Liga / Real Madrid 2-0 FC Barcelone : Des Madrilènes plus consistant face à des Catalans qui se cherchent encore

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Crédits : Iconsport

D’abord en difficulté face au collectif huilé des Blaugranas, les Merengues ont profité de leurs temps forts et de la baisse physique des hommes de Setien pour remporter leur premier clasico au Bernabeu depuis 2014 grâce à des réalisations de Vinicius et Mariano en seconde période. Un match très bien maitrisé par la Maison Blanche qui aura permis de montrer l’évolution du Barça depuis l’arrivée de Quique Setien mais aussi ses lacunes criantes. 

Sur la physionomie de la première période, rien ne laissait augurer d’un tel résultat. En effet, impliqués, cohérents et maîtres du jeu dans le sillage d’un duo Busquets-Arthur surnageant au milieu, le collectif blaugrana impose son style à une formation madrilène résistant tant bien que mal et se contentant d’attaques rapides à la récupération du ballon. Derrière, la charnière Pique-Umtiti transpire la sérénité sur chaque incursion madrilène. En face les hommes de Zidane, patients à défaut d’être conquérants, semblaient avoir ciblé le côté droit défensif barcelonais comme point faible tant Marcelo et Vinicius insistèrent sur ce côté. Malheureusement pour eux, Semedo ne leur a laissé que des miettes et jamais dans ce premier acte, les partenaires de Ramos ne se montrèrent dangereux.

Le Barça tente de réciter ses gammes

A contrario, les partenaires d’un Messi très discret, pouvaient nourrir bien des regrets. Griezmann, idéalement servi par Alba (21’), Arthur sur une magnifique percée solitaire et Messi idéalement lancés au cœur de la surface de réparation par Busquets, se heurtèrent à un Courtois décisif (34’,38’). Ces trois grosses occasions auxquelles ne purent répondre les merengues, illustrent parfaitement la supériorité des hommes de Setien lors de ce premier acte. Confisquant le ballon et redoublant les phases de circulation et de conservation, les joueurs blaugrana éprouvèrent malgré tout des difficultés à concrétiser leur emprise dans les 30 derniers mètres. Messi redescendant systématiquement au cœur du jeu, Vidal n’étant évidemment pas un attaquant et Griezmann semblant fuir la zone de vérité dès que possible, c’est tout le front offensif barcelonais qui s’enrhume et dans ces cas-là, si Messi ne trouve pas l’interrupteur, la lumière reste désespérément éteinte. Comme de surcroît, seul Semedo su apporter des solutions dans la largeur, Alba étant visiblement resté à l’infirmerie, il a manqué quelqu’un de létal pour terminer l’intéressant travail préparatoire.

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Le Real en prédateur

Ce côté létal, les Madrilènes le trouveront, ceux qui généralement leur a fait défaut lors de trop nombreux clasicos. Reprenant la seconde période en valorisant les curseurs d’agressivité et la hauteur de pressing, les Madrilènes mirent au supplice leurs adversaires qui ne parvenaient plus à ressortir proprement le ballon. Isco le premier menaçant (55’) marquait le début d’un siège duquel les partenaires d’un Ter Stegen décisif sur le coup, eurent toutes les peines du monde à s’extirper. Si seul Busquets semblait maintenir un semblant de vie au milieu, ses partenaires ne purent en dire autant. Arthur, excellent en première mi-temps peina physiquement, Messi muselé par un Casemiro autoritaire ne sortit pas la tête de l’eau, De Jong incapable de semer la révolte et Vidal techniquement dépassé sombrèrent sur le plan physique et athlétique.

En face, Kroos (rare madrilène à parvenir à exister lors du premier acte) et Fede Valverde prenaient la mesure du milieu de terrain et les vagues madrilènes de peser de plus en plus lourds sur les épaules d’une défense culé moins sereine à l’image de cet oubli sur Benzema qui envole trop sa reprise (63’). Cette deuxième mi-temps aura permis au Real de montrer qu’elle est une équipe impossible à presser ou presque quand le Barça va multiplier les pertes de balle dangereuses dans son camps. Vascillant, les Catalans sont trop souvent à la merci d’un adversaire qui sent que la rupture est proche. 

Conscient du changement de cap, Setien sortit Vidal au profit de Braithwaite (68’), un changement qui faillit porter ses fruits immédiatement quand le danois, s’est retrouvé en face à face avec Courtois après avoir bousculé Marcelo, mais le portier Belge fut une nouvelle fois décisif (69’). Nous assistions là à la dernière réaction d’orgueil de blaugranas épuisés et qui finirent donc par craquer. Lancé par Kroos, Vinicius percuta sur son côté gauche avant de tromper un Ter Stegen enfin impuissant, aidé en cela par l’intervention involontaire de Pique (71’). Une juste récompense pour l’ailier brésilien qui, s’il a souffert sur son côté face à un Semedo intraitable, n’a jamais cessé d’insister.

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Le reste du match verra des Barcelonais tentant de réagir de façon éparse et beaucoup plus désordonnées face à une équipe du Real sereine dans le sillage d’un Ramos taille patron. Sur l’ultime contre-attaque, Mariano Diaz s’offrit même le luxe de clore en solitaire un match que les hommes de Setien auront incontestablement perdus en seconde période (92’), rendant la place de leader à leur rival sur un terrain sur lequel ils n’avaient plus perdus depuis 2014. L’impression est nette, alors que le système mis en place par Zidane permet de porter ses joueurs, celui choisi par Setien doit être magnifier par les Blaugrana, quand les individualités vacillent le vaisseau tremble, les avaries nombreuses. 

Une réaction de champion contre une défaite présidentielle

Il y a deux axes qui ressortent inéluctablement de ce clasico. Toutes deux propices à de concrets enseignements. Défaits en Ligue des champions sur sa pelouse face à Manchester City, les Madrilènes avaient la pression ce soir au risque de tout perdre en l’espace d’une semaine comme la saison dernière. Les hommes de Zidane ont su réagir et faire preuve de caractère, faisant le dos rond durant la première période face à l’envie mais au manque de réussite de blaugranas pas très inspirés avant de concrétiser leur renouveau lors du second acte. Tactiquement, ils ont su éteindre les velléités adverses tout en activant les bons leviers qui leurs permirent de reprendre le contrôle du match. Cette équipe a donc des atouts, de l’expérience et du talent. Elle se rendra à City en leader de la Liga avec de réelles ambitions et un moral requinqué. Dans ce contexte, ce club est capable de tout…

En face, la défaite porte clairement la signature de l’incompétence présidentielle. Car concernant le jeu, la première période fut dans la lignée de ce que propose Quique Setien depuis son arrivée. Et les Blaugranas étaient venus avec l’ambition d’imposer leur style. Ce qu’ils ont fait tant qu’ils ont pu…avant de sombrer physiquement. Il va être difficile de répéter les matches à haute intensité tous les trois jours avec 14 joueurs valides. On le sait. Setien travaille sur le jeu et il est difficile de lui imputer quelconque reproche. Ce n’est pas lui qui a vendu Todibo, Perez, Abel Ruiz et prêté Alena. Ce n’est pas lui qui suit médicalement les cas Suarez et Dembele. Alors chaque semaine se discute le choix des hommes évidemment. Mais ne pas oublier le contexte qui oblige Setien à composer avec ce qu’il a et ce qu’il peut. Vidal n’a jamais été un attaquant, Fati n’a que 17 ans et ne peut porter sur ses épaules le poids d’un clasico. On peut certes se demander effectivement pourquoi Riqui Puig et Collado n’ont pas plus de temps de jeu. Patience ? Contexte ? Lui seul a la réponse. En attendant, le Barca ne peut tenir sur la distance à ce rythme et une victoire ce soir n’y aurait pas changé grand-chose. La forme physique affiché par Messi (qui ne se repose évidemment jamais alors qu’il est blessé depuis des semaines) est éloquente, autant que celle d’Alba. Si Umtiti va mieux, il reste limité comme le prouve son effondrement sur le second but madrilène et Pique jouait après s’être blessé à Naples. En ce sens la venue de Braithwaite, moquée et raillée, est presque une bénédiction. Avec tout le respect que l’on doit au joueur, c’est tout de même assez symptomatique des maux qui touchent le club en profondeur depuis si longtemps.

Pierre Vairez @vz_pierre

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