Pablo Longoria : du « Niño de la Play » à « Head of Football » de l’OM

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Proposé aux 4 coins de l’Europe depuis son départ du Valencia CF, Pablo Longoria serait donc l’élu de l’Olympique de Marseille au poste de « Head of Football ». A seulement 33 ans, l’Asturien dispose d’un CV solide après avoir travaillé en Angleterre, en Espagne et en Italie. Au sein d’un club en délicatesse avec ses finances, ce sont ses facultés de scouting qui seront avant tout privilégiées. Mais son caractère sera-t-il compatible avec André Villas-Boas ?

Newcastle, Betis, RB Leipzig, Monaco, Besiktas, Marseille. Depuis plusieurs semaines, le nom de Pablo Longoria revient régulièrement dans la rubrique des rumeurs. A tel point qu’on se demandait bien s’il y avait une once de vrai. Mais cette fois-ci, après des mois de prospection, l’Asturien aurait enfin trouvé un poste, et pas n’importe lequel : celui de Head of Football de l’Olympique de Marseille. Scout devenu directeur technique du Valencia CF en 2018, Longoria a été liquidé au même titre que Marcelino García Toral et Mateu Alemany en début de saison. 10 mois après son éviction, il pourrait donc rebondir chez le 2e de Ligue 1 toujours en quête d’internationaliser son activité.

Déjà 17 ans d’expérience

Pablo Longoria n’a pas encore 34 ans mais il a déjà passé la moitié de sa vie dans le milieu du football. Conseillé par Víctor Orta, actuel directeur sportif du Leeds de Marcelo Bielsa, il se lance dans le grand bain dès 2008. Il intègre le groupe d’observateurs d’Eugenio Botas, Asturien comme lui, qui gère les intérêts de joueurs essentiellement espagnols. Il effectue 4 mois à Newcastle, au sein d’une structure conséquente constituée de 30 personnes et dotée d’un budget de 5M€ par saison pour organiser entre autres les investissements technologiques, les observations et les déplacements. La légende dit que Longoria enregistre 160 matches par semaine et en regarde jusqu’à 8 par jour.

Le nom de Pablo Longoria est souvent associé à celui de Marcelino García Toral. Le duo a régulièrement travaillé ensemble : Huelva, Santander, Saragosse, Valencia. Parmi ses faits d’armes, figure le recrutement de Florent Sinama-Pongolle, arrivé au Recreativo en provenance de Liverpool. A cette époque, Longoria a tout juste 24 ans et occupe le poste de secrétaire technique du promu en Liga. C’est en Andalousie qu’il est affublé du surnom de « Niño de la Play ».

Réputation écornée à Valencia

Après 2 ans au Decano, Longoria est parti 7 ans en Italie, où il a fait partie des équipes de recruteurs de l’Atalanta, Sassuolo et la Juventus. Il est finalement revenu en Espagne en 2018 pour retrouver Marcelino. L’idée première était de former un consensus entre le staff, Mateu Alemany (directeur général) et la cellule de recrutement que chapeautait Longoria.

Cependant, les relations n’ont pas été au beau fixe au sein de la cellule. Ancien joueur du club, Vicente Rodríguez (à droite sur la photo) a claqué la porte, excédé du comportement de Longoria qui ne prenait pas en compte les avis de ses collaborateurs. En tant que légende du club, le gaucher a une voix qui porte et surtout, il peut se permettre de parler librement, voire de devenir un porte-parole officieux  : « il m’a arnaqué et il n’a rien démontré à Valencia car ce sont Mateu et Marcelino qui décidaient des transferts, a expliqué l’ancien ailier gauche au micro de la SER. Avant son arrivée, j’avais aidé Mateu à bâtir l’effectif et j’ai fait un travail respectable (il avait conseillé de prendre Marcelino sur le banc et Valencia avait terminé 4e de Liga synonyme de Ligue des Champions, ndlr). Quand il est arrivé, il m’a très mal traité. J’ai expliqué à Mateu que je ne pouvais pas faire mon travail et que le mieux pour moi était de partir. Il est arrivé que je me sente mal vis-à-vis de 4 ou 5 directeurs sportifs car on ne savait pas les mouvements qu’il faisait. Un jour je l’ai attrapé. Ce gars n’en fait qu’à sa tête et je lui ai dit que je ne travaillerai plus jamais mal avec lui. Il ne s’est pas risqué à en parler à Mateu et ça prouve le genre de personne qu’il est : un trouillard et un insortable ». 

Profil du tout en un

Que recherche l’Olympique de Marseille en recrutant Pablo Longoria pour un poste aussi stratégique ? Un gros réseau et une connaissance poussée de marchés secondaires, ceux qui permettent souvent de faire de grosses bascules à court terme avec un investissement minimum ou calculé. Le cas de Mouctar Diakhaby peut faire sourire en France mais c’est exactement dans ce registre que peut s’inscrire Longoria : acheté 15M€ à Lyon en 2018, le défenseur central aurait pu partir en Premier League pour 40M€ en 2019 si Valencia n’avait pas repoussé les offres. En ce sens, c’est davantage sur son passé à Huelva, Atalanta, Sassuolo et Valencia qu’il peut plaire à Jacques-Henri Eyraud plutôt que pour son mandat à la Juventus qui dispose de moyens très supérieurs. De plus, il appartient à la Base Soccer Agency qui gère les intérêts d’une multitude de joueurs (dont Hiroki Sakai) et d’entraîneurs comme Carlo Ancelotti et Arsène Wenger.

Par ailleurs, la jeunesse de Longoria est un atout car l’OM est focalisé sur la génération connectée qui ponce FIFA, PES et Football Manager. L’Asturien peut être perçu comme un « laptop scout », capable d’aller dénicher des joueurs de 16-17 ans, de connaître leurs caractéristiques et de les attirer pour de la post-formation comme c’est le cas pour Noha Ndombasi, arrivé de Bordeaux en août 2019, et de Koba Koindredi, arrivé de Lens en janvier 2019 et présent sur la feuille de match de la 38e et dernière journée de championnat avec les Blanquinegros. Cet aspect « connecté » apparaît donc comme complémentaire avec le profil d’Hugues Ouvrard, nouveau « Head of Business » de l’OM, passé notamment par XBox et EA Sports. De quoi laisser augurer une mutation de la cellule de recrutement du club olympien ? Avec un investissement raisonnable, l’OM pourrait développer de nombreux axes pour améliorer son travail de captation. Reste à savoir si la nomination de Pablo Longoria sera effective, s’il s’entendra avec André Villas-Boas et qui composera la garde rapprochée de ce « Head of Football » qui devra faire beaucoup avec peu.

François Miguel Boudet
@fmboudet

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