ASM / Robert Moreno a réussi son pari : devenir légitime

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Robert MORENO head coach and Oleg PETROV CEO of Monaco during his presentation as the new AS Monaco head coach on December 30, 2019 in Monaco, Monaco. (Photo by Pascal Della Zuana/Icon Sport) - Monaco (France)

Depuis son intronisation en tant que sélectionneur, Robert Moreno a dû s’employer à faire accepter sa personne auprès des acteurs du monde du football. C’est désormais chose faite. La preuve, il est entraîneur de Monaco. 

Le regard est haut, le ton posé et les mots réfléchis. À chaque fois qu’il est sur le point de dire quelque chose de significatif, Robert Moreno effectue un léger mouvement du buste vers le haut. Pour un homme passé de l’ombre à la lumière en l’espace d’une après-midi de printemps, il maîtrise sa communication à merveille. À la différence de certains entraîneurs qui appréhendent les comparutions publiques , Robert Moreno voit en elles l’occasion « d’expliquer ses idées ».

Une quête de légitimité assez facile

Dès qu’il a été intronisé au poste de sélectionneur, il s’est empressé de faire le tour des radios espagnoles. L’objectif ? Légitimer sa personne, se départir de l’image d’adjoint, souvent associée au type sympa, le confident des joueurs et celui à qui on laisse généreusement la préparation des coups de pied arrêtés. Tout cela a constitué son aspiration personnelle des six derniers mois, en parallèle du guidage de la Seleccion. Sans ça, impossible de travailler dans un climat serein. Dès que ça touche à la Roja, les médias espagnols ont le don d’envenimer l’ambiance.

Crédits : Iconsport

Dans un premier temps, l’exercice a été réussi haut la main : Moreno a impressionné tous les journalistes venus le cuisiner. Son manque d’expérience ? « J’entraîne depuis que j’ai 14 ans ». Comment vit-il de passer de second à premier ? « Ça ne change pas grand-chose » tranche-t-il, exactement comme il l’a fait lors de sa première conférence de presse comme entraîneur de Monaco. Durant l’integralité de son mandat à la tête de la Roja, c’est grâce à son aisance en public qu’il est parvenu à faire oublier son statut de novice. En plus d’un ton ferme sans être autoritaire, le sélectionneur faisait appel au terrain pour étoffer ses réponses.

Sur ce point, impossible de se faire embêter. Il maîtrise trop son sujet. Cela lui évite les polémiques aussi. Sur les réseaux sociaux ses réponses ont fait le buzz en raison de leur côté didactique. Pour la première fois depuis longtemps, l’entraîneur numéro un du pays était un entraîneur qui parlait de jeu. C’est ainsi que l’ex-sélectionneur avait expliqué à l’Espagne entière le pourquoi des difficultés actuelles de Sergio Busquets. À défaut d’avoir une confiance aveugle en son sélectionneur, l’Espagne pouvait être fier de son système de formation. « Et dire que des types de son niveau on en a des centaines dans les divisions inférieures » pensait-on à juste titre.

Ne venant pas du petit monde fermé du football, Moreno a eu toute sa vie l’ambition d’accéder au plus haut niveau. Il a doublé ses hautes aspirations de travail et s’est préparé « dans l’éventualité de ». D’où ce costume d’homme rompu aux joutes du métier.

Un style et une philosophie encore flous

Pour ce qui en est du terrain, on ne peut que le juger sur six matches, autant dire rien. Son principal fait d’arme aura été de construire une Sélection moins verticale que celle de Luis Enrique. Par ailleurs, l’équipe s’est mise à bouger au rythme de Fabian Ruiz, devenu indiscutable. Les retours de Cazorla et Navas (au poste de titulaire qui plus est) auront également marqué son mandat. Ils vont également dans le sens de son idée de jeu. Tout était pensé pour dominer le match et se poser en camp adverse. Jouer tout en tentant de prévenir la perte aura été un élément sur lequel le néo-monégasque aura suffisamment insisté auprès des médias.

Crédits : Iconsport

Et puis voilà que le 19 novembre, l’aventure prit fin brutalement. Une bonne partie de ceux qui s’étaient dits impressionnés par ses qualités ont retourné leur veste dès que l’affaire est devenue délicate.

À propos de l’affaire, inutile de revenir dessus au-devant du nombre trop élevé de pièces encore manquantes. Ce que l’on peut dire, c’est qu’après le tourbillon médiatique -parfois très malsain- dans lequel Moreno s’est retrouvé, son choix de s’exiler hors du pays est compréhensible. L’ombre de Luis Enrique l’aurait traqué sans relâche s’il était resté de l’autre côté des Pyrénnées.

Son arrivée à Monaco, fait sens bon nombre de points. L’ASM semble avoir besoin de se départir de la figure de Jardim, devenu un frein à toute évolution. Le côté très terre à terre de Moreno, qui met la majorité des joueurs sur un pied d’égalité peut être salvateur dans une équipe qui dispose d’un nombre important de joueurs sous contrat. De plus, sa capacité à lire le jeu, à s’expliquer et expliquer peut lui donner du temps tout en mettant sur pied quelque de chose de cohérent. Les effectifs sont à des années lumières mais Sousa, l’entraîneur de Bordeaux gagne du temps en mettant des mots sur ses choix.

Finalement, Robert Moreno l’a atteint son objectif de reconnaissance. Largement même, au point d’avoir décroché un poste de prestige. Turbulente, son entreprise aura été menée à bien. En six mois, l’homme propulsé par une erreur de l’Histoire sur le devant de la scène a réussi à ne pas quitter celle-ci.

Elias Baillif et Benjamin Chahine

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