Liga / L’Atlético et la course à l’Europe !

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Même si le classement est un peu chamboulé après ces cinq premières rencontres, la lutte pour les places européennes en Liga reste acharnée et les concurrents à une potentielle qualification sont toujours aussi nombreux qu’avant la coupure liée au COVID-19. Certaines équipes ont gardé un rythme élevé pour se rapprocher de cet objectif tandis que d’autres ont totalement perdu pied et dégringolent au classement. Alors qui s’en sort le mieux? Quels adversaires sont les plus dangereux pour les Rojiblancos? Et comment expliquer ce changement radical de dynamique pour les Colchoneros

L’Athletic Club, Valencia et la Real Sociedad à la peine…

La reprise de l’Athletic fut d’abord placée sous le signe de l’émotion. Aritz Aduriz, emblématique attaquant basque de 39 ans a pris la décision difficile de mettre un terme à sa carrière alors même que le dernier match de son parcours devait être la finale de la coupe du Roi face à la Real. Déchirant… Cependant, l’équipe devait rapidement s’adapter et trouver les ressources nécessaires dans la mesure où le premier match post-confinement fut face à l’Atlético. Un match nul bien négocié qui constitua un bon résultat, et où les individualités fortes ont répondu présentes.

Iker Muniain, Unai Simón et le jeune Sancet, entré en cours de jeu, ont été particulièrement en vue. De bonne augure pour un lancement. Mais la suite fut en réalité plus laborieuse dans une course à l’Europe effrénée, et les Madrilènes ont creusé un sérieux écart par la suite. Bien que les résultats ne soient pas illogiques, le match nul contre Eibar a posé un considérable coup d’arrêt dans l’espoir de remonter. Ajoutons à cela une courte victoire contre un Betis quasi inexistant depuis la reprise, une défaite face à un petit Barça également ; la victoire face à Majorque 3-1 n’y fait rien, les basques sont bloqués à la neuvième place. Bien que tout ne soit pas perdu (Bilbao n’est qu’à six points de la sixième position), le match face à Valence demain soir risque de rapidement s’avérer crucial pour ne pas définitivement finir dans le ventre mou de cette Liga.

Crédits : Athletic Club

Septième avant la coupure, huitième aujourd’hui, le FC Valence va mal. Éliminé de la Ligue des Champions par l’Atalanta en mars, l’ex équipe d’Albert Celades avait matière à se relancer face à Levante. Raté. Malgré un match fini à 10 côté Levante, Valence n’a pas fait mieux qu’un triste 1-1 face à l’actuel 12ème. Sans un plan de jeu clair, dans lequel les joueurs (même les meilleurs) peinent à tirer leur épingle du jeu, l’équipe a lourdement chuté 3-0 face à un Real Madrid sans pitié depuis ce mois de juin. C’est fragilisés et sans repère que les Valenciens se sont tout de même imposés 2-0 face à Osasuna, mais la chute n’était pas terminée pour autant. Les deux derniers matchs ont laissé des traces. Défaites contre Eibar puis Villarreal, un concurrent direct qui plus est. Résultat d’ailleurs fatal à l’entraîneur nommé pour remplacer Marcelino il y a quelques mois, qui n’a jamais proposé quoi que ce soit d’excitant à sa formation.

Le problème est peut-être plus profond que ça au club et une non-qualification en coupe d’Europe l’an prochain fragiliserait encore un peu plus l’édifice. Ferran Torres est plus que jamais annoncé sur le départ, lui qui a toujours fait partie du club, José Gayà a vu sa saison s’achever à cause d’une blessure, le gardien néerlandais Cillessen ne se montre pas au niveau dans les cages depuis un moment et beaucoup d’autres exemples pourraient être pris. Fatalement, la saison des Che s’annonce ratée. Alors que la direction semble faire le choix d’une stratégie s’éloignant du 100% sportif, difficile de voir clair dans l’avenir du club. Malheureux pour une formation somme toute attrayante menée par un grand Daniel Parejo.

Crédits : Foot Mercato

La Real Sociedad pour sa part fait sans doute partie des équipes les moins bien revenues d’Europe. Avant le confinement, l’équipe finaliste de la coupe d’Espagne pointait à une fière quatrième place au classement, devançant l’Atlético de Madrid notamment. Dans une dynamique idéale emmenée par sa jeune garde, la Real s’est vue arrêtée nette et n’a pas su repartir. Le bilan est accablant : cinq matchs, quatre défaites, un match nul. Résultat, la quatrième place est bien loin, la septième étant aujourd’hui la leur. Il semble lointain le temps où la bande à Isaak, Odegaard, Oyarzabal ou encore Januzaj renversait l’équipe de Simeone ou faisait match nul face au Barça.

Sans accentuer le tort, la formation de San Sebastián affiche un niveau proche d’une équipe relégable depuis juin. Incapable de s’imposer contre Osasuna ou Alaves, renversée de peu face au Real ou au Celta, le coup de massue ne date pas d’hier. Beaucoup d’équipes se tiennent de peu comme on le remarque. Conséquence : beaucoup de matchs sont décisifs et hier, Getafe l’a emporté sur le score de 2-1. Cruel quand on s’attarde sur la physionomie du match mais symptomatique d’un groupe qui ne trouve pas de solution. La Real Sociedad était l’une des surprises de cette Liga, se montrant clairement au niveau des habituels cadors. Ce statut a désormais du mal à leur coller à la peau, eux qui en cours de saison se fixaient pour objectif la LDC…

Crédits : OptaJose

Villarreal, Getafe et Sevilla toujours en course ?

Le sous-marin jaune, bien caché à la huitième place du classement avant la reprise, surfe désormais sur une dynamique exceptionnelle. Presque mise de côté au vu de son retard dans cette course endiablée à la LDC, c’est finalement la seule équipe à faire aussi bien que l’Atlético avec treize points pris sur quinze possibles. Pour cela, Javi Calleja peut compter sur un groupe en bonne forme avec des individualités qui sortent du lot. Santi Cazorla est toujours aussi à l’aise pour organiser le jeu de son équipe et les retours au premier plan de Samu Chukwueze et Gerard Moreno, un peu effacés avant la reprise, sont essentiels à la bonne dynamique de cette équipe. Aussi, l’éternel Bruno Soriano est de retour de sa grave blessure pour grappiller quelques minutes de jeu mais surtout encadrer les jeunes de l’équipe dans cette lutte pour l’Europe.

Et en plus de se repositionner à seulement trois longueurs de la quatrième place du championnat, synonyme de qualification en LDC, Villarreal prend un peu de distance avec ses poursuivants en allant chercher des résultats face à ses concurrents directs : victoire dans le derby de Valencia 2-0, victoire face à Granada 0-1 et nul face à Sevilla 2-2. La dynamique est donc très positive, et sauf catastrophe, l’équipe de Calleja a déjà sécurisé une place en Europa League à la fin de la saison. Mais évidemment le sous-marin jaune regarde maintenant un peu plus haut et espère doubler Sevilla dans le money-time… De quoi rêver d’une nouvelle épopée en LDC après celle de la superbe équipe de Manuel Pellegrini ?…

Crédits : News18

Du côté du Coliseum Alfonso Péreuz de Getafe, les Azulones nous ont offert une première partie de saison surprenante (ou pas?), les plaçant quatrième ex-æquo du championnat et donc aux portes de la C1 avant la trêve. Après avoir loupé cette qualification de peu l’année dernière, l’espoir était permis. Malheureusement pour eux, la reprise est plus compliquée que prévue et l’avance obtenue sur ses concurrents directs est petit à petit en train de fondre. Avec une première défaite face à Granada 2-1 ainsi que trois match nuls contre des adversaires de la deuxième partie de tableau, Getafe n’avance plus mais profite des faux-pas de ses adversaires pour se stabiliser à la sixième place du championnat.

Toujours dans leur style caractéristique, et si efficace jusque-là, les hommes de Bordalás entament pourtant bien leurs rencontres en y mettant beaucoup de rythme et de cœur par l’intermédiaire de Cucurella ou encore Arambarri. Cependant, ils n’arrivent plus à être aussi cliniques devant le but que lors de la phase aller : seulement trois petits buts marqués en quatre matchs, c’est bien trop peu pour espérer jouer des coudes avec l’Atleti, Sevilla ou Villarreal. Ces résultats sont donc aussi le reflet d’un effectif trop limité pour enchaîner autant de matchs à cette intensité. Lorsque l’on compare avec les favoris à l’Europe, les cinq changements sont souvent la clé pour déverrouiller la rencontre, ce qui n’est pas le cas de Getafe. Malgré tout, les Azulones ont battus (miraculeusement) la Real Sociedad hier en inscrivant deux buts… Mais est-ce assez pour relancer la dynamique et tenir cette place qualificative pour la C3?

Crédits : AFP

Séville, elle, était bien placée à la troisième place du championnat avant la pause. Les Andalous espèrent retrouver la LDC deux ans après leur dernière participation. Actuellement quatrième et donc virtuellement qualifié après cinq rencontres jouées, Sevilla joue à se faire peur et voit ses adversaires se rapprocher dangereusement. Les Blanquirrojos, pas vernis par le calendrier il est vrai, n’ont pas réussi à enchaîner après le succès dans le derby face au Betis puisqu’ils ont concédé quatre matchs nuls de suite, dont un face au Barça et un autre face à Villarreal. Mais même avec sept points pris sur quinze possible, les Sudistes ont l’avantage d’encore avoir leur destin entre leurs mains.

Cela passe bien-sûr par des performances solides, et ça tombe bien, Julen Lopetegui peut compter sur une charnière Koundé-Diego Carlos de top niveau mondial pour assurer une assise défensive cohérente. Devant, c’est Lucas Occampos qui entretient la flamme offensive avec ses douze réalisations et ses trois passes décisives en championnat cette saison. Il est aussi important de noter que l’effectif de Sevilla est plutôt bien fourni et que la rotation au milieu de terrain avec des profils différents comme Oliver, Jordán, Banega ou encore Fernando apporte énormément de solutions en cours de match pour changer la physionomie des rencontres. On a notamment vu un changement de système avec un passage à trois défenseurs vraiment bénéfique pour ressortir proprement face au Barça. On peut donc imaginer que sur la durée, l’équipe sndalouse va s’en sortir et accrocher cette quatrième place qualificative pour la LDC, mais attention, Villarreal revient très fort…

Crédits : RMC Sport

Et l’Atlético dans tout ça?

Les Rojiblancos, mal embarqués après une première partie de saison mitigée et une décevante sixième place, devaient tenter le tout pour le tout afin d’espérer décrocher une place en LDC à la fin de la saison. Et force est de constater que les joueurs de l’Atlético l’ont bien compris en enchaînant cinq matchs de bonne qualité et surtout cinq matchs sans défaite : un nul face à l’Athletic Club pour la reprise, puis quatre victoires. Aujourd’hui, le club madrilène est le plus performant du championnat avec Villarreal, ce qui lui permet de se positionner sur la troisième marche du podium et d’avoir un matelas suffisamment confortable pour envisager une qualification à la fin de l’exercice.

Au-delà du résultat et des points engrangés, c’est bien la manière qui interpelle. Les hommes du Cholo sont revenus avec les crocs et un allant offensif partiellement retrouvé, leur permettant ainsi d’inscrire dix buts en cinq rencontres dont une incroyable manita face à Osasuna. Restés sur le même élan qu’avant la pause et le très bon mois de mars avec le huitième de finale de LDC face à Liverpool, les joueurs de la capitale impressionnent sur certaines séquences. Ne rechignant pas la possession en camp adverse, les Colchoneros imposent leur rythme à la rencontre et prennent de plus en plus d’initiatives avec ballon. Comment peut-on alors expliquer ce changement d’attitude et de dynamique?

D’abord, il est important de noter que l’apport des recrues est essentiel depuis la reprise. La phase d’adaptation aux principes du Cholo semble toucher à sa fin et certains joueurs peuvent donc logiquement exploser, comme bon nombre d’entre eux par le passé. Contrairement à d’autres, Felipe avait très rapidement pris ses marques aux côtés du Comandante Giménez après une intégration rapide au sein du collectif pour former une des meilleures charnières d’Europe. Dans les couloirs, Lodi et Trippier sont devenus essentiels pour leur rigueur défensive et leur apport offensif, via la percussion pour le premier et les centres pour le second. Devant, on retrouve un João Félix plus à l’aise et libre entre les lignes, ce qui lui permet de se retrouver dans des situations et des zones qui lui conviennent mieux, en témoigne son premier et récent doublé avec l’Atletico.

Crédits : Gilabola

Et comment ne pas parler de Marcos Llorente quand on parle de transformation et d’intégration au sein d’un collectif… Passé de joueur de rotation à héros de tout un peuple, ce n’est pas chose aisée, mais le milieu (attaquant, ailier, sentinelle et que sais-je encore) espagnol l’a fait et ne compte apparemment pas descendre de son petit nuage tant il excelle. Facteur X et dans tous les bons coups depuis Anfield, il est le principal artisan des récentes performances de l’équipe. Il permet à la fois d’étirer le bloc pour créer des espaces que João Félix exploite entre les lignes et aussi de les attaquer avec son coffre exceptionnel, adorant par-dessus tout celui entre le central gauche et le latéral. Par exemple lors du dernier match face à Alavés (et ce n’est pas un cas isolé), il est à l’origine des deux buts de la partie pour les Colchoneros alors qu’il n’est entré en jeu qu’après 60 minutes.

«LES ENTRÉES EN JEU DE YANNICK CARRASCO ET MARCOS LLORENTE ONT DONNÉ DE L’ÉNERGIE À L’ÉQUIPE. SURTOUT AVEC LLORENTE»

SIMEONE APRÈS LA VICTOIRE FACE À ALAVÈS

En plus de ses recrues en pleine forme l’Atlético compte plus généralement sur un effectif qui tourne particulièrement bien en ce moment. Les cinq changements permettent une émulation positive au sein du groupe en redonnant de l’importance aux supersubs que sont Vitolo, Correa, Carrasco ou Herrera. Deux d’entre eux ont d’ailleurs été décisifs et ont donc été utiles pour garder cette continuité dans les résultats. Aussi, les changements permettent évidemment de faire souffler des joueurs majeurs de l’équipe comme Saul, Félix ou Koke pour apporter un peu de fraîcheur à cette équipe qui mise beaucoup sur le coffre physique de ses joueurs lors des rencontres, même si c’est un peu moins le cas depuis la reprise avec l’emprise grandissante sur les rencontres.

Nuançons tout de même les récentes performances en soulignant que le calendrier était jusque-là plutôt favorable et que l’Atleti attend encore les chocs décisifs pour une qualification en C1 face au Barça, à Getafe et à la Real Sociedad. De plus, il faut remarquer que tous les matchs ne sont pas maîtrisés à 100% et que l’organisation du Cholo est encore largement perfectible sur plusieurs points. D’abord le plus évident, il faut à tout prix réussir de meilleures transitions défensives car en contre, les Madrilènes sont très souvent mis en danger, même par des équipes jugées plus faibles comme Valladolid par exemple. Ensuite, il faut réussir à trouver un certain équilibre dans les options offensives à savoir mieux varier entre les débordements sur les ailes et les combinaisons à l’intérieur, parfois trop insistantes. Enfin, même si une certaine efficacité est de retour, l’Atlético reste toujours l’équipe avec le plus faible total de buts du championnat par rapport aux xGoals et doit donc s’appliquer à la finition.

Crédits : Getty Images

Bilan paradoxal et la suite en Ligue des Champions

La saison de l’Atlético de Madrid s’achève bientôt, en Liga pour le moins. Tout n’est pas encore joué mais la troisième place semble finalement leur être promise tant certains concurrents évoqués plus tôt sont à la peine. Naturellement, la très bonne dynamique depuis la reprise n’est pas étrangère à la remontée au classement des Rojiblancos et contraste avec le manque de continuité global sur la saison.

Si l’on prend un peu de hauteur et que l’on revient au début de cette saison exceptionnellement longue, celle-ci est décevante. Rappelons-nous que nous nous sommes pris à rêver de titre en voyant le jeu proposé lors d’une pré-saison exaltante avec des recrues remplaçant intelligemment chacune de nos pertes importantes à savoir Griezmann, Lucas Hernández ou Rodri. Mais au cours des matchs, l’équipe est retombée dans ses travers, et peut-être plus qu’à l’accoutumée, n’arrivant pas à se renouveler comme le souhaiterait Simeone. Saison de transition pour certains, flop dans les choix estivaux pour d’autres, sans être catastrophique, la situation n’était pas des meilleures. L’Atletico, décroché pour la lutte avec les très gros, n’arrivait même pas à tenir le rythme de la Real Sociedad ou de Getafe. Et c’est d’autant plus dommage que le niveau moyen du championnat cette année était globalement faible et qu’il y avait peut-être un coup à jouer…

Mais par la suite, l’équipe a changé de visage et le déclic, on le connaît. L’Atlético de Madrid a fait tomber les champions d’Europe en titre lors d’une double-confrontation exceptionnelle. Cette période a sûrement été fondatrice pour les joueurs et pour le groupe certes, mais pour le coach, aussi. Simeone a gagné, a fait taire les critiques et s’est remis en question. Le changement, nous l’observons depuis quelques semaines dans le jeu, et cela nous réserve de beaux moments si cela continue… La suite, parlons-en. Dans un premier temps, les Colchoneros ont une saison européenne à boucler. Alors que le continent les donnait perdant, voilà qu’ils sont cités parmi les favoris aujourd’hui en LDC. Peut-être dans l’euphorie de l’exploit d’Anfield c’est vrai, mais avec ce format expérimental pour les derniers matchs de la compétition et des organismes particulièrement fatigués, tout est possible.

À plus long terme, c’est à la saison prochaine qu’il faut penser. La phase de transition entre ancienne et nouvelle génération est passée, la mue tactique du Cholo semble enclenchée, et l’effectif semble stable sans craindre de départ majeur comme c’était le cas lors de ce mercato d’été. Avec un groupe d’aussi bonne qualité, une grande confiance emmagasinée et cette dynamique qui ne cesse d’être positive, Simeone doit imaginer beaucoup de scénarios pour la saison suivante. D’autant plus que le projet Barcelonais semble prendre du plomb dans l’aile avec les problèmes de direction actuels et que les voisins Madrilènes ne sont pas au top… De quoi titiller le titre l’année prochaine ?

Julien (@TorresismoATM) & Mathieu (@Mathieu_Chb)

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