Previa Roja / Allemagne – Espagne : Tant de questions et si peu de temps

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Crédits : Icon Sport

Trois semaines après le tonitruant 8-2 infligé par le Bayern au Barça, l’Allemagne accueille l’Espagne dans le cadre de la Ligue des Nations. Alors que les championnats domestiques n’ont pas encore repris, qu’attendre de cette rencontre de gala pour Luis Enrique ? Hiérarchie des gardiens, organisation du milieu de terrain, l’associé de Sergio Ramos et attaquant de référence : voici notre previa.

Où en est le football espagnol ? A en juger par le niveau de jeu global de la Liga depuis plusieurs saisons et par les résultats catastrophiques en Ligue des Champions, le paysage est très assombri. Dès lors, quelles sont les possibilités pour Luis Enrique alors que le championnat n’a pas encore repris et que les joueurs sont en pleine préparation ? A 9 mois de l’Euro, la Roja est pourtant toujours en chantier et tous les secteurs de jeu sont en travaux. Le temps presse pour éviter un nouveau batacazo dans une compétition majeure.

La situation sanitaire mondiale a donné un an de plus à Luis Enrique et la Roja pour poursuivre sa mue. Près de 17 mois après sa dernière conférence de presse d’avant-match en tant que sélectionneur national, l’Asturien s’est montré ambitieux. Il veut encore et toujours « gagner chaque match ». Le sélectionneur a ouvert la porte à plusieurs bizuts : Eric García, Sergio Reguilón, Unai Simón, Óscar Rodríguez,  Mikel Merino, Ansu Fati, Dani Olmo et Ferran Torres. Du sang neuf pour bousculer la hiérarchie ? Contre l’Allemagne, certains pourraient avoir leur chance mais il est plus envisageable de les voir plus longtemps sur le terrain contre l’Ukraine.

La Roja n’est pas des plus sereines. Certes, le groupe convoqué est intéressant, mais pour l’heure, il y a plus de questions que de réponses : aucun gardien ne se détache, la charnière centrale n’est pas établie, le milieu de terrain reste à organiser et aucun 9 ne s’est suffisamment démarqué pour revendiquer une place de buteur référent. De loin, cela peut ressembler à des problèmes de riches mais ce serait oublié que depuis 2012 et la victoire à l’Euro, l’Espagne accumule les échecs en compétitions officielles.

Quelle solution pour les gardiens ?

Qu’il paraît lointain le temps où Iker Casillas était l’indéboulonnable titulaire dans les cages ! Depuis 4 ans, David De Gea est le numéro 1 espagnol. Mais pour quels résultats ? Par le passé, ses performances à Manchester United lui permettaient d’estomper ses erreurs avec la Roja, particulièrement lors du Mondial 2018 où il a été catastrophique. L’ex de l’Atlético de Madrid sort d’une mauvaise saison avec les Red Devils et son leadership est remis en cause avec la Selección. Le problème pourrait être réglé facilement si seulement l’Espagne avec un numéro 2 viable. Or depuis son arrivée à Chelsea, Kepa Arrizabalaga est au mieux irrégulier, au pire carrément hors sujet. C’est tout le paradoxe de l’Espagne qui dispose en Liga de gardiens de très grande qualité mais qui ont très souvent un passeport étranger. Nouvel appelé, Unai Simón aura-t-il sa chance ? Le gardien de l’Athletic a réalisé une très belle saison mais est-ce suffisant pour griller la politesse à ses deux aînés ? De quoi peut-être regretter l’absence de Sergio Asenjo, toujours impeccable à Villarreal et plus expérimenté…

Charnière : qui pour accompagner Ramos ?

La dernière victoire de la Roja sur la Nationalmannschaft remonte… à 10 ans ! C’était en 1/2 finale du Mondial 2010 et Carles Puyol avait envoyé l’Espagne en finale d’un coup de casque retentissant. Depuis, le taulier blaugrana a mis les crampons au clou, Gerard Piqué a arrêté sa carrière internationale et Sergio Ramos cherche un successeur (même si la charnière Ramos-Piqué était très clairement sur le déclin depuis plusieurs années). Pau Torres, Diego Llorente et Íñigo Martínez (pas convoqué) ont montré des choses intéressantes mais pas assez pour s’installer. Eric Garcia, qui a les faveurs de Pep Guardiola à Manchester City, a été appelé pour la première fois et pourrait en profiter. Luis Enrique a avoué être très exigeant à ce poste, ce qui explique en partie pourquoi aucun des essais réalisés par lui ou Robert Moreno n’a perduré dans le temps. Cette incertitude se reflète dans tous les secteurs du jeu de la Roja.

Quel juste milieu ? 

Luis Enrique a également la lourde tâche de façonner le milieu de terrain. Pour la première fois depuis 10 ans, la convocation de Sergio Busquets a fait grincer des dents. La référence de la dernière décennie est sur la pente descendante depuis plusieurs années mais son intelligence de jeu et sa technique lui ont toujours permis de s’en sortir. Les déboires collectifs du Barça ont mis en lumière ses difficultés contre des équipes mieux armées et plus complètes. Est-il encore capable de multiplier les efforts pendant un tournoi d’un mois ? Le souci, c’est que Luis Enrique a besoin d’expérience et son milieu en manque cruellement. Rodri est l’avenir au poste mais sa piètre partition avec Manchester City contre l’Olympique Lyonnais en Ligue des Champions dans un match à très haute intensité remet de nombreux aspects en perspective. Fabián Ruíz est possiblement le plus talentueux mais jouer à Naples limite sa marge de progression, d’autant que les Partenopei ne disputeront aucune Coupe d’Europe cette saison. Auteur d’une très grande finale de la Ligue des Champions, Thiago Alcantara va changer d’environnement en signant probablement en Premier League et n’est jamais parvenu à se détacher pour devenir un titulaire en puissance. Quant à Mikel Merino, Óscar Rodríguez et Dani Olmo qui cumulent une sélection avec la Absoluta, difficile encore de prédire leur avenir avec la Roja.

Rien de 9

Est-ce une conséquence du triomphe du toque ? Toujours est-il que l’Espagne n’a plus de pur 9, un buteur de sang froid capable de faire la différence à n’importe quel moment. Ni Diego Costa ni Álvaro Morata qui ont ce profil ne se sont imposés. Les deux Moreno, Rodrigo et Gerard, qui a été appelé suite au forfait de Mikel Oyarzabal positif à la COVID-19, sont de bons attaquants mais davantage axés dans les combinaisons. A Valencia comme à Villarreal, ils étaient épaulés par un 9 de surface, respectivement Maxi Gómez et Paco Alcacer.

Cette absence de profil létal complique les affaires de Luis Enrique car il dispose d’un panel un peu plus large sur les côtés, même si Mikel Oyarzabal, Adama Traoré (également positif à la COVID-19) et Marco Asensio ne seront finalement pas disponibles. Le sélectionneur apprécie énormément Ferran Torres mais son départ à Manchester City devrait diminuer son temps de jeu par rapport à celui qui était le sien à Valencia, sans même imaginer une arrivée de Lionel Messi chez les Citizens. Dani Olmo et Ansu Fati devraient donc avoir du temps de jeu eux aussi.

L’Allemagne est un très bon miroir où se refléter. Le temps est compté pour Luis Enrique pour installer ses joueurs et développer des automatismes en très peu de rassemblements. Même si la Ligue des Nations n’est pas une compétition majeure, l’objectif reste d’accéder au dernier carré, ne serait-ce que pour valider le travail de l’Asturien. Son premier passage sur le banc de la Roja n’a pas été spécialement concluant. A sa décharge, il est arrivé dans un champ de ruines après le Mondial 2018, plus animé en coulisses que sur le terrain. La vaste revue d’effectif engagée pour tester de nouveaux profils afin de redonner une identité de jeu plus en phase avec le vivier disponible doit prendre fin après cette fenêtre international, peu importe le contexte sportif et sanitaire. Le temps presse : dans 9 mois, la Roja figure-t-elle dans la liste des favoris simplement par habitude ou parce qu’elle est réellement en mesure de jouer le titre ?

XI possibles

Selon Marca
Espagne

Allemagne

 

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

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