Le FC Barcelone et le mythe d’Icare

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Crédits : Iconsport

Il y a des journées, des nuits et des soirées qui font date, qui marqueront quoi qu’il arrive un club et sa cohorte de supporters. Dans la moiteur d’un quart de finale délocalisé au Portugal dans un format aussi surprenant qu’intéressant sur le papier, le Barça est tombé au plus bas hier. Habitué ses dernières années aux lourdes défaites, sur des doubles confrontations plus équilibrées au tableau d’affichage, les Catalans ont encaissé un cinglant 8-2 face à un Bayern déterminé à ne laisser que des miettes, ou des larmes aux Blaugrana. Mais comment un club aussi glorieux et différent que le FC Barcelone, a pu se dévoyer pour ne devenir qu’un club comme un autre, capable de passer totalement à côté que ce soit dans le fond ou la forme. Tentative d’explication à tête pas vraiment reposée.

C’est une musique qui tourne depuis un certain du côté des suiveurs francophones ou non du football ibérique et du Barça. Les Catalans vont dans le mûr, et ne semblent pas décidés à ralentir alors que le mur se rapproche toujours plus. Chaque été, on parle de restructuration, de nouveau projet, de choix différents mais à chaque fois, le Barça doit vendre pour acheter, monte donc des opérations toujours plus délirantes pour réaliser des écritures comptables qui masquent un club qui est en train de se dévoyer. La dernière en date ? L’opération Pjanic-Arthur ficelée entre la fin du championnat et le début de ce final 8 au Portugal. Cependant personne n’est dupe, et hier les échecs de la Junta menée par Bartomeu n’ont pas pu se maquiller pour paraître pas si mal après un passage chez un comptable.

Les sommets puis la dégringolade 

Sans vouloir jouer les puristes ou autres esthètes assez chiants en soirée ou devant la machine à café, le Barça a toujours eu une place à part dans le football ibérique et européen. Des valeurs, des révolutions stylistiques, une attitude, qu’on trouve soit détestable ou admirable mais cette volonté d’être différent, profondément. On ne peut pas dire que les Catalans se soient pourtant construits en marge du football européen professionnel, ils ont simplement suivi une voie différente, qui a mené une magnifique équipe à une Ligue des Champions en 1992 sous l’égide d’un entraineur qui a marqué le club de son empreinte : Johan Cruyff.

Depuis cette première LDC, au Barça et ailleurs, on se positionne comme anti ou pro Cruyff. C’est un point qui permet d’établir différentes catégories de personne, en France cette opposition est caricaturale et se schématise par : être dogmatique (pro-Cruyff) ou pragmatique (pro-Rudi Garcia, par exemple). Le Barça cristallise beaucoup de choses, quand on aime le club, on est fier de porter ses couleurs, un maillot sans sponsor ventral et avec cette inscription : Mes Que Un Club. On porte la même tunique que Rivaldo, Ronaldo, Eto’o, Messi, Ronaldinho, Xavi, Pep Guardiola et même Johan Cruyff. En plus des noms, on véhicule une certaine idée du jeu, mais aussi de vision du football. Gagner pour gagner cela n’a pas de sens, il faut avoir une identité, une vision, un projet, une volonté qui sera à même d’amener le club jusqu’à la victoire. Soulever un trophée c’est la finalité, la récompense pour un travail bien fait.

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A partir des années 90, le Barça devient cependant une machine à gagner, on oublie quelques fois (même souvent l’héritage Cruyffiste) mais dès qu’on est dans le dur, on va chercher un garçon capable de remettre une pièce dans la machine pour refaire planer l’ombre de ce formidable monsieur. En 2003, quand le Barça débauche Frank Rijkaard qui vient de vivre une saison compliquée en Eredivisie, c’est cette logique qui est appliquée. Même si les deux étaient brouillés on tente de nouveau de se rappeler aux origines du football néerlandais pour retrouver le sommet. Quand le Barça nomme par la suite Pep Guardiola sur son banc après une pige avec la réserve des Blaugrana, c’est la même ficelle qu’on tire. Des expériences couronnées de succès parce que les Catalans accrocheront une deuxième LDC sous Rijkaard, et deux nouvelles sous l’égide de l’ancien protégé de Johan Cruyff.

Entre 2006 et 2011, le Barça a donc remporté 3 LDC, 4 championnats et une Copa Del Rey. Une domination qui attise les convoitises personnelles, surtout des présidents qui en coulisse se sont toujours servis du club pour se faire bien voir des milieux barcelonais mais qui ont maintenant envie de faire de l’argent, beaucoup d’argent avec ces succès. Petit à petit le terrain n’aura plus vraiment la même importance. L’absence de sponsor ventral sur la tunique du Barça est flouée une première fois, « pour la bonne cause » quand UNICEF est choisi. Puis ensuite, maintenant qu’un sponsor est là, la direction signe un gros contrat avec Qatar Airways. Le Camp Nou devient un Disneyland et la boutique du stade une usine à faire floquer des maillots et à soutirer des billets à ses touristes-visiteurs-supporters.

En 2015, quand un Barça qui verticalise beaucoup et s’appuie essentiellement sur sa MSN soulève sa dernière LDC, les changements sont notables. Luis Enrique, qui a chamboulé les principes de jeu qui sont sacralisés par de nombreux supporters, ne recherche que la victoire, quelque soit le moyen. QatarAirways s’affiche sur le maillot, Sandro Rossel a dû démissionner pour des soupçons de malversations financières suite au transfert de Neymar. Le Barça a soulevé la coupe aux grandes oreilles, continuera de régner sur l’Espagne mais c’est, à posteriori, le début de la fin.

Le mythe d’Icare et l’ivresse des hauteurs

Entre l’équipe qui a dominé la Juve en finale et celle qui a encaissé ce cinglant 8-2 à l’Estadio de la Luz, c’est plus de la moitié des titulaires qui est identique. 7 joueurs sur 18 ont même connu les deux événements, espacés de près de 5 ans. Un non-renouvellement de l’effectif qui ne s’explique pourtant pas par une période de vache maigre sur le marché des transferts ni à une mauvaise passe en terme de formation. Le Barça et surtout Bartomeu, président depuis juillet 2015 après un interim, sont juste devenus des experts dans l’art de faire les mauvais choix. Bien sûr, Coutinho, plus gros transfert des Catalans qui prêté au Bayern en colle deux à son club, fait sourire ou grincer des dents. Mais les transferts de Griezmann, de Dembele ou encore de Semedo illustrent bien la faculté des Catalans à jeter des grosses sommes d’argent par la fenêtre. Le bateau Blaugrana prend l’eau, et on tente de limiter la casse en utilisant un sceau percé.

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Ce qui est dramatique, c’est qu’actuellement, le Barça est dans une situation financière exsangue, comptablement il est acté que le club subira des pertes importantes puisqu’il n’arrivera jamais à faire des bascules positives sur ses derniers transferts qui sont des échecs à l’heure actuelle. Le plus triste cependant est le dévoiement culturel du club, qui a abandonné une à une toutes ses valeurs pour ne courir que derrière l’argent et la gloire, en usant l’un des meilleurs joueurs de la planète sans se remettre en question une seule fois. Ce Barça ne cherche plus à plaire, il cherche à gagner, comme un vulgaire club lambda. Josep Maria Bartomeu est le symbole de ce dévoiement, il en est cependant pas le seul instigateur, il n’a fait que continuer le travail de son/ses prédécesseurs en poussant cependant le curseur à son maximum.

Comme Icare, le Barça qui ne connaissait pas les sommets y a pris goût, surement trop, a voulu être toujours plus près des hauteurs quitte à ne pas écouter les mises en garde et est maintenant tombé tout au fond de l’eau. L’Athénien fils de Dédale a vu ses ailes fondre à cause du soleil, c’est une bande d’allemands déterminés qui aura eu raison de celles de la bande à Messi. Le Barça peut-il renaître ? Surement, enfin on l’espère. L’Argentin sera t-il encore là ? Les doutes sont permis.

Benjamin Chahine 

@BenjaminB_13

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