Aritz Aduriz, l’inoubliable, tout simplement

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Aritz Aduriz en 2016 aux Marca Awards Show [Photo de Icon Sport]

On le savait depuis août dernier, Aritz Aduriz devait raccrocher les crampons à la fin de la saison. Mais tout comme les supporters de l’Athletic, les passionnés de football espéraient que la suspension de la Liga retarderait ce départ. Celle-ci devrait reprendre d’ici un mois, et l’équipe basque doit jouer la finale de Copa del Rey à une date encore inconnue. À eux deux, ces imprévus constituaient l’espoir de revoir l’attaquant de 39 ans fouler la pelouse de San Mamés. Au final, il n’en sera rien. 

Vous l’avez lu dans la quasi-totalité des articles français à son sujet, « Aduriz est comme le bon vin, il se bonifie avec le temps ». Aujourd’hui, on pourrait dire que « toutes les bonnes choses ont une fin ». C’est d’ailleurs la mentalité que semble avoir le principal concerné dans sa lettre d’adieu. « Eh oui, l’heure est venue de nous dire au revoir » déclare Aduriz, quelque peu fataliste.

Il faut dire que le départ du natif de Donostia est loin d’être celui auquel on s’attendait. L’année dernière, le stade San Mamés faisait ses adieux à un historique chouchou, Markel Susaeta. Quelques années plus tôt, le défenseur et capitaine Andoni Iraola marquait devant son public, pour son dernier match avec le maillot zuri-gorriak. Avec Aritz Aduriz, le dernier hommage était aussi attendu qu’appréhendé. On l’imaginait avec un tifo tout le long du stade, une banderole géante à son effigie, ou même avec. C’était sans compter sur deux facteurs, non-négligeables, que sont l’épidémie de Coronavirus et les soucis médicaux de la Légende.

Une saison à moitié terminée et une finale en attente

Le premier n’est pas des moindres, il a suspendu la compétition et contraint les équipes à jouer à huis-clos, jusqu’en 2021. Soit bien après la fin de l’actuelle édition, censée être la dernière d’Aduriz. La reprise de la Liga pouvait cependant signifier le renouvellement de l’attaquant, afin qu’il termine – plus ou moins – comme il se doit sa carrière. Intervient alors le second facteur, celui qui empêche Aritz de jouer. « Les médecins m’ont informé hier qu’il fallait que je me fasse opérer de la hanche » explique-t-il dans sa lettre d’adieu, ajoutant que sa blessure affecte également sa « vie de tous les jours ».

La blessure à la hanche d’Aritz Aduriz ne s’est jamais réparée, il devra porter une prothèse [Photo de IconSport]

Aritz Aduriz ne terminera pas la saison qu’il a commencée. Il ne participera pas non plus à la finale de Copa del Rey, qui devait se jouer en avril contre la Real Sociedad. « Nous rêvons tous de gagner la Copa » affirmait-t-il au nom de ses coéquipiers, qui eux-mêmes souhaitaient la gagner en hommage à leur coéquipier. Cette finale devait terminer en beauté la carrière atypique d’Aduriz. Là-encore, il n’en sera rien. L’attaquant regardera son équipe depuis les tribunes du stade de la Cartuja.

Un joueur mythique, bien au-delà de Bilbao

San Mamés ne pourra donc pas faire ses adieux à un joueur qui l’a fait vibrer à de nombreuses reprises depuis septembre 2002. Le dernier but du Zorro n’est d’ailleurs pas des moindres puisqu’il s’agit de la ‘chilena’ contre le Barça, en août 2019. À peine rentré sur la pelouse, il adresse une superbe retournée acrobatique en toute fin de match. Premier but de la saison 2019/20, le dernier de la carrière d’Aritz Aduriz. Celle-ci est d’ailleurs loin d’avoir été linéaire, ni même prévisible. On parle ici d’un attaquant qui a marqué 54 buts avant d’avoir 30 ans, et 159 après la trentaine. On parle également d’un joueur passé par différent club avant de définitivement prendre sa place à l’Athletic. Il a ainsi inscrit une vingtaine de buts avec Mallorca, avant de réaliser la même performance sous les couleurs de Valencia.

Contre le Barça en août 2019, le dernier but de sa carrière, celui que personne n’oubliera… [Photo de Icon Sport]

De par son explosion tardive, Aduriz n’a jamais réellement eu sa place dans la sélection espagnole. Sur la pelouse à treize reprises, il devient cependant le plus vieux buteur de la Roja en 2016, alors âgé de 35 ans. Son impact est beaucoup plus important avec l’Euskal Selekzioa. Avec la sélection non-reconnue du Pays Basque, l’attaquant a inscrit 12 buts durant ses seuls 13 matchs joués.

Il sera également honteux d’oublier de parler de son parcours européen. Sacré meilleur buteur de l’Europa League à deux reprises, en 2016 et 2018, il est aussi l’auteur du premier quintuplé dans cette compétition. Les supporters de l’Athletic n’ont pas oublié ce record. Les observateurs non plus, puisqu’il a été réalisé par un joueur déjà âgé de 35 ans. L’âge où il est arrivé au sommet, sans aucun doute.

Inoubliable, tout simplement

Auteur de 172 buts sous les couleurs de l’Athletic, Aduriz est le joueur que les supporters n’oublieront jamais. Il est celui dont les entraîneurs – de Valverde à Garitano – ont tenté sans relâche de trouver un remplaçant, avant finalement d’opter pour Iñaki Williams. Mais il est également celui qui laissera des souvenirs impérissables aux adversaires. L’un des plus connus n’est autre que le gardien du Barça, Ter Stegen, qui reconnaît qu’Aduriz « est toujours un adversaire compliqué » mais également « le plus difficile à affronter ».

Ça ne vous rappelle pas le logo d’un site français spécialisé sur le football espagnol ? [Photo de Icon Sport]

En France, les supporters de l’Olympique de Marseille n’ont également pas oublié la star basque. En 2016, il réalisait une improbable reprise de volée en Europa League, depuis les 35 mètres. Aritz Aduriz laisse un souvenir impérissable auprès de ses admirateurs comme de ses adversaires. Mais il est également une preuve d’humilité dans le monde du football, rappelant qu’un joueur est avant tout un humain comme les autres. « C’est ainsi qu’est la vie d’un footballeur professionnel. Simple, très simple » confirme-t-il dans ses adieux.

Une vie que personne n’aurait pu imaginer

Une telle façon de prendre sa retraite risque de laisser un sentiment amer dans la bouche des Bilbotarrak, peut-être davantage que pour l’attaquant. Le dernier match est l’occasion de rendre un hommage, de remercier à nouveau quelqu’un qui aura énormément apporté. Il ne pourra jamais être rendu, mais le souvenir qu’il laisse est des plus forts, des plus sincères.

La carrière d’Aduriz n’a été qu’imprévisible. Qui aurait imaginé que ce jeune donostiarra, passionné de ski de fond et de surf, allait un jour devenir une légende du football basque et espagnol ? Personne. Et c’est peut-être finalement ça, le plus beau dans son histoire.

Aritz Aduriz, qui d’autre à part lui ? [Photo de Icon Sport]

Aritz, je te remercie pour tout ce que tu as fait, pour tous ces moments de joie que tu m’as donné, pour ce que tu as fait dans ma vie, et dans celles de bien d’autres. Personne ne t’oubliera ici, jamais.

Jérémy Lequatre-Garat
@Euskarade

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