Virgil Thérésin : « Ici que ça soit en Tercera ou en Segunda B qu’importe l’état du terrain, ça tente de jouer au foot »

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Natif de Suresnes, Virgil Thérésin (21 ans) a fait le grand saut pour rejoindre l’Espagne en 2018. Après une bonne année en Tercera (D4) avec le Caudal Deportivo, le défenseur central a rejoint le Cultural Leonesa et va affonter l’Atlético de Madrid en Copa del Rey. Avec ambition et sérénité, il a répondu à nos questions sur son intégration, les différences avec le football français et ce match face aux géants colchoneros. Interview d’un Franchute qui regarde vers le haut.

Furialiga : Comment se retrouve-t-on au Cultural Leonesa quand on vient de la banlieue parisienne ? 

Virgil Thérésin : J’ai commencé le football au Racing club de France, en région parisienne. J’ai fait toutes mes classes là-bas puis j’ai signé à Guingamp, en centre de formation. J’y ai fait 4 ans en U17, U19 puis une année de CFA (désormais le National 2). Ensuite, quand il me restait un an de contrat, j’ai résilié pour signer en Espagne, en Tercera (D4) au Caudal Deportivo. J’ai fait une saison pour me relancer, me montrer et cet été j’ai signé à la Cultural Leonesa en Segunda B, l’équivalent du National. Le club joue actuellement la montée et c’est mon premier contrat professionnel.

Tu viens d’Île-de-France, un vivier de footballeurs. Comment fait-on pour se faire remarquer quand il y a autant de talents ? Tu as senti une différence en signant à Guingamp ?

Comme j’ai grandi là-bas et que j’y ai toujours vécu, je n’ai pas cette vision, un peu comme si j’arrivais de l’extérieur après un certain âge. J’ai grandi en région parisienne, donc pour moi c’est mon quotidien, que ce soit en terme de recruteurs ou par rapport au niveau qu’on pouvait avoir. C’est vrai que c’est relevé et qu’on est beaucoup. Vraiment beaucoup. Même à Guingamp, on était nombreux à venir de région parisienne, que ça soit dans ma génération ou les autres. Donc je n’ai pas senti de différence de niveau, hormis que ça allait plus vite vu que c’était un centre de formation alors que moi je venais d’un milieu amateur. En dehors de ça, pas grand chose ne m’a frappé.

Comment passe-t-on de Guingamp au Caudal Deportivo en Tercera ?

J’ai fait un pas en arrière pour ensuite faire deux pas en avant, voire trois. J’avais d’autres opportunités sur la table mais j’ai rencontré quelqu’un qui est devenu mon agent puis mon ami et qui m’a parlé de cette opportunité. Avec mon jeune âge, il pensait que je pouvais faire de belles choses en Espagne et que si je me montrais en Tercera, je pouvais progresser rapidement, d’autant plus que le style ici m’a toujours plu et attiré. C’est le football que j’aime donc à partir du moment où j’ai eu cette opportunité, malgré la possibilité d’aller dans des projets plus solides sur le papier, j’ai pris ce risque d’aller. Pour l’instant ça marche, en espérant que ça continue.

Tu as signé jeune à Guingamp, cela t’a permis de partir en Espagne plus facilement à 20 ans ?

J’ai envie de vous répondre non au départ mais, inconsciemment, je pense que ça m’a aidé à ne pas hésiter à partir. En signant à Guingamp à 15 ans, ce qui est jeune mais je ne suis pas le seul dans ce cas, j’ai pris certaines habitudes, notamment celle de me débrouiller tout seul, même si je n’ai habité seul qu’un an. Ces habitudes m’ont permis que cet « exil » ne me perturbe pas plus que ça, sachant que je ne rentrais pas souvent quand j’étais à Guingamp. Je n’ai vraiment pas eu de problèmes à prendre cette décision de signer en Espagne.

Il y a un gardien Français avec vous au Cultural, Lucas Giffard, cela a facilité votre intégration ?

Oui, surtout qu’on avait déjà joué ensemble la saison dernière au Caudal. Il est en Espagne depuis plus longtemps que moi donc il m’a un peu montré comment ça fonctionnait. Je suis aussi très proche du joueur belge Andy Kawaya. On est très souvent ensemble.

Quelles sont les différences avec le football français en termes de jeu, d’entraînement, d’infrastructures ?

La première chose qui saute aux yeux ici c’est la façon de jouer au football. Quand j’étais à Guingamp, je suivais le football français, que ce soit le National pour des connaissances mais aussi la L2 et la L1 surtout. Mais ici, que ça soit en Tercera ou en Segunda B, qu’importe l’état du terrain, ça tente de jouer au foot. Hormis quelques exceptions, ça construit, ça ne dégage pas, ça joue court. C’est vraiment une philosophie de football qui est imposée dans la plupart des clubs ici. Ça m’a vraiment sauté aux yeux. Après dans la façon de travailler, il n’y a pas vraiment de choses qui changent.

En matière d’analyse vidéo, vous avez remarqué des différences avec la France ?

Je pense que je le fais un petit peu plus ici parce que même à Caudal, en Tercera on le faisait. La façon de faire est assez identique, mais ici c’est un plus fréquent.

Ce sont des divisions très particulières la Tercera et la Segunda B. Quel est votre avis sur le niveau des joueurs, le fait s’affronter des équipes B ? Les différences de niveau sont grandes entre les clubs ? 

En Tercera, la saison dernière dans ma poule, il y avait vraiment un écart entre les 5 premières équipes et le reste. C’était pour moi le point un peu négatif de la division. Après, il y a tellement de poules que c’est peut-être différent ailleurs. Actuellement en Segunda B, dans notre poule, hormis une ou deux équipes, je trouve ça très homogène. Ça cherche à jouer constamment et à chaque match, même si on est une équipe « phare » de la division, on n’a jamais de matchs faciles. Mais ça fait un moment qu’on est invaincu à domicile. A chaque fois, ce sont des bons matchs à jouer. C’est du vrai football. Ça joue vraiment et surtout ça cherche à jouer. Même si en face sur le papier c’est un peu plus faible, ils ne vont pas baisser les bras et chercher à dégager.

On dit que la Liga propose toujours des duels tactiques, vous avez le même constat en D3 ?

Oui quand même, parce qu’en fonction de chaque équipe, on a une approche un peu différente pour s’adapter aux profils des joueurs qui vont nous faire face. Le coach va nous demander des choses en particulier pendant le match ou à la mi-temps. Il y a pas mal d’analyse au Cultural Leonesa. Je ne sais pas comment ça fonctionne ailleurs mais je pense que c’est similaire.

Vous suivez le football espagnol au quotidien ?

Je le suis beaucoup plus qu’avant c’est certain. Depuis que je suis petit, j’aime ce football, et notamment le Real Madrid, grâce à Zidane. Mais depuis que je vis ici, je m’intéresse vraiment à plus de clubs, que ça soit en Liga ou en Segunda. Dès qu’il y a un match et que je tombe dessus, je ne zappe pas et je regarde jusqu’à la fin. C’est vraiment un football qui me plait et qui est beau à voir.

Vous trouvez que le rôle du défenseur central en France et en Espagne est différent ? Les consignes changent ou on vous demande globalement la même chose ?

Ici, peu importe le poste. Même aux gardiens on leur dit de jouer court hormis quand il n’y a pas d’autres solutions. Ils font partie intégrante du jeu et les centraux c’est pareil. J’ai vraiment l’impression qu’on est considéré comme les premiers relanceurs avec les milieux pour nous aider. Si on n’a pas cette capacité technique et intellectuelle à monter le ballon et trouver ces bonnes passes, ça va être plus compliqué de jouer. Tous les coachs que j’ai eu depuis mon arrivée en Espagne m’ont  demandé ça, d’avoir cette capacité à construire et d’avoir envie de le faire.

Vous apprenez des autres centraux qui sont plus âgés et qui jouent plus régulièrement que vous ?

Je suis quelqu’un qui a beaucoup de caractère mais je sais prendre les choses dans le bon sens quand il faut. La relation que j’ai avec eux est très bonne et très saine. On s’entend bien, on se parle et surtout ils me conseillent quelques fois. Je prends vraiment tout ça d’une manière positive, cela ne peut que me servir et m’apporter à terme. Si je fais les choses intelligemment, cela ne peut pas me nuire. Je prends mon mal en patience, je travaille et tout arrivera en temps et en heure.

Le Cultural Leonesa progresse sur ses infrastructures ces dernières années, comment le ressentez-vous, par rapport à Guingamp par exemple ?

Sans comparer bêtement, la façon de travailler est similaire. Ce sont deux clubs pro sans réelles différences. Ici ça travaille vraiment bien. La manière dont on est encadré, que ça soit avec les préparateurs physiques, les kinés, tout marche. Il n’y a vraiment pas de manque pour moi. C’est même une chose qui m’a un peu étonnée justement.

Le club vise la montée, ça doit créer une ambiance sympa non ?

C’est logique oui, mais quand je suis arrivé l’ambiance était déjà bonne. C’est la première fois que j’ai un groupe comme ça, vraiment, où tout le monde s’entend bien. En espagnol, le mot pour définir ça c’est « una piña » (littéralement un ananas, ndlr). Il n’y a pas une personne qui est en marge du groupe, même les plus introvertis. Tout le monde rigole avec tout le monde, il n’y a vraiment pas d’ambiguïté. On est un bon groupe, tout se passe bien, et pendant le match face Huesca en Copa on l’a encore plus vu. On est menés très tôt 1-0 mais on ne panique pas et on a vraiment joué le match tranquillement ensuite, sans pression, et on a réussi à remporter le match 2-1. Ça montre bien que le groupe est fort.

Vous avez signé dans la région des Asturies et maintenant vous êtes en Castille et Léon. Niveau ambiance pour de la D3 et de la D4, ça donne quoi ?

En Tercera, je pense que c’est similaire à la France. Mais actuellement, en Segunda B, je suis arrivé dans un autre monde par rapport au National français. On a vraiment beaucoup de personnes à domicile. Pour le match face à l’Atlético, il y a déjà plus de 9000 places qui ont été vendues et le stade va probablement être plein. Il y a vraiment de belles affluences, en tous cas chez nous. Ça dépend des clubs ensuite. Mais quand on va à l’extérieur, il y a quand même pas mal de bruit et de personnes quand même.

Ça doit apporter un vrai plus lors des matchs non ?

Oui franchement. Moi, le premier match que j’ai joué à domicile, ça m’a fait bizarre. C’était la première fois que je jouais vraiment devant un gros public et je pense que je m’en souviendrai longtemps.

Vous allez affronter l’Atlético en Copa, c’est que du bonus pour vous ?

Non ! On joue tous les matchs pour les gagner, même si en face c’est l’Atlético. On va le jouer sérieusement et on va tout faire pour le gagner, surtout que c’est face à notre public. En plus, ce genre de rencontre nous permet de nous mesurer aux plus grands. On prend ce match avec de la tranquillité et on ne se met pas de pression. On était vraiment content après le tirage. Les matchs de championnat nous permettent de nous rapprocher de notre objectif et on prend les matchs de Copa comme du plus mais avec le même sérieux. Donc oui, c’est du bonus mais on veut gagner.

Le format de cette année (match unique) vous laisse espérer de voir une belle équipe de l’Atlético, ça doit être encore plus motivant ?

Oui, surtout que l’Atleti n’est pas au mieux actuellement. Ils ont perdu la Supercopa, le championnat c’est compliqué. Il leur reste déjà presque que la Coupe du Roi, donc je pense qu’encore plus avec leur défaite de janvier, ça devient un de leur plus grand objectif. Donc on les attend, avec nos armes et à domicile. On a autant envie de remporter ce match qu’eux.

Quelle est pour vous la meilleure façon de faire déjouer et battre l’Atleti ?

Actuellement j’en ai pas. J’attends le match avec de la sérénité. Si je le joue, je le prendrais normalement, en respectant les indications du coach. Je n’ai pas spécialement de tactique préconçue. On prendra le match comme il faudra le prendre, tout simplement. La façon avec laquelle on va le jouer, on l’adaptera en fonction de comment eux vont le jouer les première minutes. On aura une approche de départ mais qui peut changer au besoin.

Vous avez une faculté d’adaptation importante ?

Oui, c’est important pour nous. Si on ne s’adapte pas, on va être pris de cours sur chaque match, donc il faut être capable de s’adapter à chaque situation.

Votre jeunesse est une force en Espagne ? Vous la ressentez différemment qu’en France ?

Je pense qu’en Espagne, ils ont plus cette faculté à accorder de la confiance aux jeunes. Moi par exemple, j’ai fait toute la préparation titulaire avec le Cultural. J’étais encore titulaire lors des premiers matchs et il y a un autre central qui est arrivé, avec un gros CV : Héctor Rhodes, qui a joué en Liga et en Segunda. Il a commencé à jouer tout de suite. J’ai toujours envie de jouer donc ça m’a contrarié au départ mais je l’ai pris dans le bon sens, vu qu’on est tout de suite venu me parler pour m’expliquer. Les deux centraux qui jouent ont beaucoup d’expérience et je sais que s’ils jouent, c’est mérité. Moi je dois être sûr de mes qualités mais je dois aussi être intelligent et apprendre de ceux qui sont devant moi en matière d’expérience. Ils connaissent les coups de vice et les petits détails qui vont me permettre de progresser. Je suis patient et je sais que mon heure viendra. Quand je dois jouer, tout le monde ici me donne sa confiance, comme j’ai pu l’avoir face à Huesca ou dans tous les autres matchs.

Votre coach, José Manuel Aira, est passé par la L2, il a entraîné en Croatie, son côté jeune bourlingueur est différent pour vous ?

Je ne ressens pas grand chose de différent. En revanche, la relation qu’il a avec nous est très claire. Quand il a quelque chose à nous dire, que ça soit positif ou négatif, il le dit. C’est la première chose qui m’a plu chez lui. Moi j’estime que la relation entre un coach et ses joueurs doit être celle-là. Quand quelqu’un joue bien ou joue mal, il le dit sans hésiter. Tout est clair, comme ça même quand tu joues pas, tu sais que c’est pour une certaine raison. Si c’est en rapport avec ton jeu, il va te le dire. Tu sais sur quoi tu vas devoir bosser ensuite.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Cette saison déjà c’est d’aller le plus loin possible en championnat et d’atteindre nos objectifs. Après, à long terme, je sais que je suis un joueur jeune, surtout dans cette division, et mon but a toujours été d’atteindre les sommets. Si j’ai fait tout ce parcours, atypique et osé, ce n’est pas pour rien. Je veux toucher les étoiles et les sommets. Je veux jouer la Ligue des Champions, la Coupe du monde avec mon pays, toutes ces choses-là. C’est vraiment l’objectif que je me suis fixé depuis que je fais du foot en fait. J’ai toujours été comme ça : quand je me lance dans quelque chose, c’est vraiment pour être le meilleur.

Propos recueillis par Benjamin Chahine

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