Un communiqué uniquement en Basque et les dessous du départ de Beñat et San José

0
San José et Beñat n'ont pas encore annoncé dans quel club ils poursuivront leur carrière. Réponse en fin de saison... [Crédits : El Desmarque]

À la toute fin du mois de juin, Mikel San José a annoncé sur son compte Twitter qu’il ne poursuivra pas l’aventure à l’Athletic. En plus d’être écrit en son nom et en celui de son coéquipier Beñat Etxebarria, ce communiqué a la particularité d’être écrit uniquement en Basque. Un monolinguisme qui n’a pas été du goût de tous les supporters, et qui fait débat même au-delà.

Les deux milieux de terrain ne rentraient pas dans les plans de Gaizka Garitano. Le coach de l’Athletic, en poste depuis décembre 2018, a ses favoris au milieu de terrain. Face à la concurrence Dani García, et aux prometteurs Unai López et Mikel Vesga, les vétérans Mikel San José et Beñat Etxebarria n’avaient plus leur place. Leur contrat se terminant le 30 juin 2020, il était donc logique pour le club de ne pas proposer d’offres de renouvellement à ces deux joueurs.

Mais la manière de faire compte. Depuis le mois de janvier, la direction de l’Athletic est restée muette au sujet de la situation de San José et Beñat. Ayant interdiction d’en parler à la presse, les milieux de terrain n’ont pas eu l’occasion d’être plus bavard. C’est donc la veille de la fin de leur contrat qu’ils ont annoncé ensemble ne pas rester dans les rangs des Leones. Ils termineront cependant la saison, sans rémunération, avec l’assurance maladie comme seule garantie. Du côté de l’Athletic, rien. Ezer ez. Nada, si on veut être dans le plurilinguisme. Pas un retweet sur Twitter, pas un mot sur le site WEB, par un article sur la nouvelle application mobile. La manière de faire, donc.

José et Beñat, sur la droite, célébrant un but lors de la saison 2015/16 [Crédits : Explica]

Un communiqué jugé trop ‘local’ ?

L’annonce du départ a donc été faite sur Twitter, sous la forme d’un communiqué écrit uniquement en Euskara. Seules les personnes parlant le Basque ont ainsi pu comprendre le message passé par San José et Beñat. Bien qu’il paraissait évident que cela concernait la fin de leur aventure dans les rangs de l’Athletic.

Les réponses ne se sont pas fait attendre. Si les bascophones ont compris le message et ont apporté leur soutien aux deux milieux de terrain, ce n’a pas été le cas de tous les hispanophones. « Tu es aussi bon en communication que pour faire des passes… Vraiment mauvais », « Pourquoi exclure les supporters de l’Athletic qui ne parlent pas Euskara ? » peut-on lire, ou encore ce tweet interpellant le compte de la Police nationale espagnole : « S’agit-il d’une apologie du terrorisme ? ». Les médias se sont immédiatement saisis du sujet, dictés par leur ligne éditoriale et donc, rarement avec neutralité.

À LIRE : San José et l’Athletic soutiennent le droit à l’auto-détermination, et font polémique

Face à l’ampleur des réactions, San José a de nouveau saisi son téléphone, afin de clarifier les choses. « À aucun moment nous [lui et Beñat, ndlr] avons voulu exclure qui que ce soit, mais pour quelque chose d’aussi personnelle, nous avons préféré nous exprimer dans notre langue » s’est justifié le Navarrais, conseillant au passage un traducteur automatique « de qualité ». Une réponse qui n’a nullement calmé les tensions. « Si, tu as voulu exclure, et tu l’as fait » a répondu une personne s’affirmant « socio » de l’Athletic.

San José célébrant un but en décembre 2015, toujours de la même manière [Photo de IconSport]

Mais il dit quoi, ce communiqué ?

Le choix de s’exprimer uniquement dans la langue que l’on juge être la sienne peut, ou non, faire débat. Mais il n’a pourtant jamais été aussi simple de traduire une langue que l’on ne comprend pas. Si Mikel San José a partagé un traducteur automatique, un supporter de l’Athletic a pris les devants sur Twitter, traduisant intégralement le communiqué des joueurs. Les médias espagnols comme étrangers ont généralement offert une traduction, comme Inside Athletic pour les anglophones.

Au final, leur communiqué n’a rien de bien insolite, si ce n’est son monolinguisme. Intitulé « Burua eta bihotza » – comprenez ici, « Tête et cœur » –, il met en constante opposition les deux façons de penser qui se sont opposées au plus profond de Beñat et de San José. La tête, qui te rappelle que « que nous sommes des professionnels et que, logiquement, nous devons considérer nos intérêts ». Opposée au cœur, qui sait que « tout ce que nous avons vécu à l’Athletic est unique » et que le vestiaire est composé de « coéquipiers qui sont aussi des amis ». C’est pour ces raisons qu’ils ont décidé de « profiter jusqu’au dernier moment de faire partie d’un projet aussi spécial ».

Beñat Etxebarria après son but contre le Rapid Wien, en 2016 en Europa League [Photo de IconSport]

Evidemment, les fans ne sont pas oubliés. « La seule peine que nous avons c’est de ne pas pouvoir le faire avec les supporters » expliquent-ils en Basque, sans que certains puissent se savoir concernés.

Sur le banc aujourd’hui, sous l’ovation hier

Bien que plus au niveau aujourd’hui, ces milieux de terrain ont participé aux parcours européens de l’Athletic en 2016, ainsi qu’à la victoire en finale de la Supercopa 2015 contre le Barça. Aucun supporter n’a oublié la frappe du milieu de terrain que San José avait inscrit contre Ter Stegen cette année-là.

À LIRE : L’Euskal Selekzioa compose avec le volontarisme de ses joueurs

Beñat rappelle ces mêmes souvenirs. L’époque où l’Athletic d’Ernesto Valverde faisait trembler tous ces adversaires sur coups de pieds arrêtés. Ces derniers étaient tirés par Beñat, aussi bien les corners que les coups francs. On se souvient encore de celui qu’il avait frappé en avril 2019, à San Mamés contre Alavés. Ce sont des buts remarquables, qui renforcent l’importance et la mémoire de ces joueurs. Des Leones qui n’ont pas manqué de glisser plusieurs remarques envers celle qui sera bientôt leur ancienne direction.

La reprise de volée de San José, en finale de Supercopa contre le Barça. GO-LA-ZO [Photo de IconSport]

La direction de l’Athletic explicitement visée

Aitor Elizegi, au contraire, a bel et bien dû se sentir visé. L’actuel président de l’Athletic est violemment critiqué pour sa gestion du contrat de ces joueurs. Lui qui s’était déjà mis une grande partie des supporters à dos lors du départ du chouchou Markel Susaeta, Elizegi ne semble pas avoir retenu la leçon. En laissant dans l’incompréhension et l’ignorance des joueurs tels que Beñat et San José, l’ancien chef cuisto s’enfonce encore un peu plus

« Nous savions déjà qu’après cette date, nous n’allions pas continuer avec Athletic, bien que cela ne nous ait pas été expliqué avec certitude » expliquent-ils, avant d’ajouter qu’ils « auront l’occasion de raconter comment cela s’est passé, les dessous et les conditions » de toute cette histoire. Autant dire qu’Aitor Elizegi aura de nouveaux comptes à rendre. Le jour où Beñat et San José se décideront à parler de la façon dont ils ont été traités, peut-être que Markel Susaeta sortira à son tour du silence, pour retirer le voile sur ce qu’il a vécu la saison dernière.

Beñat avec Iñaki Williams, après avoir inscrit un magnifique coup franc en avril 2019 [Photo de IconSport]

Peut-être est-ce aussi pour cela que le service communication de l’Athletic n’a pas relayé le communiqué de ses futurs ex-joueurs. Mais est-ce également une raison pour ne pas évoquer leur départ à la fin de la saison ? À ce jour, seul Gaizka Garitano s’est exprimé publiquement sur le sujet, affirmant qu’il « compte sur eux jusqu’à la fin de la saison ». Aucun mot de l’Athletic, qui conserve à titre bénévoles deux anciens tauliers de son équipe. La véritable polémique pourrait bien être là, davantage que sur le monolinguisme choisi par les principaux concernés…

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

Commentaires