Roja / Les enseignements d’Allemagne-Espagne (1-1)

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La Roja a arraché le match nul en Allemagne (1-1) grâce à un but opportuniste de José Luis Gayà à la dernière seconde d’une rencontre où 4 joueurs ont débuté avec la Absoluta. Avec une équipe composite, Luis Enrique peut se satisfaire de ce résultat et de quelques vraies satisfactions. Mais on a encore du mal à voir l’Espagne redevenir une nation forte d’ici l’Euro.

D’un point de vue comptable, ramener un point d’Allemagne est une bonne affaire, si tant est que la Ligue des Nations revêt une quelconque importance. L’abnégation de la Roja pour arracher le match nul dans les ultimes instants démontre l’existence d’un certain état d’esprit. Après les échecs de 2014, 2016 et 2018 qui ont à la fois découlé d’une fin de cycle et d’un manque de cohésion collective, c’est un aspect qui ne saurait être galvaudé, surtout au moment où Luis Enrique veut lancer une nouvelle génération. Pour autant, cela ne suffit pas pour établir des certitudes quant au jeu développé.

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De Gea, un match de numéro 1

Si Robert Moreno avait installé une concurrence entre David De Gea et Kepa Arrizabalaga dans les cages, Luis Enrique a renouvelé sa confiance au gardien de Manchester United qui le lui a bien rendu avec 6 parades. Il faut dire que DDG a senti le vent du boulet et est arrivé avec…5 jours d’avance à Las Rozas pour travailler. « Les experts en coaching sportif ont l’habitude d’invoquer l’enfance pour que leurs clients retrouvent le plaisir du jeu et atteignent un état de concentration et de fluidité mental qui leur permet d’élever leur rendement », écrit Ladislao J. Moñino dans les colonnes d’El País ce vendredi matin.

Au côté de Miguel Ángel España, son entraîneur dans les catégories inférieures, et de José Manuel Ochotorena qui est en charge des gardiens de la Absoluta, De Gea a mis les bouchées doubles pour conforter le sélectionneur dans son choix. Si Luis Enrique a affirmé que n’importe lequel des trois gardiens auraient pu jouer à Stuttgart, il n’a évidemment pas manqué de saluer la performance de l’ancien gardien de l’Atlético : « il est critiqué quand il commet des erreurs alors, de la même manière, il faut lui faire la ola après un tel match, a déclaré Lucho en conférence de presse. Je me fie beaucoup aux sensations, à ce que transmettent les joueurs pendant les entraînements. Les trois auraient pu jouer. Je vois beaucoup de matches de Premier League et la saison de David n’a pas été si mauvaise. Lui et Kepa ont les épaules très larges ». Arrizabalaga aura-t-il sa chance contre l’Ukraine ? Si tel est le cas, le Basque devra réaliser un très gros match pour maintenir la concurrence.

Une charnière encore en phase de test

Chantier majeur de la Roja, la charnière n’a pas vraiment convaincu. Si sur les côtés Dani Carvajal et José Luis Gayà offrent des garanties et que leurs remplaçants, respectivement Jesús Navas et Sergio Reguilón, sont des doublures de luxe, l’axe de la défense espagnole laisse à désirer. Contre l’Allemagne, Luis Enrique a aligné le duo Sergio Ramos-Pau Torres. L’Asturien a fait un choix fort : déplacer le capitaine axe droit et mettre le central de Villarreal à gauche, son positionnement préférentiel. Le bilan est mitigé, l’action du but de Timo Werner en étant une illustration avec le Madridista à l’arrêt et le Groguet en retard. Pau Torres a souvent été pris dans le dos, ce qui peut aussi s’expliquer par le niveau quelconque du milieu de terrain, principalement Sergio Busquets et Fabián Ruíz. Qui jouera dans l’axe contre l’Ukraine ? Si Sergio Ramos est indéboulonnable, son binôme n’est pas encore clairement établi. Et en la matière, Luis Enrique dispose surtout du choix de l’embarras. Diego Llorente et Eric García ont l’avantage d’être droitiers, ce qui devrait avoir son importance pour mettre le capitaine dans les meilleurs conditions.

Thiago enfin leader

Il a beau être pétri de talent, Thiago Alcantara a toujours eu une tendance à se regarder jouer pour reprendre le titre de l’article d’Orfeo Suárez dans El Mundo. Cet aspect nonchalant peut le conduire à des pertes de balle évitables, voire de perdre le fil du match, ce qui a ralenti sa progression avec la Roja. Désormais, il semble improbable de le sortir du XI. Le futur ex-joueur du Bayern Munich est le directeur du jeu espagnol. Ses qualités ne sont plus à démontrer mais à présent, à la lumière de ses prestations, les exigences vont augmenter. Sa première mission sera d’emmener dans son sillage ses coéquipiers du milieu. A force de n’être plus que l’ombre de lui-même, Sergio Busquets est devenu fantomatique. Quant à Fabián Ruíz, il reste beaucoup trop quelconque pour avoir une véritable influence. Jadis force de la Roja, l’animation dans l’entrejeu est devenue une faiblesse. Le match nul contre une Allemagne très remaniée ne doit pas faire oublier que ce secteur est en jachère depuis 8 ans. Les entrées de Mikel Merino et Óscar Rodríguez, qui fêtaient tous les deux leur première cape, illustrent ce besoin d’envisager de nouvelles combinaisons.

Attaque toujours brouillonne 

Le secteur offensif de la Roja n’a pas franchement rassuré. Davantage 9 et demi que buteur, Rodrigo Moreno s’est créé plusieurs occasions mais n’a pas trouvé la cible. Un résumé de toute la ligne d’attaque espagnole avec un Ferran Torres très attendu pour sa 1re sélection et qui, malgré un centre décisif qui a abouti à l’égalisation de son ancien coéquipier blanquinegro José Luis Gayà, n’a pas marqué les esprits. Aligné à gauche au coup d’envoi, il s’est ensuite définitivement installé à droite avec l’entrée d’Ansu Fati à la place de Jesús Navas, redevenu ailier droit l’espace d’une mi-temps et preuve du manque d’expérience de ce groupe. Le retour d’Adama Traoré offre une nouvelle possibilité à Luis Enrique pour le côté droit.

Ce match nul a le mérite d’offrir des espoirs et du temps au sélectionneur. L’Espagne n’est plus une équipe dominante et a besoin de se réinventer. Avec un gardien de but conforté et un meneur de jeu qui se détache enfin, le déplacement en Allemagne a été bénéfique. Etape par étape, Luis Enrique bâtit son groupe dans un contexte défavorable pour les expérimentations. Le match contre l’Ukraine sera sûrement l’occasion de redessiner le milieu pour mieux alimenter l’attaque et de tester une nouvelle charnière. S’il n’aura pas toutes les réponses à ses questions, Lucho aura déjà répondu à quelques interrogations et ce n’était pas gagné d’avance.

François Miguel Boudet

 

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