Real Madrid – Luka Jovic et l’impossible cohabitation avec Karim Benzema

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Signé à prix d’or l’été dernier en provenance de l’Eintracht Francfort, Luka Jovic n’a inscrit que deux petits buts depuis son arrivée au Real Madrid. Dans l’ombre de Karim Benzema qui a eu la peau de tous ceux qui ont essayé le concurrencer à la pointe de l’attaque merengue, le Serbe ne convainc pas, au point qu’il n’est pas convoqué pour disputer le Clásico. Dans un club où la patience n’existe pas, Jovic est-il déjà dans l’impasse ? 

Gonzalo Higuaín, Emmanuel Adebayor, Álvaro Morata deux fois et Chicharito Hernández : tous ont essayé de déboulonner Karim Benzema du poste de numéro 9 du Real Madrid. Mais onze ans après son arrivée à la Casa Blanca, l’attaquant français est toujours là, titulaire indiscutable et plus que jamais référent offensif des Merengue.

Arrivé cet été, Luka Jovic était censé instaurer un minimum de concurrence, le temps au moins de se faire les dents en Espagne, lui qui avait cartonné en Bundesliga. Deux, peut-être trois années de patience pour ensuite prendre la succession de KB9. Mais aura-t-il le temps d’y parvenir ? Loin des standards qui ont fait de lui un transfert à 60M€, le Serbe n’a inscrit que 2 buts cette saison. Un bilan beaucoup trop maigre pour ne pas envisager un échec énorme.

Les mauvais comptes de FloPer

Florentino Pérez et les attaquants, c’est une grande histoire de désamour. Si Cristiano Ronaldo est arrivé en 2009 au même moment que lors de sa 2e élection à la présidence du Real Madrid, c’est son prédécesseur, Ramón Calderón, qui avait ficelé l’affaire. Karim Benzema est arrivé le même été, fruit d’un travail en amont réalisé par l’équipe de Calderón. Depuis 11 ans donc, la Casa Blanca n’a jamais réalisé une bonne pioche, un buteur capable de contester le rôle de KB9 dans le jeu pour appuyer CR7. Álvaro Morata est celui qui s’en est le plus approché mais à 2 reprises, il a été contraint de faire ses bagages, incapable de constituer une alternative présente et future.

Avec le départ de Ronaldo à la Juventus, le jeu du Real Madrid a évolué. Le rôle de Benzema a pris de l’ampleur. Cependant, il a besoin d’un remplaçant qui a les capacités pour faire souffler le Français de 32 ans. Buteur de surface, Luka Jovic semble avoir le profil et sa saison en Bundesliga et en Ligue Europa en 2018-2019 en fait la hype du moment. Mais entre l’Eintracht Francfort et la tunique merengue, il y a un univers de différence. Jusqu’à présent, le Serbe n’est pas au niveau.

Influence indolore

Le Serbe de 22 ans était prêté au club allemand depuis 2 ans par Benfica. A Francfort, il a réalisé une première saison assez timide avec 9 buts pour 29 matchs TCC. En revanche, durant sa deuxième saison, il a inscrit 29 buts en 52 matchs. Du solide. A son arrivée au Real Madrid, il est donc vu comme le joueur qui pourrait suppléer, voire concurrencer, la Benz’. 

Malheureusement pour lui, son temps de jeu demeure assez faible et ses limites dans le jeu  sont criantes hors de la surface adverse. En conséquence, il a marqué seulement deux petits buts depuis le début de saison. En plus, ses réalisations sont d’une importance mineure : le premier, inscrit contre Leganés le 30 octobre pour le compte de la 11e journée, a été le 5e d’un match remporté 5-0; le second, planté le 9 février dernier lors du déplacement sur la pelouse d’Osasuna, a été le 4e d’une victoire 4-1. Jovic est beaucoup critiqué par les supporters madridistas car les attentes étaient nombreuses en raison du prix du transfert et de ses statistiques en Allemagne. Les inquiétudes sont donc très nombreuses car, contrairement à Benzema, sa contribution au jeu merengue est limitée compte tenu de son profil. Jovic doit donc impérativement sortir de sa zone de confort car, quand on voit la succession de buteurs depuis 10 ans au Real Madrid, le Serbe ne risque pas de bénéficier de plus de crédits que ceux qui l’ont précédé.  

Partir pour mieux revenir ? 

L’ère Ronaldo a pris fin il y a 18 mois et Zinedine Zidane a dû changer de plan après le triplé historique en Ligue des Champions. En l’absence du Portugais, son système de jeu tourne désormais autour de Karim Benzema et d’Eden Hazard quand il est apte, ce qui est plutôt rare cette saison. Ainsi, on a donc pu voir l’équipe merengue démarrer en 4-3-3 avec Hazard et Benzema en attaque et Bale, Isco ou Lucas Vázquez sur le côte droit. Dans le jeu, le Real Madrid évolue souvent avec deux pointes en attaque. Or, Eden Hazard s’est blessé le 27 novembre.

En conséquence, Luka Jovic aurait dû être la solution de remplacement parfaite pour évoluer avec Karim Benzema en pointe. Mais ZZ privilégie les jeunes brésiliens Vinicius Jr et Rodrygo ou bien Lucas Vázquez pour dynamiser les ailes. Le coach français innove également avec un XI titulaire composé de cinq milieux de terrain.

Pour résumer : Jovic n’a pas les faveurs du coach, d’autant que Gareth Bale reste une solution dans la rotation, ce qui fait reculer le Serbe dans la hiérarchie en attaque. Une solution pour lui pourrait d’être prêté en Liga pour une ou deux saisons, afin de s’habituer au jeu espagnol. Martin Odegaard est en train de réussir son pari à la Real Sociedad… mais Mariano Díaz, parti à Lyon il y a 2 ans, est revenu pour jouer les utilités. Et si Karim Benzema est plus proche de la fin que du début, rien ne garantit à Jovic qu’il pourrait prendre sa place en 9 à terme. La folie dépensière de FloPer dont il a été le témoin direct pourrait avoir raison de son désir de s’imposer dans les années à venir.

Luka Jovic n’a plus beaucoup d’opportunités pour sauver sa saison et d’entrer dans le coeur de Zidane et des supporters. Le temps presse. Le Serbe n’a pas été convoqué pour le Clásico de ce dimanche et sa continuité au Real Madrid est de plus en plus improbable. S’il veut survivre dans la jungle madridiste, il devra être performant lors des quelques minutes dont il bénéficiera pour se montrer. Sait-on jamais, un but décisif lors du 1/8 de finale retour de Ligue des Champions contre Manchester City pourrait lancer véritablement sa carrière merengue. Parfois, il suffit d’un déclic pour que tout bascule favorablement.

Matthias Chemel et François Miguel Boudet

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