Liga / Elche CF : Sous les palmiers, le miracle

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Crédits : Iconsport

Relégué administrativement en Segunda en 2015, Elche a ensuite vécu une descente dans les abîmes du football espagnol avant de rebondir sans prévenir et avec panache. Promu au terme d’une saison interminable avec à sa tête un buteur de 40 ans et un entraîneur qui a roulé sa bosse en Pologne et en Thaïlande, Elche veut chambouler l’ordre établi et son propriétaire argentin a déjà pris des décisions marquantes.  

Le 27 février 2018, après avoir déjà limogé deux entraîneurs, Elche nomme Juan José Rojo Martin dit « Pacheta » sur son banc. L’objectif à court terme est simple : disputer les play-off d’accession pour retourner en Segunda alors que le club est 4e du groupe III de Segunda B avec une dynamique loin d’être positive. Le club, toujours miné par des problèmes financiers dont des emprunts toxiques et un propriétaire loin d’être sain pour le club, doit retourner dans la categoría de plata du football espagnol pour ne pas risquer de disparaître. Deux ans et demi plus tard, Elche retrouve la Liga. Retour sur ce tour de force loin d’être acquis pour les Ilicitanos.

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Prime à la continuité et à la résilience 

Lorsqu’il rejoint le club, Pacheta a une solide réputation en Segunda et Segunda B. Il a aussi tenté par deux fois l’aventure à l’étranger avec une réussite aléatoire. Grand nom du voisin et rival Herculés, il doit remettre de l’ordre dans une équipe qui ne ressemble pas à grand chose malgré une bonne 4e place en championnat. Cependant, la dynamique est mauvaise. L’effectif a été chamboulé et ne connaît mal mais son talisman Nino, meilleur buteur de l’histoire de la Segunda, reste le phare dans la tempête. D’entrée de jeu, Pacheta trouve la bonne formule. Elche enchaîne une série d’une quinzaine de matches sans défaite et retrouve la Segunda. Tout le monde souffle du côté du board, le spectre de la disparition s’estompe en partie. Pacheta est fêté comme un héros.

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Le jeu mis en place par le natif Salas de los Infantes près de Burgos est assez simple et le schéma oscille entre un 442 à plat et un 532 en fonction des besoins. L’équipe devient ensuite un caméléon capable de faire déjouer n’importe quelle équipe quand elle ne parvient à dominer directement ses adversaires. La défense est solide, l’équipe vit bien en transition, se fait rarement prendre à défaut et au fil des mois devient de plus en plus intéressante offensivement. Elche devient solide et concerné tout en s’appuyant sur un état d’esprit fondé sur la résilience. C’est sûrement la plus grande force et la plus grande réussite de Pacheta chez les Ilicitanos.

Dans la coulisse, le club reste sinistré financièrement. Le plafond salarial est bas et le mercato va plus dans le sens des départs que des arrivées. Face à ces difficultés, l’ancien milieu de terrain parvient à souder son groupe avec l’aide de Nino. Plus le temps passe, plus Elche prend conscience de son style. C’est le point le plus important du mandat de Pacheta : malgré l’adversité, les petites baisses de forme et la coupure due à la pandémie, Elche ne doute jamais et se relève à chaque fois.

Un promu surprise comme Valladolid et Mallorca 

La fin du film était loin d’être écrite. Elche s’est agrippé à la 6e place, ce dernier strapontin pour les barrages en Liga. La défaite contre l’invité-surprise Fuenlabrada (3-1) lors de l’avant-dernière journée paraissait rédhibitoire. Mais la mauvaise gestion du protocole COVID par le club madrilène a eu des conséquences insoupçonnées : le Fuenla a perdu contre le Deportivo de La Coruña, vexé et relégué en Segunda B, et c’est Elche qui a récupéré la place de demi-finaliste. Une aubaine qui a d’ailleurs bien arrangé les dirigeants de LaLiga. Pour autant, Elche reste une formation qui a fait preuve de constance (si tant est que ce mot puisse exister dans la très longue Segunda), surtout en deuxième partie de saison et après la reprise COVID. Les Ilicitanos ont maintenu une forme très stable tout au long du championnat : jamais plus de trois matchs sans gagner ou encore deux défaites de suites. A défaut d’être flamboyant, l’équipe a fait preuve de stabilité. Dans un championnat très homogène, c’est parfois suffisant.

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Outre son mental et un groupe très soudé, Elche peut aussi se targuer d’avoir dans ses rangs des éléments très intéressant comme Edgar Badia qui est, pour beaucoup, le meilleur gardien de la saison en Segunda. Il est celui qui a effectué le plus d’arrêts et nombreux d’entre eux se sont avérés décisifs pour une équipe qui a marqué seulement 52 buts en 42 matches. En play-off, c’est la quintessence du style Pacheta à Elche qui a permis au club de se hisser jusqu’en Liga : deux petits buts marqués et aucun encaissé en 4 matches. Les deux réalisations l’ont été de la tête lors des matchs retour, à l’extérieur et surtout dans le dernier quart d’heure. Lors de la demi-finale aller contre Zaragoza, Elche a tenu le nul 0-0 en infériorité numérique. A la Romadera, Nino a délivré les Ilicitanos en renvoyant les Maños à leurs errances mentales. En finale retour, Pere Milla a plongé Girona dans la torpeur en inscrivant le but de la montée à la 96e minute.

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« Sans doute le but de ma vie » Pere Milla

Presque 22 ans après son premier but avec Elche, l’éternel Nino a guidé son club vers la Liga en étant protagoniste tout le long de la saison malgré sa quarantaine bien tassée et sa calvitie prononcée. Accueilli par près de 50.000 personnes lors de son retour en 2017, il n’a pas déçu et a écrit un nouveau chapitre de sa légende. Symbole de cet Elche patient mais rêveur qui peut déplacer des montagnes parce que rien n’est figé dans le marbre, Nino n’a pas encore officiellement prolongé mais devrait le faire, au moins pour une petite saison de plus.

Surtout taillé pour le maintien en Segunda, Elche aura-t-il les épaules assez solides pour se maintenir ? Si Valladolid, 3e promu en 2018 a pu s’en sortir, notamment grâce à l’arrivée d’un certain Ronaldo Fenómeno à la présidence, Mallorca n’a tenu le choc en 2019. Le nouveau propriétaire argentin, Christian Barganik, qui n’est autre que l’agent de Dario Benedetto, aime mélanger les genres. Ancien joueur, il est devenu un representante influent avec des attaches un peu partout sur le globe qui a ensuite enfilé le costume de conseiller puis de président du club. Maintenant propriétaire d’Elche, il veut continuer à placer ses hommes et il n’a pas hésité à d’ores et déjà taillé dans le vif en congédiant purement et simplement Pacheta quelques heures après le but de Pere Milla à Montilivi.

Pour le remplacer, Barganik a nommé un entraîneur argentin : Jorge Almirón. Un nom connu en Liga, de loin tout du moins. Annoncé à Las Palmas après le départ chaotique de Quique Setién, il n’avait pu prendre en main les Pio Pio en raison d’un problème administratif. Avec des adjoints qui ont déjà connu la Liga en tant que joueurs, le projet Almirón doit être un tournant pour les Verdiblancos. Le natif de San Miguel a déjà été couronné champion d’Argentine et a laissé de bons souvenirs en Copa Libertadores. Un CV conséquent et un style de jeu nettement plus audacieux que celui mis en place par Pacheta. En phase de possession, l’idée est de faire tourner la balle en attendant l’ouverture; à la perte c’est un pressing consistant qui est demandé. Adepte du 433, Almirón veut combiner jeu et résultats mais devra surtout prendre rapidement ses marques dans un effectif qui semble court pour la Liga.

Écarter un technicien qui avait insufflé une dynamique pour introniser un coach novice en Espagne : Barganik prend un risque sportif mais son carnet d’adresses lui permet d’ouvrir la voie à de nombreuses arrivées marquées du sceau de Barganik. Privilégier les amis en dépit de la logique du terrain, le voisin Valencia CF a essayé, sans guère de réussite. Elche retrouve les sommets et ne parie pas sur la continuité pour réussir. Un risque qu’il faudra assumer dans cet équilibre financier précaire. Car si les Ilicitanos ne parvenaient pas à se mettre au niveau de l’élite espagnole, cette montée rocambolesque en Liga aura tout du cadeau empoisonné.

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

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