FC Barcelone – Martin Braithwaite : des questions, un scandale et un agent

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Crédits : Icon Sport

Martin Braithwaite était tout heureux : ce jeudi 20 février 2020, il est devenu le 5e Danois à revêtir le maillot du FC Barcelone. Une arrivée qui pose bien évidemment questions, autant sportivement qu’institutionnellement. Après les indignations de salon autour de cette arrivée, c’est la fuite en avant d’une direction qui inquiète. Ce transfert est le dernier agissement d’une junta qui s’est servie de Leo Messi pour masquer ses errances.

« Nous voulons élever la voix. Nous sommes dans une situation de dommages énormes et graves. Nous pensons qu’il y a un règlement qui n’est pas équitable et dont Barcelone a bénéficié. La victime est Leganés ». C’est par ces mots que Martín Ortega, le directeur sportif de Leganés, a officialisé le départ de Martin Braithwaite au Barça. Le Danois, qui a composé un duo prolifique avec Youssef En-Nesyri dans le sud de Madrid, quitte les Pepineros en dehors des périodes de transfert. Recruté comme joker médical (une exception espagnole), le Barça a levé la clause de l’attaquant, comme Séville a levé celle du Marocain en janvier. Leganés écrit son avenir à court terme en pointillé mais s’assure une pérennité financière en réalisant 19M€ de plus-value. Côté catalan, cette arrivée a tout d’un nouveau cadeau d’une direction à un agent. Un mélange des genres qui fait tache mais qui est devenu monnaie courante à Barcelone.

Un curieux mélange des genres 

Enguirlandé par Leo Messi sur Instagram, Eric Abidal, le directeur sportif du club à l’origine de cette arrivée, était déjà dans la tourmente depuis plusieurs jours. Ses choix interrogent et posent question. Alors que de nombreux jeunes ont quitté le club cet hiver à des postes loin d’être bien garnis (Abel Ruiz et Carles Pérez en attaque, Jean-Clair Todibo en défense), aucune arrivée n’a été directement enregistrée. Une absence de planification qui frise la faute professionnelle, d’autant que Luis Suárez en personne avait dressé une liste de ses potentiels successeurs à l’attention de la direction sportive.

Le club a bien sûr bougé cet hiver, avec les signatures de Trincao et Matheus Arias, mais ils seront des joueurs du Barça l’été prochain. Cette planification hasardeuse a poussé le club à porter son dévolu sur Martin Braithwaite, 28 ans et 6 buts au compteur cette saison, en échange d’un chèque de 18 M€. A charge au Danois ensuite d’occuper seul le poste de buteur avec la blessure de Luis Suárez.

Crédits : Icon Sport

Cette arrivée de Braithwaite ne repose sur aucun bon sens sportif, encore moins que celle de KP Boateng et Jeison Murillo en janvier 2019. L’idée n’est pas de remettre en cause le niveau ou le choix du Danois qui n’avait aucune raison de refuser un tel transfert et surtout un contrat de 4 ans et demi dans l’un des plus grands clubs du monde. Cependant, en ce qui concerne le Barça, une liste de 4 joueurs était sortie dans les médias. Au milieu des Willian José, Loren Morón ou encore Ángel Rodríguez, Martin Braithwaite disposait d’une clause plus élevée qu’Angel par exemple tout en proposant des stats bien en deçà de tous les autres.

Dans un football toujours plus politique, le cas Martin Braithwaite illustre surtout la prise de pouvoir d’un nouvel homme : Ali Dursun. Représentant de Frenkie De Jong, le Turc a notamment placé son fils au Barça B (il vient de quitter le club libre, sans avoir disputé une seule minute sous les ordres de García Pimienta) après la signature du Néerlandais. Travaillant pour HCM Sport Management, Ali est aussi l’agent de… Martin Braithwaite ! Pour beaucoup, le choix fait par Abidal et le Barça de recruter le buteur passé par Bordeaux et Toulouse est un nouveau cadeau à l’agent qui a permis à FDJ de rejoindre le Barça alors que l’intérêt du PSG notamment était très fort à l’époque.

Ali Dursun et son client : Frenkie De Jong. Crédits : Icon Sport

Depuis les années 2000, le Barça a toujours navigué dans des eaux très troubles sur le marché des transferts. Le cas de la société Traffic qui a placé un nombreux incalculables de flops brésiliens au Barça tout en générant des bénéfices considérables s’est prolongé malgré les changements de présidents. Actuellement c’est André Cury, agent au Brésil mais surtout recruteur du Barça et ancien employé de Traffic, qui illustre bien un mélange des genres qui sert d’autres intérêts que celui du Barça. C’est bien simple : depuis Andoni Zubizaretta, le Barça a connu 3 directeurs sportifs, qui ont réalisé des investissements considérables sans jamais réussir à améliorer l’effectif d’un club surpuissant. À l’heure actuelle, le Barça doit se reposer sur Braithwaite en pointe, Ansu Fati sur les ailes et osciller entre Sergi Roberto et Nelson Semedo sur le côté droit. Indigne d’un club qui cherche à remporter tous les titres chaque année.

De héros du Téfécé à persona non grata

Avant de redevenir un footballeur parmi d’autres, Martin Braithwaite aura connu la gloire pendant 4 saisons. Avec sa vitesse comme super-pouvoir, capable de galoper sur de longues distances pour créer une opportunité, le Danois a été un héros au service du collectif toulousain. Titulaire indiscutable, l’ex-capitaine du Tèf a marqué le club de son empreinte. S’il n’est ni grand ni volumineux (1.77m), l’ancien attaquant de Ligue 1 est hyperactif, direct, se démarque beaucoup dans les espaces restreints et change de rythme à sa guise. Héros de Pascal Dupraz lors de l’opération maintien lors de la saison 2016/17, Braithwaite n’est pas un tueur mais a trouvé les filets lorsqu’il a eu de l’espace pour tirer, même que il était laissé dans des situations individuelles. Lors de sa saison la plus prolifique, en 2015-2016, il a marqué à 14 reprises (TCC) et a même été le meilleur buteur du club en 2016-2017 (12 buts).

C’est plus en termes d’agilité que de force ou de taille que la nouvelle recrue catalane s’est illustrée. Pourtant, après son départ pour Middlesbrough en 2017, de Bordeaux en passant par Leganés, Braithwaite s’est petit à petit fait oublier. Moins bon dans la finition, fragile défensivement, parfois imprécis et irréfléchi à cause de son hyperactivité, l’ancien Toulousain n’a peut-être pas la technique ou le profil associatif pour être au Barça.

Un aller simple pour l’abattoir 

« Martin est un Danois international, avec une expérience différente de la nôtre, avec du caractère, de la force et de la vitesse. Il a un grand potentiel. J’ai eu l’occasion de parler avec les entraîneurs qu’il a eu, il nous apportera beaucoup et sera décisif, bien qu’il ne puisse jouer que la Liga ». C’est par ces mots qu’Eric Adibal a présenté sa nouvelle recrue à la presse. Un transfert qui suscite surtout de l’indignation parce qu’il laisse Leganás dans une situation très compliquée, sans possibilité d’enrôler un buteur en remplacement. Sur le terrain du sportif, peu de monde pense que Braithwaite pourra se mettre au niveau de son nouveau club. Passer de Javier Aguirre à Quique Setién, ça change légèrement…

Il manque actuellement énormément de choses au Barça pour redevenir à la hauteur des standards attendus. Bien sûr, Luis Suárez est absent pour une longue durée et Antoine Griezmann a déjà du mal à se mettre au niveau sur son côté gauche. Forcément, en pointe, c’est logiquement tout aussi compliqué. La longue blessure de Dembélé a ouvert le droit au club de recruter un offensif et pas simplement un ailier. Les Catalans se sont donc servis d’un règlement contestable pour recruter à un autre poste que celui de « Dembouz ». Le portrait-robot de l’heureux élu était facile à dessiner : à l’aise dans la profondeur, utile dans la surface et devant les bois tout en étant, si possible, capable d’être associatif. C’est pour cela que les noms de Loren, Willian José et Angel faisant sens à défaut d’être complètement emballant. Les trois, bien différents sur le papier, semblaient tout de même capables d’apporter un vrai plus au Barça, avec des filières préférentielles bien établies.

Sur le papier, Martin Braithwaite est le moins intéressant des quatre. Le Danois, qui déçoit rarement mais n’a cependant jamais vraiment convaincu partout où il est passé hormis au TFC, est un joueur qui connait surtout la lutte pour le maintien. On lui a toujours demandé d’avoir un impact physique notable et de faire ce qu’il pouvait avec le peu de ballons potables qu’il pouvait jouer, que ça soit en L1 à Bordeaux et Toulouse ou à Middlesborough en Angleterre. A Leganés, dans une équipe résolument défensive, avec des espaces importants en contre et associé à un buteur intéressant comme En-Nesyri, il n’a jamais surnagé. Il est de la caste des honnêtes joueurs de football comme il en existe des dizaines dans chaque championnat.

Martin Braithwaite face à l’Irlande
Crédits : Icon Sport

Le seul point qui le démarque est sa relative polyvalence. Durant sa carrière, Braithwaite a pu jouer à deux devant, sur une aile ou en soutien d’un buteur. Cependant, cette capacité à pouvoir jouer un peu partout reflète surtout un joueur qui n’a pas de filières préférentielles établies. En somme, il est polyvalent parce qu’il n’a jamais vraiment performé à une certaine position. Il est difficile de le voir prendre place à la pointe de l’attaque du Barça, avec Griezmann et Messi qui paraissent capables de jouer dans l’axe, dans un rôle de faux 9 par exemple.

Braithwaite l’épaule sur laquelle pourrait se reposer Messi ?

Maintenant qu’il faut escompter le pire, toutes les bonnes surprises sont bonnes à prendre. À 28 ans, Martin Braithwaite pourrait bien en réserver quelques unes. Certes, il n’a pas la finesse et l’instinct d’un grand buteur. Pour autant, ses mouvements et sa vitesse peuvent être un véritable atout. Certes, le Barça n’augmentera pas son rendement en termes de buts mais pourrait gagner en flexibilité. Il a tendance à jouer avec très peu de touches et ses vertus pourraient être parfaitement exploitées pour aider Messi à exploser. Après tout, Setién a fait de Loren un attaquant convoité alors qu’il n’avait jamais mis les pieds dans l’équipe A du Betis avant une avalanche de blessures. 

C’est quand on s’y attend le moins que les surprises arrivent. De tous les joueurs avec lesquels Barcelone avait pris contact, ce pourrait être en fait l’un des plus appropriés. Avec Messi attirant ses rivaux et Griezmann dans la profondeur, Braithwaite pourrait trouver de nombreuses situations avantageuses en étant agressif dans l’espace. Si Messi a besoin de footballeurs actifs autour de lui quand il a le ballon, du côté gauche, Braithwaite pourrait devenir un soutien utile en jouant simple et en occupant la surface. Si cela peut paraître trop beau pour être vrai, le Danois a tout à gagner et n’a pas a pâtir des choix des dirigeants catalans.

Le Danois vit un rêve mais sa signature est ubuesque : le Barça, qui n’a plus beaucoup de liquidités disponibles, vient de claquer près de 20 millions pour un joueur qui ne répond à aucun de ses problèmes tout en pouvant en devenir un dès l’été prochain pour le revendre car, comble de ridicule, à l’inverse de Leganés qui avait mis une clause abordable, le Barça a collé une clause de…300M€ sur la tête de l’attaquant ! Résumons : un panic buy pour un joueur de 28 ans avec un pedigree pâle dans des équipes qui jouent le maintien vient de signer jusqu’en juin 2024 avec une clause prohibitive. L’idée d’une belle plus-value dans 4 mois est un mirage. Pourtant au Barça, tout le monde semble croire que cela va arriver. Preuve encore une fois que la planification et la projection dans le football sont des qualités loin d’être acquises par tous, même dans l’un des plus grands clubs du monde.

Benjamin Bruchet & Soledad Arque-Vazquez 

 

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