Mercato – Mohammed Salisu, le roc déjà à l’étroit à Valladolid

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Crédits : Iconsport

Mohammed Salisu, ce nom ne vous dit sûrement pas grand chose et c’est normal. Défenseur central de formation et Ghanéen mais surtout gaucher, ce roc découvre la Liga cette saison mais a déjà mis tout le monde d’accord. Malgré l’arrêt brutal des compétitions, son nom est encore annoncé un peu partout cet été. Présentation d’un garçon qui ne perd pas de temps.

Le football est un monde particulier. Économie florissante mais fragile, bulle pour beaucoup, il vit une période particulière avec la crise sanitaire liée au COVID-19 qui a paralysé la planète entière. Alors que Javier Tebas pousse pour reprendre la compétition, les gazettes sportives ont continué de tourner et le mercato ainsi que les diverses rumeurs de transfert ne se sont pas arrêtés. L’une des plus persistantes est le départ de Mohammed Salisu. Valladolid semble déjà trop petit pour le mur ghanéen comme le surnomme El Pais. Sa très bonne saison ainsi que son contrat court et sa clause libératoire basse en font un garçon logiquement courtisé. Mais peut-il vraiment déjà sauter le pas ? Éléments de réponse.

Un garçon pressé

En l’espace d’un peu plus de trois ans, Mohammed Salisu a quitté son Ghana natal pour rejoindre l’Espagne et Valladolid pour finir par devenir un excellent défenseur de Liga. Après avoir très vite été au niveau avec la réserve du club, il profite du départ de Fernando Calero l’été dernier pour être définitivement intégré à l’effectif pro de Valladolid. Fran Castaño, l’Espagnol qui l’a découvert au Ghana et envoyé en Espagne était élogieux sur son niveau. Pourtant leur première rencontre n’a pas été la meilleur. Le central est arrivé en retard et n’avait pas de chaussures.

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Cela n’a pas empêché l’ancien entraîneur de faire signer le natif d’Accra dans sa prestigieuse académie. Son arrivée en Espagne n’a pas été chose aisée malgré son talent certain. L’entraîneur espagnol l’explique « J’ai proposé Salisu à d’autres équipes et personne ne voulait de lui. Quand j’ai vu que le jeune de Valladolid était formé par Víctor Fernández, que j’avais rencontré à Leganés lorsque j’étais analyste de l’équipe, je lui ai parlé. Dès le premier moment, lui et Alberto Marcos m’ont fait confiance ». Fran est dithyrambique sur sa pépite :

« Je l’ai trouvé très élégant et il était également gaucher, ce qui est très rare en Afrique. »

Lorsque Salisu arrive en Espagne, il est confronté à un nouveau défi. Le football pratiqué à Accra et celui exigé en Espagne est très différent comme l’explique le défenseur: « Au Ghana on joue plus comme en Angleterre mais en Espagne on joue au tiki taka, un bon football. Au Ghana, nous frappons et courons, frappons et jouons agressivement ». Couvé par Kiko Olivas notamment, Mohammed Salisu travaille alors d’arrache-pied. Discret en dehors du terrain, il se transforme crampons au pied. Travailleur, solide dans les duels, pas maladroit avec le ballon et surtout gaucher, il s’impose comme LE jeune à suivre dans le secteur défensif de Valladolid. Le club propriété de Ronaldo ne croule pas sous les millions et a l’habitude de faire confiance à ses jeunes pour remplacer les joueurs qui quittent le club.

Son apprentissage des schémas de jeu et des nouvelles attentes ne sont pas choses aisées. Victor Fernandez, deuxième meilleur buteur de l’histoire de Valladolid et surtout l’un des premiers entraîneurs de Salisu en Espagne le confirme. « On a vu que tactiquement il lui manquait beaucoup de choses mais il l’a compris facilement et très rapidement, malgré la barrière de la langue. Dès son arrivée, avec deux de mes séances d’entraînement, j’ai vu que cela faisait une différence. Le physique qu’il avait, ainsi que les coups intérieurs et extérieurs étaient bestiaux. Tout ce qui se passe, j’imaginais que ça allait arriver ».

Dans une formation solide mais qui n’est taillée que pour le maintien, Mohammed va trouver un terrain de jeu parfait. Le style prôné par son coach, Sergio Gonzalez, l’effectif qui allie jeunesse et expérience ainsi que l’absence relative de pression nocive autour du club vont lui permettre de passer de jeune à suivre à titulaire quasi indiscutable d’une des meilleures défenses de Liga et surtout de maximiser son potentiel. Sa faute qui a offert un penalty à Villarreal en début de saison n’a pas remis en cause sa position dans la hiérarchie des défenseurs. Gonzalez le soutenant en conférence de presse juste après :

« C’est un joueur imposant physiquement qui n’a pas de frein. Seuls les matchs et l’expérience lui permettront de s’améliorer, sinon il a arrêté de nombreux tirs, il était très fort en pression, a bien traversé les lignes et a joué un bon match. »

Un style de jeu qui lui va comme un gant

Il est difficile de ne pas parler du jeu mis en place par Sergio Gonzalez pour expliquer le niveau actuel de Salisu. Actuellement, Valladolid n’a pas les joueurs pour pratiquer un toque de qualité. L’équipe doit batailler pour le moindre point et c’est sur une défense de fer que l’équipe peut s’appuyer. Le bloc est bas, la possession est faible (l’un des pires pourcentage de Liga) mais le ballon est rarement balancé. L’équipe sait faire preuve de patience quand elle dispose du cuir, elle court juste souvent derrière en coulissant pour étouffer son adversaire.

Souvent associé à Kiko Olivas qui est rapidement devenu le mentor du Ghanéen, Salisu fait office de référence. Doté d’un physique de colosse il fait le ménage et résiste assez bien à la pression. Sans être un relanceur de grand talent, il ne balance pas quand une solution intéressante s’offre à lui et assure souvent. Mieux encore, il est assez fiable et supporte assez bien la pression des rencontres. Les bons résultats de Valladolid face au gros montre bien que l’équipe est souvent au niveau et Salisu en est une des clés.

« Il (Salisu) pourrait s’améliorer tactiquement. Des choses manquent toujours mais c’est normal. Vous devez acquérir de l’expérience et du savoir, surtout, quel est le meilleur choix à chaque instant. Pourtant, il fait des matchs incroyables et il est assez contrôlé » – Kiko Olivas

Très solide dans les duels, il a encore trop tendance à se précipiter et peut donc faire des fautes évitables. Sa volonté d’être protagoniste et donc d’être actif plutôt que passif dans les duels est intéressante. Il ne cherche pas à subir le jeu. Sa progression est réelle et au fil des sorties, c’est un garçon plus assuré et plus fiable qui a émergé. Sa propension a laissé que des miettes à ses adversaires directs en font un garçon parfait pour une équipe qui joue avec un bloc bas. Les parallèles avec Djené de Getafe sont assez facile à tirer. Cependant, la gestion de la profondeur ainsi que de l’espace entre lui et son latéral reste une des lacunes claires de Salisu même si elle est masquée par le style choisi par Sergio Gonzalez.

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Ce style de jeu peut assez aisément sur-évaluer son niveau réel. L’idée n’est pas de remettre en question sa saison, mais Salisu a trouvé le style parfait pour se montrer et maximiser ses qualités. Guillermo Maripan a eu de mal à confirmer au début lors de son départ d’Alaves dans une équipe bien plus exposée dans le jeu. Attention de ne pas brusquer le étapes, on parle ici d’un joueur de 20 ans, avec un talent certain mais sa marge de progression est difficilement quantifiable.

Une aubaine sur un marché déraisonnable ?

Bien sûr, le COVID-19 fait planer le doute sur la capacité future des clubs à déplacer des sommes importantes dans le rachat de contrat lors des mercato estivaux mais sa bonne saison et sa clause libératoire à 12 millions font de Salisu une affaire au vu des qualités et du caractère qu’il démontre pour sa première année en Liga. Bien sûr, il est difficile de jauger son potentiel réel après seulement 27 matchs en D1 mais il est certain que son avenir semble radieux.

« Mon idole est Umtiti parce que j’aime la façon dont il joue et au Ghana mes amis m’ont appelé ainsi. Il est très bon avec et sans ballon ».

Annoncé proche de Manchester United mais aussi de divers clubs espagnols et français, Salisu semble déjà prêt à plier ses bagages et quitter Valladolid alors qu’il ne parle toujours pas pleinement l’Espagnol. Son agent, le père de Juan Mata n’a pas hésité à confirmer que le chant du départ trottait dans la tête de son poulain. Un transfert, si il est associé au maintien du club, permettrait à tout le monde d’y trouver son compte.

Le club de Pucela confirmant sa bonne formation tout en flattant ses finances et le Ghanéen de 22 ans continuerait sa progression de façon linéaire. Attention cependant à ne pas voir trop grand trop vite, Mario Hermoso transfuge de l’Espanyol à l’Atletico tarde à s’informer dans un effectif bien plus pléthorique. Une chose est sûre, le nom de Salisu n’a pas fini de faire la Une des canards spécialisés ou non dans le mercato.

Benjamin Chahine

@BenjaminB_13

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