Unai Simón, un destin qui aurait pu ne pas être le sien

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Contre le Real Madrid, lors d'une de ses meilleures performances cette saison [Photo de IconSport]

Peu après l’annonce de sa première convocation avec l’Espagne, Unai Simón a renouvelé son contrat avec l’Athletic Club jusqu’en 2025. Le tout sans avoir de clause libératoire. Une preuve d’attachement pour ce gardien, qui affiche son désir de poursuivre le plus longtemps possible en terres basques. Son destin semble être celui d’un grand portier, à l’Athletic comme en équipe nationale. Mais pour lui, les choses auraient pu se passer autrement…

Il y a des équipes dont le joueur qui se distingue le plus n’est autre que le gardien. On l’a vu récemment avec Sevilla et Yassine Bono, qui a réalisé de somptueuses et précieuses parades dans les derniers matchs d’Europa League, avant de finalement soulever le trophée (3-2 contre l’Inter Milan). C’est également le cas à l’Athletic, équipe dont les éléments défensifs n’ont pas cessé d’être remarqués en championnat. Il est clair qu’avec des joueurs tels qu’Iñigo Martinez et Yeray Alvarez, le jeune Unai Simón n’est généralement que peu mis à contribution. Mais lorsque cela arrive, l’homme d’à peine 23 ans ne déçoit jamais ou presque.

Mais le destin d’Unai Simón aurait pu être tout autre. Lors de l’été 2018, période à laquelle il a pris pour la première fois les reines de la défense basque, le portier était loin d’être le favori à ce poste. Trois concurrents faisaient face à lui, mais les choix personnels des deux premiers, ainsi que les performances sportives du dernier, donneront finalement raison à celui qui est présenté comme le « futur Iribar ».

Unai Simón lors des demi-finales de Copa, contre Sevilla [Photo de IconSport]

Un poste compliqué et un 4e gardien

Qu’on lui donne une dimension mystique ou non, le destin reste quelque chose d’imprévisible, pouvant basculer une vie en une rapide succession d’évènements. C’est le cas pour Unai Simón, dont l’avenir dépendait de trois de ses coéquipiers. Kepa Arrizabalaga, Alex Remiro et Iago Herrerín, dont seul le dernier porte encore aujourd’hui le maillot zuri-gorriak (pour combien de temps ?).

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De manière générale, le poste de gardien est le plus difficile à obtenir. Pour une simple raison, il n’y en a qu’un. Si certains entraîneurs ont profité de la reprise des deux premières divisions espagnoles – et du nouveau rythme allant avec – pour alterner les portiers, ce n’est généralement pas le cas lors d’une saison normale. À l’Athletic, une habitude que l’on retrouve depuis Ernesto Valverde consiste à avoir un gardien titulaire en Liga, et un second pour les autres compétitions – Copa del Rey et coupe d’Europe. Que se passe-t-il lorsque les Bilbotarrak ne jouent que la Liga ? Le remplaçant ne touche qu’au banc.

Sûrement la seule erreur d’Unai Simón, une mauvaise sortie lui valant un rouge lors de la 37e journée de Liga [Photo de IconSport]

Un rocambolesque été 2018

Durant l’été 2018, les supporters de l’Athletic pensaient avoir trouvé le gardien qui illuminerait leur futur, Kepa Arrizabalaga. C’était sans compter sur les désirs de grandeur de celui-ci, qui n’a pas hésité à quitter le Pays Basque lorsque Chelsea a accepté de payer sa conséquente clause de 80 millions d’euros.

Son départ a laissé un goût amer – nombreux sont ceux à s’amuser de sa situation compliquée en Angleterre, où il cire désormais le banc – mais a déplacé les espoirs sur un certain Álex Remiro, deux ans plus âgé qu’Unai. Celui-ci n’a pas non plus été à la hauteur des espérances que les supporters avaient placé en lui. Conscient du rôle qu’il avait, Álex Remiro n’a pas hésité à demander un salaire parmi les plus élevés du club basque, le tout en n’ayant disputé aucune rencontre avec l’équipe première.

Le direction de Josu Urrutia n’a pas cédé, et a opté pour une mise au placard. Le Navarrais s’est retrouvé en tribune pour tout le reste de la saison, avant de finalement partir librement… à la Real Sociedad. Rien de mieux pour attiser la haine que lui portent désormais les socios de l’Athletic. Une rancœur en tout point similaire à celle portée à Kepa. Il restait alors l’éternel portier remplaçant du club basque, Iago Herrerín, justement habitué à disputer les rencontres de Copa. Mais dans le même temps, le gardien d’alors 31 ans souffre d’une blessure musculaire et impossible pour lui d’entamer le début de la saison 2018/19 dans les cages.

¡Qué paradón! [Photo de IconSport]

Le 15 août 2018, le coach Eduardo Berrizo n’a pas de gardien. Il décide alors de rappeler Unai Simón, titulaire avec l’équipe réserve et envoyé deux jours plus tôt en prêt à Elche. L’histoire commence.

Une saison avant de briller au grand jour

Unai Simón n’a que 21 ans et se retrouve pour son premier match dans l’antre de San Mamés, devant un public exigeant. Celui-ci n’attend qu’une chose, voir jouer le gardien qu’ils attendent depuis le départ de Gorka Iraizoz, l’homme qui défendra les cages des Leones jusqu’au bout. Son premier match (2-1 contre Leganés) est une réussite. Berizzo n’hésitera pas à le féliciter, en conférence d’après-match, pour « ses débuts impeccables ». Une excellente performance qu’il réitèrera trois semaines plus tard, contre le Real Madrid (1-1), devenant l’homme de la rencontre, avant d’être qualifié de « découverte très positive » par son entraineur de l’époque.

Dans un souci d’expérience, ou de manque de confiance, Berizzo offre finalement la place à Iago Herrerín, lorsque celui-ci revient de blessure. Il faut alors attendre août 2019 pour qu’Unai Simón prenne définitivement la première place. Il n’est d’ailleurs pas prêt de la lâcher, lui qui a réalisé une saison des plus remarquables. Le natif de Gasteiz ne s’est laissé impressionner par aucun attaquant et ses nombreuses parades figuraient parmi les meilleures à presque chaque journée de la compétition. La reprise du championnat n’a eu aucun effet négatif sur le portier, qui a continué d’illustrer son potentiel, quel que soit l’adversaire.

Unai Simón est un gardien qui ne tremble pas, n’hésitant pas à interposer sa tête lorsque ses bras et jambes sont dépassés par une puissante frappe. Il bondit en l’air tel un chat et seul Ever Banega semble l’avoir réellement surpris sur coup de pied arrêté. On peut lui reprocher un jeu au pied encore à améliorer – sûrement le seul point où l’expérience d’Herrerín prime – mais son jeune âge lui donne toutes les cartes en main pour y parvenir.

Un joueur reconnaissant et attaché à son club

Dans une équipe autant marquée par ce qu’a apporté José Ángel Iribar, les supporters ne sont que plus exigeants avec leur gardien de but. Unai Simón en est conscient, et le fait d’être comparé avec cette légende des années 1970 semble presque gêner le jeune portier. « À qui ça ne plairait pas d’entendre cela ? Mais je n’ai disputé que 48 matchs avec l’Athletic, lui 600. J’espère atteindre ces chiffres un jour » explique-t-il le lendemain de sa prolongation. À 23 ans, Unai ne veut pas précipiter les choses. Peut-être ne réalise-t-il pas encore ce qu’il lui arrive ? De son propre aveu, il « fallait que les étoiles s’alignent » pour qu’il finisse dans les cages de San Mamés.

Pour prouver qu’il n’a qu’une équipe en tête, Unai Simón a fait le choix de renouveler sans clause libératoire. Une option déjà prise par son capitaine, Iker Muniain, comme par trois autres de ses coéquipiers. « Mon souhait est de jouer ici jusqu’à la fin de mon contrat, et je l’espère jusqu’à la fin de ma carrière » n’a pas hésité à dire le portier. Devenu rapidement un chouchou de San Mamés, Unai Simón semble avoir une carrière toute tracée. En restant à ce niveau – voire en l’améliorant encore – il pourrait entrer dans l’histoire du club basque. Avec une finale de Copa del Rey à venir – dont la date n’est pas encore connue – le natif de Gasteiz a une première opportunité de voir son nom gravé à jamais.

Une carrière, en club et en sélection, qui ne fait que commencer

Convoqué pour la première fois en sélection espagnole, le gardien basque à toutes les cartes en main pour afficher ses performances devant la planète football. Il en aura l’occasion avec les premiers matchs de groupe, en Ligue des Nations. L’opposition face à l’Allemagne, le 3 septembre prochain, pourrait constituer un test de taille pour le zuri-gorri. Ce qui, en revanche, ne fait aucun doute, c’est le monopole qu’il est parvenu à obtenir avec l’Athletic. Sans parler d’alignement astral, ce sont les performances sportives d’Unai Simón qui ont déterminé son rôle actuel, ainsi que celui qu’il aura au cours des prochaines saisons.

Unai Simón a déjà porté le maillot espagnol, mais jamais avec la sélection absolue. Ici avec les Sub21 [Photo de IconSport]

De son propre aveu, renouveler sans clause libératoire est une façon pour lui de « remercier l’Athletic pour tout ce qu’ils ont fait pour lui depuis qu’il est arrivé à Lezama, à l’âge de 14 ans ». Au contraire de Kepa Arrizabalaga, mais également d’Álex Remiro, il répond à tous les enseignements du centre de formation bilbayen. Des trois portiers, Unai Simón est d’ailleurs celui qui s’en sort le mieux dans son club. Le destin, voyez-vous.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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