Rayo Vallecano : Willy l’éternel

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Aujourd’hui, on ne va pas vraiment parler football mais plutôt d’un homme. Un hommage, une pensée pour une incroyable personne au destin tragique qui a marqué une génération de supporters du Rayo Vallecano. Wilfred Agbonavbare n’était pas le meilleur gardien de but au monde, ni le plus médiatisé mais il savait d’où il venait. Avec sa gentillesse et son grand cœur, il a beaucoup donné lors de son étape en Espagne, d’ailleurs plus que ce qu’il pouvait recevoir. Et comme la vie est injuste, on lui a tout repris et n’a jamais obtenu ce qu’il aurait mérité d’avoir. Portrait de ce merveilleux homme.

Nous vivons une période trouble. L’injustice sociale, raciale, ou économique sont malheureusement toujours présentes dans ce bas monde. Par effet collatéral, ça vient heurter de plein fouet le football moderne qui en devient une caricature. Des récents cris racistes envers Iñaki Williams à des joueurs considérés comme des produits de valeur sans âme, le football nous montre chaque semaine, ce qu’il peut apporter de plus répugnant. Pourtant et heureusement, il n’est pas que ça. À la fois fédérateur et vecteur de socialisation, le sport numéro 1 soutient et aide à travers ses diverses facettes des milliers de personnes à travers le monde.

Un combattant du sourire

Wilfred Agbonavbare a été un protagoniste de ce que le football peut faire de pire mais aussi de meilleur. Né à Lagos, au Nigeria, en 1966, il devient gardien de but professionnel en 1983 dans le club de New Nigeria Bank et ce, pendant six saisons. Devenu international chez les Super Eagles, après un test raté à Brentford, il signe en Espagne du côté du Rayo Vallecano en 1990 après une courte étape au BCC Lions.

Son arrivée sur la péninsule ibérique et ses entrées dans les stades sont généralement accompagnées de paroles méprisantes, de vexations et d’insultes. Son crime ? C’est d’être noir. Il est vrai que dans les années 90, l’Espagne qui est sortie du franquisme deux décennies plus tôt, n’est pas le peuple le plus tolérant du monde. Il s’agit bien là d’éducation et c’est le reflet d’une société qui a manqué d’ouverture pendant plusieurs années. Dans ce contexte particulier, Wilfred Agbonavbare va se battre pour la cause et lutter contre ce fléau, sans jamais perdre son sourire. Car, oui ce monsieur a connu les pires atrocités mais il a toujours vu ce que la vie pouvait lui apporter de plus beau. Un éternel optimiste qui a mené sa vie dans les courants les plus forts sans jamais quitter le bateau.

Une carrière qui force le respect

Wilfred Agbonavbare
Crédit : unionrayo.es

Il va donc jouer 177 matchs en six saisons sous les couleurs rayistas. Il a connu deux ascensions en Liga et une descente en Segunda. Gardien de but à la souplesse féline et aux réflexes incroyables, il devient l’icône de Vallecas. Outre ses qualités footballistiques, il est surtout apprécié pour son humanité. Gentil, poli, respectueux, toujours aidant son prochain, Wilfred devient un mythe. En son honneur, tous les gardiens de but du club portent une tenue noire. Il obtient alors plus de reconnaissance en Espagne que dans son propre pays où il est la doublure de Peter Rufai considéré comme le Prince du Nigeria. Néanmoins, en tant que remplaçant, il gagnera une Coupe d’Afrique des Nations en 1994 et participera à la première coupe du monde de l’histoire des Supers Eagles aux Etats-Unis.

En prenant tout ce qui lui arrive avec joie, il gagne le cœur de tous les rayistas et même des suiveurs de la Liga.

En 1996, il part du côté d’Ecija en Segunda, et y joue une saison. Après 23 matchs dans les bois, il résilie son contrat. Aucune équipe ne voulant de lui, il décide de raccrocher les gants à 30 ans.

Une triste reconversion

Il décide donc de se reconvertir et de commencer une nouvelle vie, celle de l’après football. C’est à ce moment, que sa femme tombe gravement malade. Il doit payer un traitement médical très onéreux, ce qui l’oblige à dépenser toutes ses économies. Il faut dire qu’à l’époque, les joueurs ne gagnent pas autant que maintenant. Mais, Wilfred ne se laisse pas abattre et continue de lutter avec le sourire. Il devient entraîneur des gardiens dans une équipe amateur, travaille pour une compagnie de messagerie, une station-service ou encore à l’aéroport de Madrid.

Sa femme n’ayant malheureusement pas réussi à combattre la maladie, elle meurt après quelques mois, laissant Wilfred seul en Espagne, loin de ses trois enfants. Ces derniers vivent au Nigéria, élevés par la famille. Sans les ressources nécessaires, l’ancien gardien ne peut les revoir car impossible pour lui de s’offrir un billet d’avion pour retourner au pays.

Il continue alors de travailler sans se plaindre arborant toujours son large sourire malgré les aléas de la vie. Et comme pour s’acharner, cette dernière va lui réserver une destinée encore plus horrible. Alors qu’il vivote avec son maigre salaire, il tombe à son tour malade. Un cancer vient le terrasser. Il n’a pourtant qu’un souhait avant de mourir, c’est de revoir ses trois enfants. La solidarité de Vallecas va alors se mettre en place. Une campagne de financement est levée en son honneur pour payer le voyage à ses deux filles et son fils afin qu’ils puissent lui dire un dernier au revoir.

Wilfred va lutter de toutes ses forces pour accomplir son souhait. Pourtant, à 48 ans, et malheureusement un jour avant que ses enfants arrivent en Espagne en provenance du Nigéria, il va mourir seul, emporté par la maladie.

À l’image de sa vie (injuste au passage), il aura mené le combat jusqu’au bout en gardant toujours l’espoir d’un futur meilleur.

À jamais dans le cœurs des rayistas, la porte 1 du stade de Vallecas honore sa mémoire :

« Pour ta défense de la bande rouge et ta lutte contre le racisme, le rayismo ne t’oubliera jamais ! »
Pour ne jamais oublier. Eterno Willy.

Eterno Willy
Crédit : panenka.org

Jé Pintio

@JePintio

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