Zidane, un Cholo qui s’ignore ?

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Zinedine Zidane n’est pas un entraîneur idéologique. Davantage dans l’adaptation à la sauce Didier Deschamps, le Marseillais est un pragmatique qui, à rebours de ce qu’ont pu être les Galactiques de son époque de joueur, a converti le Real Madrid en machine défensive clinique. Et si Zidane avait créé un Cholismo vikingo ?

Joueur flamboyant par excellence, Zinedine Zidane ne reflète pas son passé d’esthète dans sa façon d’entraîner. Formé en France alors qu’il vit en Espagne depuis 2001, l’ancien numéro 5 de la Casa Blanca a pris le pli de cette identité tricolore, couplée à la culture tactique italienne qu’il a connu entre 1996 et 2001 lors de ses années à la Juventus. Cette sensibilité transalpine s’est accentuée au contact de Carlo Ancelotti à l’époque où le double Z était son adjoint. Avec le Castilla, Zidane n’était pas non plus un technicien sortant outrageusement du lot même si son équipe avait dominé le groupe II de Segunda B en 2015-2016. Alors quand il est devenu entraîneur numéro 1, un peu par défaut il faut bien l’admettre, les couteaux commençaient déjà à s’aiguiser.

La fin d’un cycle après la gloire?

La suite, on la connaît. Elle a été historiquement glorieuse et a démontré toute l’importance de ZZ pour remporter 3 Champion’s League consécutives et une Liga. Le Marseillais a logiquement décidé de respirer un peu en laissant sa place. Était-ce là la fin d’un cycle ? Cela en avait tout l’air et Zidane a compris qu’il était nécessaire de repartir de zéro, de changer d’entraîneur et de renouveler l’effectif. Preuve que son influence allait bien au-delà du terrain, la saison 2018-2019 a été chaotique et ni Julen Lopetegui ni Santiago Solari (introniser le coach de la B ne fonctionne pas systématiquement) n’ont réussi à faire oublier le coach français.

Lessivé par 30 mois intenses, l’effectif du Real Madrid avait un besoin impérieux de se régénérer. La saison 2018-2019 a donc été loin des récents standards merengue et Zinedine Zidane a refait son apparition sur le banc. Le Marseillais offre des garanties pour relancer un nouveau cycle victorieux, notamment en termes de leadership. Sa vision du jeu et ses principes tactiques sont partagés par les cadres. Ce n’est peut-être pas flambant visuellement mais ça a le mérite de l’efficacité. En ce sens, ZZ se rapproche de Diego Simeone : la bonne personne à la bonne place. En dépit des critiques sur le jeu qui peuvent émaner des supporters ou des journalistes, ils ont chacun à leur manière bâti des effectifs à leur image.

Pragmatisme et approche tactique

Zinedine Zidane a connu un apprentissage express en tant qu’entraîneur numéro 1 et malgré une armoire à trophées qui affiche déjà un excédent bagages, il reste un technicien jeune et en formation. Sa saison sabbatique lui a d’ailleurs permis de grandir et l’a rendu plus pragmatique que jamais. Dès son retour, et malgré un mercato costaud lui offrant de nombreuses possibilités avec les arrivées d’Eden Hazard, Luka Jovic, Eder Militao, Rodrygo et Ferland Mendy, ZZ s’est appuyé prioritairement sur les cadres du vestiaire et notamment son trident Casemiro-Kroos-Modric pour imprimer le rythme des rencontres ou bien Marcelo pour animer le couloir gauche. Aussi, les blessures récurrentes d’Hazard l’ont poussé à un turn over en attaque, à l’exception de Karim Benzema, et donc de mettre en place plusieurs systèmes en fonction des forces en présence.

Et malgré tout ces systèmes aux options variables, on a pu remarquer que son Real Madrid n’est pas une équipe à l’aise sur attaques placées (phénomène assez récurrent en Espagne). Zidane a donc logiquement restauré les fondamentaux pour s’en sortir en attendant mieux, et notamment l’intronisation d’Eden Hazard comme le facteur X de son attaque : domination au milieu, impact dans les duels, mental en titane. Et dans une Liga peu exaltante, cela suffit, surtout quand le Barça traverse une crise sportive depuis plusieurs mois (années ?), que l’Atlético doit faire sans Antoine Griezmann et intégrer Joao Félix, que Séville demeure trop irrégulier pour envisager mieux que la 3e marche du podium et que Valencia détruit tout ce qu’il a construit.

Retour de l’unocerismo à Madrid

Même si cette saison est particulière et que le Real Madrid a fait la différence après la crise sanitaire, l’impression laissée récemment par la Casa Blanca est celle d’une équipe insubmersible physiquement et mentalement. Et en se penchant sur les résultats des 3 dernières journées, on remarque que les Vikingos se sont à chaque fois imposés sur le score de 1-0 si cher à Diego Simeone lors des saisons précédentes, lui le roi auto-proclamé de l’Unocerismo. Mais au-delà des résultats cliniques, c’est aussi le contenu qui s’en rapproche sensiblement. Que ce soit face à l’Athletic Club, Getafe ou l’Espanyol, l’équipe de Zizou s’est d’abord montrée rigoureuse défensivement avant de vouloir exploiter les failles de l’adversaire sur ses coups offensifs. Actuellement, los Blancos préfèrent mettre en avant la cohérence générale de l’équipe plutôt que de faire briller un talent offensif devant, ou en tous cas à moindre mesure que par le passé.

Cela passe bien évidemment par une ossature solide et largement reconduite d’un match à l’autre. Au milieu de terrain, c’est la triplette Toni Kroos-Casemiro-Fede Valverde qui fait des merveilles et assure un certain contrôle sur la partie. Premier rempart d’une équipe de mieux en mieux organisée, la malice, l’abattage défensif et le volume de jeu proposé par ce trio permet de gratter un bon nombre de ballons et de soulager un secteur défensif finalement très peu inquiété. Parfaitement rodée et complémentaire, la charnière Sergio Ramos-Raphaël Varane couvre un gardien au top de sa forme qui retrouve au fil de la saison ses qualités démontrées à… l’Atletico lors de l’année du titre pour les Colchoneros. Aussi, les qualités défensives de Ferland Mendy permettent de combler certaines brèches en transition défensive. L’équipe merengue est donc logiquement la meilleure défense de Liga. Ainsi, Thibaut Courtois devrait remporter le trophée Zamora destiné au gardien qui a le moins encaissé de buts de la saison et succéder à… Jan Oblak, quadruple détenteur de cette distinction.

Offensivement, c’est souvent un joueur à vocation défensive qui vient débloquer la situation. Sergio Ramos vient de signer une saison à plus de 10 buts. Face à l’Espanyol, c’est Casemiro qui se retrouve en position la plus avancée sur le terrain pour conclure une très belle action collective et inscrire l’unique but de la rencontre. Comme dans le système de Simeone, le dépassement de fonction d’un des deux membres du doble pivote par la projection est essentiel pour amener le danger dans les 25 derniers mètres adverses. Et lors des deux parties suivantes, c’est le capitaine qui, sur penalty, a délivré les Merengues dans les derniers instants. Là aussi, on retrouve des éléments de comparaison avec l’équipe du Cholo qui marque énormément sur coups de pied arrêtés via ses défenseurs, notamment sur corner.

Fede Valverde ou l’incarnation d’un Cholismo vikingo

Fede Valverde a fait ses classes au Castilla et a donc été façonné par et pour son coach, comme le voudrait le processus de formation. En cela, il se rapproche de Thomas Partey, Saúl Ñíguez et Koke Resurrección, malgré des parcours différents dans les catégories inférieurs. Après une saison très convaincante en prêt au Deportivo de la Coruña (malgré la descente en Segunda), l’Uruguayen a d’abord été cantonné à un rôle de remplaçant. Il s’est ensuite progressivement imposé au milieu comme une vraie solution aux problèmes du Real Madrid. Particulièrement complémentaire avec ses partenaires de l’entrejeu, il dispose de qualités que Toni Kroos ou Casemiro n’ont pas (ou à moindre mesure), ce qui en fait un élément essentiel à son équipe. Vrai guerrier sur le terrain, Valverde est doté d’un gros volume de jeu ainsi que d’une vitesse intéressante pour combler les espaces, notamment en transition défensive. Aussi, sa vitesse sur les premiers mètres lui permet de sortir rapidement sur les milieux adverses pour ralentir leur progression. Ensuite, il aime se projeter vers l’avant pour apporter de la densité dans le dernier tiers et arrive souvent en seconde lame pour ouvrir des brèches dans la défense adverse, comme l’exigerait Diego Simeone avec Saúl par exemple.

De ce fait, Valverde est presque devenu évident dans les choix de ZZ, à tel point qu’il arrive même de le voir jouer sur l’aile droite du 4-4-2 avec Isco en meneur de jeu, même si ses performances à ce poste sont encore bien en-dessous de ce qu’il propose en tant que milieu relayeur. Sa polyvalence se rapproche d’ailleurs de celle d’un Marcos Llorente (toutes proportions gardées) dont il a suivi la progression pendant quelques années et qui explose aujourd’hui… chez le rival. En témoigne son tacle salvateur en finale de Supercopa de España face aux Colchoneros pour éviter le but d’Álvaro Morata dans les arrêts de jeu, il possède également une mentalité de gagnant qui le mènera sans doute très haut. Le Charrua a d’ailleurs été adoubé par Simeone après ce geste qu’il n’aurait pas renié quand il était encore joueur. En clair, l’Uruguayen est le milieu dont rêve le coach de l’Atleti, à la fois à l’aise devant et derrière, capable de répéter les efforts inlassablement et à la mentalité irréprochable. Finalement, son éclosion au Real souligne assez bien la présence des idées Cholistes au Bernabéu.

En dépit d’un palmarès évocateur, Zinedine Zidane est encore très largement perçu comme étant un « simple » meneur d’hommes, un ancien grand joueur capable de parler aux grands joueurs actuels, de faire entendre raison à Cristiano Ronaldo pour disputer moins de matches pour terminer la saison à bloc ou de défendre Karim Benzema face à la presse. Pourtant, il est un technicien capable de tirer le meilleur de son effectif. Ne pas être spectaculaire ne signifie pas que ce Real Madrid-là est dénué de qualités qui sont, peu ou prou, les mêmes que celles de l’Atlético de Madrid. Zidane ne serait qu’uniforme car pragmatique quand les idéalistes seraient forcément des entraîneurs plus complexes. Mais sur les dernières saisons, aucun entraîneur n’a plus gagné que Zidane et son probable 2e sacre en Liga pousse à lui donner raison quant à ses choix, une fois de plus.

Julien (@TorresismoATM) et François Miguel Boudet (@fmboudet)

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