Osasuna, en ouverture de la saison 2019/20, Chimy marque. Un but très important, puisqu’il permet aux Rojillos de débuter la Liga avec les trois points. Il enchaîne les buts de novembre à décembre, devenu le joyau du stade d’El Sadar. Son public cherche un joueur à acclamer, et ce dernier est littéralement porté par l’ambiance latina présente dans la capitale de Navarre.

Sportivement, les choses se passent pour le mieux. L’attaquant est sur tous les ballons, collectionne les cartons jaunes de par son agressivité mais inquiète toutes les défenses. Parfois positionné sur le couloir par Jagoba Arrasate, Ezéquiel Ávila est cependant bien plus à l’aise lorsqu’il se retrouve seul à la pointe de l’attaque. Il n’a aucun mal à traverser le terrain en courant et son endurance peut presque remarquablement inquiéter. Il ne manquera pas de s’illustrer dans la rocambolesque défaite 3-4 contre la Real Sociedad, où il donnera espoirs à une équipe menée 0-3.

Mais Chimy a des rêves de grandeur. Peu après sa première rupture des ligaments croisés, il laisse échapper une phrase sur Fox Sports, qui lui vaudra des critiques pleines de déception, davantage que de colère. « Si je ne m’étais pas blessé, je serais rentré au Barça comme un cochon aux patates douces » affirme-t-il lors de l’interview. Cette expression culinaire, ici traduite littéralement, signifie qu’il aurait rejoint le Barça sans la moindre difficulté. Une prise de position qui n’a pas été du goût des supporters d’Osasuna, qui ont pointé du doigt un manque d’implication de Chimy à Osasuna. Il a ensuite présenté ses excuses, affirmant vouloir se donner à fond dans ce club.

Vous aussi, vous l’entendez crier ? [Photo de IconSport]

Une nouvelle saison compliquée à venir

Qu’il présente ses excuses ou non, il ne fait aucun doute que Chimy Ávila aimerait avoir une renommée internationale, devenir une star bien au-delà des frontières de Navarre. Ce serait comme une vengeance sur la vie et sur tous ceux qui n’ont pas cru en lui. Mais cette seconde rupture des ligaments croisés intervient comme une illustration de la vie laborieuse de l’Argentin. Impossible pour lui de se faire pardonner des fans d’Osasuna, qui sans exception attendaient son retour sur les pelouses.

Le caractère de battant d’Ezéquiel Ávila devrait l’aider à surmonter cette nouvelle épreuve, aussi bien mentalement que physiquement. Il en aura besoin, il est extrêmement difficile pour un joueur de revenir des croisés, mais d’autant plus lorsque son autre genou droit se les fait, à quelques jours de la récupération du gauche. « Aujourd’hui je commence une autre bataille que la vie m’impose et que je surmonterai à nouveau. Plus la route devient difficile, plus Dieu multiplie mes forces […] et plus mes victoires seront grandes » a écrit Ávila sur Twitter.

L’image que les supporters d’Osasuna ne sont pas les seuls à vouloir revoir [Photo de IconSport]

Il a perdu la deuxième moitié de la saison dernière, il perdra la première de l’actuelle. Les défis ne cessent d’être de taille pour lui. En mars prochain, si sa récupération s’est bien passée, il devra faire avec deux genoux considérablement fragilisés. Mais rien ne semble être en mesure d’arrêter El Comandante.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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