Valladolid – Ben Arfa, entre mythe Cruyffiste et réalité de l’autre Liga

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Crédits : Iconsport

L’arrivée de Ben Arfa en Espagne a fait l’effet d’une bombe mettant en lumière un club méconnu en France, et même assez confidentiel en Liga. Valladolid n’a jamais vraiment pesé sur la Liga, n’a pas un passif européen conséquent et ses derniers coup d’éclats en coupe remontent à assez loin. Englué dans le fond du classement, Valladolid est donc la nouvelle demeure de Ben Arfa au moins jusqu’en juin. Un choix qui interroge, des deux côtés. Explication. 

En France, il est reconnu comme vérité absolue que Ben Arfa est un des plus grand talents de sa génération. Pour beaucoup, il est l’un des meilleurs joueurs sortis par l’OL et passés par Clairefontaine. Pourtant, sa carrière n’a jamais été au niveau des attentes, et pendant que Lacazette, Umtiti et Tolisso jouent respectivement à Arsenal, au Barca et au Bayern et que Benzema est en train de devenir une légende du Real Madrid, Ben Arfa signe dans la pire équipe en terme de production offensive du championnat espagnol. Une formation qui n’était pas préparée à jouer aussi haut et qui depuis maintenant plus d’un an tente de s’accrocher à sa place en Liga coute que coute, mettant souvent le football et le jeu de côté. Au milieu de toute ça, l’amoureux du jeu va devoir trouver sa place et surtout apporter satisfaction.

Passé l’excitation, il en est où Ben Arfa ? 

Il est difficile de savoir réellement dans quel état physique se situe le natif de Clamart. Lors de sa présentation officielle, il a aligné les jongles de manière assez timide, n’a pas voulu faire une tête pour ne pas se décoiffer mais a sorti son plus beau sourire. En conférence presse, il a expliqué que les mots de Ronaldo l’ont convaincu, lui qui avait selon les rumeurs refusé notamment le Betis Seville cet été et quelques offres intéressantes financièrement dans le Golf et en Chine ensuite.

Quand on lui parle de jeu, de tactique proposé par Valladolid ou simplement de discussion avec son coach, Sergio Gonzalez, Ben Arfa botte quelque peu en touche, expliquant que le feeling est simplement bien passé. Une déclaration surprenante quand on sait que l’ancien de l’OL adore parler football. Lui préfère expliquer qu’il a choisi le 3 parce que cela rend bien sur le maillot blanc et violet de son nouveau club. Le huitième en près de 15 ans de carrière professionnelle.

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Sa dernière très bonne expérience, avec Nice s’est terminé il y’a près de 3 ans et demi. La bas, il avait trouvé plénitude sportive après avoir touché le fond avec Hull City. Annoncé proche du FC Seville ensuite, l’offensif a préféré signé au PSG, le contrat était trop beau. Après des mots avec son coach et une discussion avec l’émir, il est placardisé. A Rennes, on a autant vu son côté génial que sa face sombre, celle qui n’hésite pas à se plaindre ou à prendre un peu de poids et traverser la match comme un fantôme.

Cruyff fantasmé, la boue et la sueur en réalité 

Amoureux de Johan Cruyff depuis sa jeunesse, Ben Arfa avait coché depuis bien longtemps la Liga comme destination à tenter avant de raccrocher les crampons. Cependant en signant à Valladolid, le natif de Clamart a pris l’équipe la plus mauvaise offensivement du championnat. 16e lors de sa signature, l’équipe a généré moins de 20 xGoal depuis le début du championnat et trouvé le chemin des filets 17 fois, une unité de plus que Leganes, actuel 19e et pire attaque de Liga.

Depuis l’avènement de Pep Guardiola au Barça, la Liga est cataloguée comme championnat d’esthète où le beau jeu est adulé constamment et où on cherche avant tout à marquer au lieu de chercher à ne pas perdre. Sauf que la réalité est bien différente, comme dans tout championnat, les philosophies sont propres à chaque équipe. Et même si c’est vrai, on cherche souvent à bien jouer en Liga même en bas du classement, pour certaines équipes ne pas perdre est vital et on fait souvent tout pour préserver le point accordé au coup d’envoi du match quitte à ne pas trop chercher à accrocher deux points de plus. C’est typiquement le cas de Valladolid actuellement.

Depuis sa promotion surprise, le club mené par Sergio Gonzalo qui est passé sous la direction de Ronaldo cherche avant tout à sécuriser sa place en Liga. Le 442 modulable en 532 offre solidité et assurance. L’équipe avait même commencé la saison dernière avec un 433 où trois milieux à vocation surtout défensive étaient alignés. L’équipe a ensuite validé son maintien en jouant mais encore une fois, la solidité est réapparue logiquement comme le premier mot d’ordre à Valladolid.

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Sans vouloir comparer des joueurs sans fondement, la difficulté qu’éprouve un Enes Unal pour être régulier en terme de performance est révélateur du jeu de Valladolid. Actuellement, les offensifs passent plus de temps à courir derrière le ballon plutôt qu’avec. Les hommes de Sergio Gonzalez ont actuellement la 5e pire possession moyenne de Liga avec un peu moins de 47%. Ici, la sueur et les sacrifices passent avant le plaisir et le jeu. Tout s’arrache aux forceps et rien n’est offert.

Le rôle de sauveur, suffisant pour rendre Ben Arfa étincelant ? 

Derrière ce tableau peu enclin à l’optimisme, HBA peut tout de même trouver un éco-système intéressant pour son bien-être. On le sait, le natif de Clamart doit être chouchouter et avoir une relation particulière avec son entraineur pour performer. Si Sergio Gonzalez réussit à comprendre et à tisser des liens avec l’offensif, il lui rendra. Puel avait su trouver la manière de l’appréhender et l’ancien lyonnais lui avait rendu au centuple cette confiance en étant le fer de lance d’une équipe agréable à voir jouer.

Actuellement, il est difficile de voir Ben Arfa ailleurs que dans la doublette offensive. En soutien de Sergi Guardiola, il pourrait avoir des espaces et un compère qui est un excellent pivot. Un poste qu’il connait et qui peut lui offrir la liberté qu’il chérie avec laquelle il sait être performant. Cependant, entre l’incertitude autour de son état physique et la pression du maintien qui n’a jamais été son quotidien, ce choix de Ben Arfa interroge. Surtout que si il n’est pas en jambe et concerné sans le ballon, sa présence va plus pénaliser l’équipe que lui va pouvoir apporter avec le ballon et ses minutes vont logiquement fondre comme neige au soleil. Alors qu’il n’a jamais vraiment réussi à se faire violence pour exister sur la durée, il est compliqué de le voir réussir son pari à savoir conquérir la Liga en signant à Valladolid.

Surtout qu’il avait eu des mots très dur envers son coach à Rennes critiquant ouvertement la qualité du jeu proposé. Étonnant quand on sait que Julien Stéphan est un des rares entraîneurs français à parler de jeu avant de résultat. En signant à Valladolid, espérons que Ben Arfa n’a pas seulement écouté les louanges de Ronaldo et qu’il s’est documenté sur ce qu’il l’attendait, sinon la déception sera grande. La Liga n’est pas que joie, petit espace et beau jeu, malgré ce que certains clichés laissent croire.

Benjamin Chahine

@BenjaminB_13

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