Comment le Real Madrid a conquis le titre pendant le sprint final

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Real Madrid's French forward Karim Benzema (L) celebrates with teammates after scoring lduring the Spanish League football match between Real Madrid CF and Villarreal CF at the Alfredo di Stefano stadium in Valdebebas, on the outskirts of Madrid, on July 16, 2020. (Photo by GABRIEL BOUYS / AFP)

C’est officiel depuis jeudi 23h : le Real Madrid est champion d’Espagne pour la 34e fois de son histoire. Au terme d’un sprint final impeccable, les Vikingos ont doublé un FC Barcelone perdu dans sa crise d’identité et ses failles mentales. Solides et insubmersibles, les hommes de Zinedine Zidane ont fait parler l’ADN merengue.

Certains évoqueront Zinedine Zidane, d’autres Sergio Ramos, Karim Benzema ou l’aide technologique qui a donné un petit coup de pouce au destin. Une chose est en revanche certaine : le Real Madrid était en mission et seule une 2e vague de coronavirus aurait pu stopper la quête irrésistible d’un 34e titre de champion. Depuis le retour sur les terrains, les Vikingos ont terrassé les statistiques : 10 matches, 10 victoires. Net et sans bavure. Car quand il s’agit de défis, la Casa Blanca sait se mobiliser pour les relever, dans un esprit commando qui est devenu une des caractéristiques principales de l’équipe de ZZ.

La faillite du Barça

Au moment de l’annonce de cette trêve forcée, c’est bien le FC Barcelone qui était leader. Avec un petit point d’avance, les Culés auraient pu conserver leur couronne si la Liga n’avait pas repris. D’ailleurs, le Real Madrid venait de mordre la poussière au Benito-Villamarín contre le Betis (2-1). Néanmoins, la défaite lors du Clásico (2-0) avait établi les forces en présence : la Casa Blanca était parvenue à prendre la mesure de ce Barça perclus de doutes et qui venait de changer d’entraîneur au lendemain de la SuperCopa disputée en Arabie Saoudite. Finalement, le remplacement impromptu d’Ernesto Valverde par Quique Setién n’a pas infléchi la courbe de performance blaugrana. Ce sentiment de supériorité merengue a été accentué par les contre-performances des coéquipiers de Leo Messi. Quand le Real Madrid apparaîssait robuste, le Barça transmettait un sentiment de friabilité au moindre coup de vent.

Solidité défensive

Pour la postérité, cette Liga sera-t-elle celle de Sergio Ramos ? Son leadership, sa complémentarité avec Raphaël Varane et ses 10 buts cette saison font de lui un des grands artisans de ce retour au sommet de la hiérarchie domestique. Son apport a été essentiel lors des 10 derniers matches car c’est souvent de lui qu’est venue la solution. Longtemps moqué pour son tir au but envoyé dans la tribune en Ligue des Champions contre le Bayern, l’Andalou est devenu un expert en la matière. Plus affûté que jamais, Ramos est le totem du Madridismo, bien plus qu’un capitaine.

A son image, c’est toute l’arrière-garde qui a été superlative, avec seulement 23 buts encaissés sur l’ensemble de la saison, 4 depuis la reprise. Meilleure défense de Liga devant l’Atlético, excusez du peu, le Real Madrid a connu un seul trou d’air, contre la Real Sociedad en février (3-4). Hormis cette défaite à domicile, seul Levante, Grenade et le Betis sont parvenus à inscrire 2 buts dans un match de championnat. Outre la charnière, Thibaut Courtois a gommé tous les doutes de la saison dernière et il recevra le prix Zamora pour l’ensemble de son oeuvre. Sur les côtés, Dani Carvajal a été égal à lui-même, régulier dans l’excellence; à gauche, Marcelo et Ferland Mendy, sans proposer les mêmes garanties que leur pendant de droite, ont affiché un niveau honnête, avec une mention spéciale pour le Français qui a constamment progressé tout au long des matches, au point d’inscrire un but aussi beau que décisif contre Granada lors de la 36e journée.

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Benzema en mode MVP

Et si, plutôt que Sergio Ramos, cette 34e Liga merengue était symbolisée par Karim Benzema ? L’altruiste a un peu forcé sa nature mais fondamentalement, son jeu n’a pas évolué. Simplement, Cristiano Ronaldo n’est plus là pour prendre toute la lumière. Sur son nuage, l’attaquant est toujours ce joueur qui sait tout faire, capable de décrocher, de mener le jeu, de passer et de marquer. L’incarnation de l’intelligence au service du collectif. Son empreinte sur le jeu est telle qu’il ne serait pas injuste de le voir dépasser Leo Messi dans l’attribution du titre honorifique de meilleur joueur de la saison. Avec 21 buts et 8 passes décisives, et même s’il est guère sensible aux chiffres, les statistiques de Benzema parlent pour lui. Match après match, il se fait une place de choix dans l’histoire merengue.

Le milieu, la marque de fabrique ZZ

C’est l’empreinte du « Zidanismo ». Ce milieu de terrain protéiforme, capable d’évoluer à 3 ou à 4, de fatiguer et d’étouffer ses adversaires. Casemiro et Fede Valverde ne font pas dans le sentiment, privilégiant l’efficacité au style, même si cette efficacité devient un style au fur et à mesure des saisons. Pour la touche créative, Toni Kroos et Luka Modric dans un premier temps, Isco dans un second, sont capables de réguler le jeu, de maîtriser les temps faibles et les temps forts. L’Allemand et le Croate sont des métronomes et leur influence est sans commune mesure en Espagne. Même vieillissant, le Ballon d’Or 2018 a joué quelques participations remarquables après la reprise, se mettant au diapason d’un milieu sublimé par les qualités managériales de Zinedine Zidane qui gère les états de forme de ses joueurs avec un luxe d’intelligence. Plus que jamais, cette Liga porte le sceau du double ZZ, peut-être sa saison la plus aboutie en tant qu’entraîneur.

François Miguel Boudet

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