Atletico – Formatage et héritage Choliste

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11th March 2020; Anfield, Liverpool, Merseyside, England; UEFA Champions League, Liverpool versus Atletico Madrid; Atletico Madrid manager Diego Simeone reacts nervously as his team hold their lead late in the game Photo by Icon Sport - Diego SIMEONE - Anfield Road - Liverpool (Angleterre)

Le football des années 2010 est marqué par l’avènement d’une nouvelle conception du football : le Cholismo. A contre-courant, Simeone a su inculquer des principes forts à ses joueurs que ces derniers ont désormais au plus profond de leur âme. Après presque dix années au plus haut sommet, il est légitime de se demander d’où vient le secret de cette longévité ? Comment a-t-il transformé la vision du football de ses joueurs? Comment ce savoir est-il transmis au sein de cette équipe? Qui sont les relais du Cholo ? Focus.

Le coach Argentin a pris son poste aux commandes de l’Atlético lors de la saison 2011, avec une envie concrète de redorer l’image et l’escudo du club. Rapidement, l’équipe se métamorphose pour répondre aux attentes du Cholo et briller sur la scène européenne. Les années ont maintenant passé, les joueurs ont changé, les anciens sont partis, d’autres ont pris leur place et pourtant… C’est comme si rien n’avait changé, le Cholismo semble éternel et pour toujours efficace. En témoignent les deux victoires sur la double confrontation en LDC face au monstre de Klopp, les évictions de mastodontes européens comme le Bayern ou le Barça de la MSN lors de la campagne 2015/2016 et les nombreux trophées soulevés.

Les piliers de la transmission

Depuis la saison 2012 si riche pour les Colchoneros, l’Atleti est devenu l’une des équipes des plus redoutables et redoutées en Europe. Cette année-là, l’heure du grand changement avait sonné sur la réflexion et l’approche des rencontres du côté de Madrid. Pour contrecarrer le jeu de possession très majoritaire en Liga, Simeone prône un jeu plus défensif avec un bloc compact et organisé, capable de coulisser sans cesse pour récupérer le ballon et se projeter très rapidement et en nombre pour faire trembler les filets, cliniquement.

Ainsi, tout un effectif s’est vu projeté sur le devant de la scène grâce notamment à des performances remarquées en Europa League et en championnat. On a pu apercevoir l’éclosion de joueurs avec des qualités insoupçonnées voire décuplées dans ce système qui les rendait meilleurs. Cette nouvelle idée directrice était révolutionnaire c’est vrai, mais surtout adaptée à l’effectif Rojiblanco qui lui permettait de briller et d’améliorer considérablement son rendement, surtout dans les matchs à enjeu.

Crédits : Icon Sport

Le problème étant que le système Cholo est tellement éreintant mentalement, exigeant physiquement ou encore rigoureux tactiquement qu’il n’est forcément pas adapté à tout joueur. Le plus difficile était donc l’après 2013/2014 puisqu’il fallait inculquer ces principes à une nouvelle vague de joueurs venue se greffer à cet environnement si particulier. D’autant plus que certains cadres s’en sont allés et ont donc laissé des places vacantes à des joueurs peu habitués au système mis en place. Et on l’a vu, la saison 2014/2015 a été un peu plus compliquée que les précédentes en terme de résultats et l’intégration des petits nouveaux à mis du temps à réellement fonctionner.

Certains s’en sont sortis tant bien que mal comme Griezmann malgré des débuts extrêmement compliqués avant d’être placé au centre du système. Tandis que d’autres (et les exemples sont nombreux!) s’y sont cassés les dents. Lemar, Gaitan, Cerci, Jackson Martinez, Gelson Martins, Guilavogui et compagnie ont tous été incapables de s’adapter aux consignes tactiques et aux exigences du Cholo.

« lEs Jeunes du centre de formation peuvent suivre les traces de gaBi » fernando Torres

Pour alors gérer au mieux le modelage au Cholismo et limiter au maximum la perte de joueurs dès leur arrivée au club, il fallait un encadrement strict des plus anciens pour formater les futurs pions de l’entraîneur. Et des guerriers pleinement dévoués aux idées du coach Rojiblanco, il y en avait. Sur la ligne défensive, le pharaon Godín a su s’imposer en patron derrière, lui qui a offert le sacre de champion d’Espagne en 2014, tout comme Filipe Luis, essentiel à la réussite de l’équipe cette même année.

Au milieu, Tiago et Gabi sont les leaders. Ce dernier étant comme une évidence pour Simeone le capitaine désigné pour transmettre ses consignes et faire passer son message le plus aisément possible. Partageant la même vision du football, enfant du club, guerrier dans l’âme et l’un des plus capés de sa génération, Gabi était tout simplement le plus crédible pour inculquer ces valeurs aux plus jeunes. Eux quatre sont les principaux piliers sur lesquels reposent les principes du Cholismo.

« Il [simeone] a Été un exemple poUr Tous. Il a représEnté les VALEURS de toutes les personnes qui sont ici  »  Diego Godin

Mais Simeone peut aussi compter sur les retours au club d’anciens Colchoneros marqués au fer rouge par ses idées de jeu. Cela permet notamment de prouver auprès des nouveaux que ces principes, bien que compliqués à mettre en place et difficiles à digérer, fonctionnent puisque ces joueurs expérimentés sont des exemples de réussite. En bref, ce sont des recrues en or pour le coach Argentin car ils sont déjà opérationnels pour jouer dans son système et des bons encadrants pour les novices du Cholismo. Diego Costa, Filipe Luis, Yannick Carrasco ou encore Fernando Torres en sont des exemples concrets et pour certains encore d’actualité.

Ils sont tous rentrés au bercail en sachant pertinemment ce qui leurs sera demandé et donc ce qu’ils devront réaliser sur le terrain. Par leur dévouement, ils ont donc eux aussi fédéré de nombreux joueurs autour du club et fait grandir certains canteranos en entraînant ces derniers dans leurs sillages.

Koke comme exemple du cycle Choliste

A l’image de ses compères Saúl et Thomas, Koke a eu l’opportunité de grandir sous la bienveillance de Gabi et Tiago. On le voit de plus en plus, apprendre de ses aînés est l’une des clés pour se construire footballistiquement, et encore plus à l’Atleti. Depuis ses débuts professionnels, Koke a absolument tout connu, que ce soit la gloire, la défaite ou bien les moments de doute quant à son rendement et son positionnement sur le terrain. Mais certains moments-clés l’ont définitivement rendu incontournable, comme ce fameux but face au Barça en quarts de LDC en 2014, permettant au club d’accéder au carré final. Il a notamment remporté la Liga, deux Europa League en passant par la Supercoupe d’Europe ou d’Espagne, jusqu’à finalement porter le brassard de capitaine. Comme une forme de vie, le Cholismo imprègne désormais son ADN. Déjà amoureux du club en ayant été formé à la Cantera, Koke est maintenant tout un symbole tant il est profondément marqué par l’Atletico.

A son tour, Koke se dessine alors légitimement comme l’homme de confiance du Cholo. Avec autant de bouteille pour un joueur encore dans la force de l’âge, Simeone se régale et en profite pour le placer comme un rouage important de son système. En témoignent ses deux saisons les plus abouties : celles de 2013/2014 et de 2015/2016, où il finit respectivement dans le onze type de Liga et dans le onze type de LDC, qui correspondent tout simplement aux plus belles années du Cholismo. Et quand Koke ne tourne pas bien par méforme ou qu’il est absent pour cause de blessure, c’est toute l’équipe qui en pâtit. Après la trêve hivernale cette saison, l’effectif paraissait totalement à côté de la plaque, sans envie ni liant pour produire quelque chose offensivement. Mais son retour au premier plan a permis à l’équipe de se relever et de faire briller un autre élément important, João Felix.

Crédits : Iconsport

Comme Gabi a pu le faire avec lui, Koke a décidé de prendre sous son aile le (très) jeune numéro sept Portugais pour pleinement l’intégrer au collectif et aux rouages du Cholismo. Par obligation de résultat peut être après un début de saison en demi-teinte c’est vrai, mais surtout parce que ces deux là se comprennent mieux que personne. Déjà très proche à son arrivée en dehors du terrain pour le mettre à l’aise avec la pression de cet énorme transfert de 120 millions d’euros, le capitaine Espagnol en est désormais très proche aussi sur le terrain puisqu’il a maintenant totalement cerné le football de Felix. Liés d’une connexion remarquable entre les lignes, ces deux là n’ont sans doute pas fini de se faire briller l’un et l’autre tant ils arrivent à littéralement se trouver les yeux fermés. Clairement essentiels pour construire les offensives Madrilènes, ils sont la raison principale du renouveau dans le jeu du Cholo que l’on a pu voir du mois de Février jusqu’au match d’Anfield.

Malgré tout, ce modelage est long et fastidieux, même pour un joueur de la trempe de João Felix. Pas encore totalement formé et pas en pleine possession de ses moyens à son arrivée (physiques et mentaux), il semblait difficile pour lui d’appliquer toutes les idées essentielles du Cholismo. Et c’était assez frappant en début de saison où son coffre physique n’était pas assez développé, incapable de tenir plus de 50 minutes à haute intensité en exerçant un pressing gourmand en énergie. D’autant plus que digérer toutes ces idées et ces principes directeurs totalement différents de ce qu’il avait l’habitude en Liga NOS est compliqué. Mais petit à petit il s’est fondu dans le collectif, a appris de ses aînés et de leurs précieux conseils puis a pris ses responsabilités pour s’imposer comme un élément fort du groupe. A terme, il deviendra sans doute un leader du Cholismo et de ses idées, qu’il transmettra à son tour à une nouvelle vague de joueurs, comme l’a fait Koke avec lui.

Et après?

D’un côté, l’aboutissement d’une méthode qui a mené l’Atleti à deux finales de LDC en plus d’une présence constante au moins en quart, de l’autre celle de ne pas réussir à forcer le verrou et soulever cette coupe aux grandes oreilles. L’échec de 2016 aurait pu être considéré comme celui de trop, mais la vie a repris son cours et Cholo a persévéré. Persévérer, contre vents et marées, avec une direction bancale, des dettes importantes liées à la construction du stade ou encore un effectif trop souvent remanié, mais persévérer encore et toujours. C’est vrai, qui d’autre que l’Atleti de Simeone définit le mieux cette idée de persévérance et de souffrance à l’heure actuelle?… Personne. Et c’est bien là la force incroyable de cette équipe qui est capable de renverser un Liverpool intraitable depuis le début de la saison et d’en planter trois à Anfield alors que l’équipe était pour certains déjà éliminée de la compétition après le tirage.

Finalement, le club Colchonero se relève tant bien que mal, petit à petit, malgré de lourds traumatismes et quelques séquelles qui le font parfois retomber dans ses travers. Mais l’Atletico va mieux. Il connaît quelques passages à vide c’est vrai, mais les idées sont là, les joueurs qui s’y prêtent aussi et le Cholo toujours fidèle au poste pour tirer le meilleur de son effectif. Il faut «simplement» que le tout prenne forme pour continuer d’avancer et recommencer ce fameux cycle vertueux que le Cholismo a connu ces dernières années. Les cadres transmettront à nouveau les préceptes et les valeurs du club, comme l’Atleti l’a toujours fait que ce soit sous Simeone ou bien avant, pour avoir une force collective capable de rivaliser avec des équipes de Galactiques. Mais cela prend du temps, dans un monde où le football se veut toujours plus pressé et où l’on juge de plus en plus sur l’instant, ce qui donne lieu à de (trop) nombreuses critiques. Patience.

Julien (@TorresismoATM)

 

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